Underworld_Beauty

Genre : Thriller, policier, drame, film noir

Année : 1958

Durée : 1h27

 

Synopsis :

A sa sortie de prison, Miyamoto récupère les diamants volés qu'il avait réussi à cacher avant de se faire arrêter. Quand il retourne à son ancien repaire de yakuza pour se faire soigner par un ami qui a pris une balle pour lui dans ce coup, il se retrouve face à l'avide Oyane et son insatiable appétit pour les diamants de Miyamoto.

 

La critique :

A défaut d'obliquer sur mon cycle consacré au cinéma d'exploitation HK (pré-Cat III et Cat III), c'est sur une autre rétrospective, cette fois-ci, dédiée à la gloire de la Nouvelle Vague japonaise que nous allons nous intéresser. Un panorama cinématographique dévoilé depuis un petit peu plus de 2 ans (le 12 août 2017 pour être plus précis) avec le très bon Les Funérailles des Roses. Avec ce film, sans le savoir, je découvrais ce qui allait être très probablement mon courant préféré et avec lui une myriade de pellicules toutes aussi excellentes les unes que les autres. Certaines ont même été jusqu'à s'immiscer parmi mes films préférés. Je ne reviendrai bien évidemment pas sur toutes les chroniques, ni tous les réalisateurs auxquels j'ai apporté une modeste gloire sur le blog.
Toujours est-il que chaque visionnage me procure dans presque la totalité des cas une incontestable euphorie, bien que comme pour tout, quelques exceptions existent. Mais celles-ci ne se comptent que sur la moitié des doigts d'une main, qu'elles rentrent ou non dans les codes de Cinéma Choc. Pour la troisième fois, Seijun Suzuki revient nous dire bonjour avec une oeuvre très obscure du nom d'Underworld Beauty. Et pour cause, aucune mise en lumière sur la Toile française, en dehors de SensCritique, ne sera de mise. Ce qui est très étonnant ! 

Vous me connaissez maintenant et vous savez à quel point j'adore être le premier à rédiger une chronique sur un film invisible sur le Net. Plus la rareté sera élevée et plus le plaisir sera intense ! Jadis, je vous présentais pour débuter le très intéressant Histoire d'une Prostituée et son thème audacieux et pour le moins polémique. Quelques temps après, c'est au chef d'oeuvre La Marque du Tueur d'entrer sur le site. Ces deux films étaient surtout le témoignage d'un réalisateur qui n'avait pas froid aux yeux et qui confortaient sa réputation d'enfant terrible de la Nikkatsu. Trop sous-estimé, indésirable, oublié du grand public pendant un long moment, on ne peut pas dire que Suzuki est l'oriflamme du cinéma japonais, bien que certains l'élèvent au rang de l'un des cinéastes les plus marquants du Soleil Levant. Mais même avec ça, le fait est que la plupart de ses films antérieurs à 1963 n'ont jamais bénéficié d'une traduction en français. La date d'Underworld Beauty étant avant cette année fatidique, vous comprenez qu'il est inutile de s'attendre à un format physique avec sous-titres français.
Toutefois, un bienveillant donateur vous offre gratuitement le film avec sous-titres amateurs, néanmoins d'excellente qualité, sur YggTorrent. Donc pour les intéressés, vous savez où aller (et faire remonter mon ratio par la même occasion hé, hé !).

 

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ATTENTION SPOILERS : A sa sortie de prison, Miyamoto récupère les diamants volés qu'il avait réussi à cacher avant de se faire arrêter. Quand il retourne à son ancien repaire de yakuza pour se faire soigner par un ami qui a pris une balle pour lui dans ce coup, il se retrouve face à l'avide Oyane et son insatiable appétit pour les diamants de Miyamoto.

Pour la petite information, sa confidentialité est telle que j'ai dû recourir à une traduction du synopsis anglais pour rendre la vie plus facile de ceux qui ont du mal avec la langue de Shakespeare. Ce que l'on était en droit d'attendre d'Underworld Beauty se résumait au mieux à un petit métrage sans prétention et sans trop d'importance de son auteur. Après prospection, on se rend vite compte qu'il est bien plus important que nous le croyions puisqu'il adopte pour la première fois le nom de Seijun (vu que son véritable prénom est Seitaro). Cette 7ème réalisation se cantonnait toujours dans la série B peu coûteuse, prévue pour être diffusée en première partie de soirée avant le film principal. Une sorte de mise-en-bouche qui ne pouvait déployer les ambitions suffisantes pour se tailler une réputation au-delà du film mineur. En sachant cela, on était en droit de ne rien attendre de plus qu'un bon moment, au mieux.
Pourtant, la série B ne rime pas systématiquement avec débilité et insipide. Suzuki nous le fait très bien comprendre car il place déjà les pions de ses futurs classiques du film noir dans les années à venir. En effet, résumer le film noir au polar américain ou autre est une terrible erreur car le Japon a su créer ses propres codes. Les yakuzas ont remplacé les truands redneck ou encore la mafia italienne. Tokyo a remplacé San Francisco et Naples. Nul doute, le dépaysement est bien de la partie pour notre plus grand bonheur sans jamais sombrer dans la création opportuniste.

Ainsi, sous son apparat de scénario assez quelconque où il est question d'une chasse aux diamants, Suzuki va bien au-delà d'un règlement de comptes bateau en signant une oeuvre plus maligne qu'elle en a l'air. Les yakuzas ne sont pas des petites racailles courant les rues mais bien un monde interlope très bien organisé avec ses règles immuables et son code d'honneur strict. Ils sont intégrés à la société japonaise en tenant des établissements, en faisant fonctionner le commerce d'une manière générale. Seulement, cela ne les empêche pas d'outrepasser l'éthique et les lois étatiques en versant dans la violence pour servir leurs intérêts. Malgré leur look raffiné et tiré à quatre épingles, ils restent avant tout des bêtes avides d'animosité soumises au matérialisme exerçant une véritable emprise mentale sur eux.
Et on ne parle même pas d'une grosse cargaison en jeu mais de trois pathétiques diamants (d'une grande valeur, il est vrai). Mais malgré ça, rien n'empêchera le milieu criminel de se livrer une guerre farouche sous fond de cupidité, de mensonge, de trahison et d'hypocrisie. Chacun se servant de l'autre pour arriver à ses fins.

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Et au milieu de tout cela, Miyamoto, le héros principal qui n'a pourtant rien d'un héros. Fraîchement sorti de prison, il n'aspire qu'à la tranquillité mais tient avant tout à régler ses comptes sur les événements qui se passent. Il veut rétablir la justice et rendre hommage à son coéquipier qui l'a aidé pour dérober les diamants et qui a fini par mourir tragiquement d'une chute du haut d'un immeuble après un traquenard bien huilé. Si Underworld Beauty ne remportera pas la palme du scénario le mieux fourni, Suzuki parvient à tenir suffisamment en haleine le cinéphile tenant à connaître le fin mot de l'histoire à travers une intrigue de courte durée mais riche en intensité.
Le milieu des yakuzas apparaît oh combien sale et dépravé, n'entretenant que peu de rapports avec les citoyens extérieurs. Et ce n'est pas l'irrévérence assumée de son géniteur, bousculant les règles de bienséance, qui aideront à redorer leur image. Le respect aux morts est quelque chose de très fort au Japon donc je doute fort qu'ouvrir au couteau le corps d'un défunt pour récupérer des diamants ou arriver ivre en renversant de l'alcool sur la tête du mort pour lui "faire plaisir" soit de bon goût pour les japonais. Déjà en 1958, Suzuki n'avait pas peur de déstabiliser l'ordre établi.

Bien sûr, se limiter à ces points aurait été bien dommage car Underworld Beauty a d'autres arguments dans sa besace. Et cela concerne la superbe esthétique. Les décors sont empreints d'un vrai charme, d'une réelle atmosphère où l'art tient une place de premier plan (architecture travaillée, mobilier raffiné, présence de peintures et de sculptures). La mise en scène ne snobe jamais cela et insiste sur les détails du milieu de l'action. Tokyo nous apparaît aussi plus lugubre avec des lumières de nuit aux couleurs blafardes. La bande son sera toute aussi séduisante dans ses tonalités.
Ceci étant dit, on ne peut pas dire que les acteurs tireront leur épingle du jeu et nous offriront une grande prestation. Seule Mari Shiraki interprétant la vénéneuse Akiko mettra tout le monde d'accord. Pour le reste, c'est tout simplement passable. Citons quand même Michitaro Mizushima, Shinsuke Ashida, Toru Abe et Hideaki Nitani pour les principaux.

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Ainsi s'achève lentement mais sûrement, et avec de profonds regrets, mon cycle consacré à cette passionnante Nouvelle Vague japonaise. La raison première est surtout due au fait de la disponibilité très perfectible de ce mouvement qui a beaucoup plus à offrir que ce que l'on croit. Mais trêve de lamentations car j'ai plus d'une fois ratiociné sur ce que je pense de cette malencontreuse situation. Toutefois, je ne peux que mentionner la simple diminution de mes films en stock en lien avec l'esprit de Cinéma Choc car il est impossible de mettre une date de fin claire et concise. Il se pourrait que d'autres réalisations n'atterrissent dans ma popoche pour vous les présenter dans un futur proche.
De tête, il ne semble m'en rester que 2 mais peut-être puis je me tromper et qu'il y en a d'autres perdus dans mes disques durs. Fort heureusement, ce dénouement latent ne fait perdre en rien le niveau des films précédents. Underworld Beauty, s'il ne peut logiquement rivaliser avec les grands classiques du genre, est un très bon film noir sur presque tous les plans, que ça soit mise en scène, image, scénario et bande son. Si sa réputation de pellicule de série B est fondée d'un point de vue historique, elle ne compromet en rien les nombreux points positifs d'un excellent moment de cinéma à savourer avec le sourire. Car même si nous n'avons pas en face des yeux un métrage de 14 carats, on peut conclure qu'il en vaut au moins bien 4 ou 5 carats.

 

Note : 15/20

 

 

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