would you rather

Genre : horreur, gore, trash (interdit aux - 16 ans)
Année : 2013
Durée : 1h33

Synopsis : Iris est une jeune femme qui s'occupe de son frère cadet Raleigh, lequel souffre d'une leucémie. Elle n'a pas les moyens de payer la greffe qui lui sauverait la vie et le docteur Barden, médecin de Raleigh, la présente au riche philanthrope Shepard Lambrick. Ce dernier lui propose un marché : si elle gagne le jeu organisé lors d'un dîner dans son manoir, la fondation Lambrick trouvera un donneur et paiera les soins pour guérir Raleigh. Le docteur Barden est lui-même un ancien gagnant du jeu mais ne veut pas en dire plus à Iris. 

 

La critique :

Certes, si on se réfère aux quinze dernières années en date, les thuriféraires du torture porn citeront sans barguigner Saw (James Wan, 2004) et Hostel (Eli Roth, 2006) parmi les longs-métrages prégnants, clinquants et notoires. Toujours la même ritournelle... Pourtant, les premiers balbutiements du torture porn remontent sans doute à l'orée des années 1960 via Blood Feast, soit Orgie Sanglante (Herschell Gordon Lewis, 1963) dans la langue de Molière. Pour plusieurs générations de cinéastes et de cinéphiles avisés, c'est la série B gore et désargentée d'Herschell Gordon Lewis qui fait acte de bréviaire et de proéminence. Grâce à cette production indépendante et rutilante, Herschell Gordon Lewis s'octroie expressément la couronne sérénissime du pape du cinéma gore.
Puis, à partir des années 1970, une décennie malmenée par la guerre du Viêtnam et le scandale du Watergate, la société américaine est sous le joug de bouleversements sociologiques, politiques, culturels et sociétaux prédominants.

Les registres du polar et de l'action s'emparent d'une violence incoercible et exponentielle via le vigilante movie (Un Justicier dans la Ville, Michael Winner, 1974), pendant que l'horreur oblique vers davantage d'âpreté et d'hémoglobine. Ainsi, Massacre à la Tronçonneuse (Tobe Hooper, 1974), La Dernière Maison sur la Gauche (Wes Craven, 1972), La Colline A Des Yeux (Wes Craven, 1977), Zombie (George A. Romero, 1978), ou encore Blue Holocaust (Joe d'Amato, 1979) réactivent à la fois le huis clos, le slasher et le torture porn en scrutant à la fois le fait divers, les zombies décrépits, l'anthropophagie et même la nécrophilie. La société furibonde crache et éructe des thématiques tumultueuses à la face du noble Septième Art. Certaines de ces productions rutilantes n'éludent donc pas les animadversions et la censure de circonstance.

would_you_rather

Sur ces entrefaites, James Wan et Eli Roth n'ont donc rien inventé et se contentent de psalmodier les recettes déjà éculées de naguère. Pourtant, Saw et Hostel relancent la mode du torture porn et génèrent toute une pléthore d'épigones. Qu'ils se nomment La Maison des 1000 Morts (Rob Zombie, 2003), Wolf Creek (Greg McLean, 2005), Hoboken Hollow (Glen Stephens, 2006), See No Evil (Gregory Dark, 2006), Borderland (Zev Berman, 2008), Barricade (Timo Rose, 2007), ou encore Seed (Uwe Boll, 2007), tous ces torture porn ne sont, in fine, que des palimpsestes de Blood Feast. La plupart de ces productions n'ont même pas connu l'heur d'une sortie dans les salles obscures.
C'est donc par l'entremise du support vidéo que toutes ces pellicules effervescentes tentent de flagorner un public en manque de sensations fortes et extrêmes.

Autant l'annoncer sans ambages. Hormis quelques exceptions notables et éventuellement notoires, tous ces films se ressemblent et s'approximent à la même antienne. De facto, le scénario obéit toujours - peu ou prou - aux mêmes syllogismes en envoyant quelques éphèbes en déveine s'empoigner avec un serial killer fan du bistouri et de l'opinel. Dans cette litanie de séries B trash et adventices, vient également s'apposer Would You Rather, réalisé par la diligence de David Guy Levy en 2013. Il faut se rendre sur le site IMDb (Source : https://www.imdb.com/name/nm1428946/) pour déceler et glaner quelques précieuses informations sur ce metteur en scène et producteur américain.
La carrière cinématographique de David Guy Levy démarre vers le début des années 2000. Le cinéaste enchaîne les courts-métrages, entre autres Helium Anonymous (2006) et Snakes on a plane : How Hollywood Really Works (2006), par ailleurs inconnus au bataillon et inédits dans nos contrées hexagonales. 

would-you-rather-jeu-crime-3516

Son premier long-métrage s'intitule A Love Affair of Sorts (2011). Au moment de tourner Would You Rather, soit le second essai du réalisateur, David Guy Levy fait presque office de noviciat dans la profession cinématographique. Inutile de préciser que cette série B horrifique, sortie de nulle part, doit se débattre avec une concurrence apoplectique en la matière. A fortiori, rien ne prédestine cette production impécunieuse et indépendante à faire ciller l'hégémonie et la roguerie de Saw et Hostel dans l'univers corseté du torture porn. Reste à savoir si Would You Rather mérite (ou non...) quelques satisfécits et dithyrambes dans nos colonnes. Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... 
Pour une fois, les critiques se montrent un peu plus enthousiastes qu'à l'accoutumée et encensent un torture porn qui dénote parmi tout un florilège de productions exsangues et subsidiaires.

En l'occurrence, Would You Rather n'a pas vraiment pour velléité ni pour ambition de jouer la carte de l'outrance ni de la surenchère, préférant davantage la suggestion, ainsi que le thriller psychologique. Pourtant, le film reste à ce jour interdit aux moins de 16 ans. La distribution de cette production horrifique et indépendante se compose de Brittany Snow, Jeffrey Combs, Jonny Coyne, Enver Gjokaj, Sasha Grey, Charlie Hofheimer, Eddie Steeples et John Heard. Attention, SPOILERS ! (1) Iris est une jeune femme qui s'occupe de son frère cadet Raleigh, lequel souffre d'une leucémie. Elle n'a pas les moyens de payer la greffe qui lui sauverait la vie et le docteur Barden, médecin de Raleigh, la présente au riche philanthrope Shepard Lambrick.
Ce dernier lui propose un marché : si elle gagne le jeu organisé lors d'un dîner dans son manoir, la fondation Lambrick trouvera un donneur et paiera les soins pour guérir Raleigh. 

would-you-rather

Le docteur Barden est lui-même un ancien gagnant du jeu mais ne veut pas en dire plus à Iris. Le lendemain soir, Iris se rend au manoir des Lambrick. Elle est présentée à Julian, le fils de Shepard, ainsi qu'aux autres invités et concurrents : Lucas et Cal, deux jeunes hommes sympathiques ; Travis, un ex-soldat ; Linda, une dame âgée paralysée des membres inférieurs ; Peter, un parieur professionnel ; Amy, une jeune femme peu sociable ; et Conway, un ancien alcoolique. Lors du repas, Shepard propose à Iris, qui est végétarienne, de lui verser 10 000 $ si elle mange la viande qui lui a été servie.
Iris accepte. Il offre ensuite à Conway la même somme s'il boit un verre de vin. Conway refuse et Shepard lui offre alors 50 000 $ s'il boit une carafe de whisky. Conway accepte. À la fin du repas, le véritable jeu commence : il s'agit pour chaque concurrent de choisir entre deux options qui lui sont offertes, toutes deux étant très désagréables et sans possibilité de décliner les deux ou d'abandonner le jeu.

Lorsque Bevans, le majordome des Lambrick et ancien agent du MI-5, apporte une machine à électrochocs, Conway tente de fuir et est abattu. Le premier jeu consiste pour chacun des concurrents à choisir de faire subir un électrochoc à une personne désignée ou de le subir soi-même (1). Traduit dans la langue de Shakespeare, l'intitulé du film (donc, Would You Rather) signifie "Qu'est-ce que tu préfères ?". Dès lors, bienvenue en enfer ! A priori, rien ne présage ce petit film gore à emporter le spectateur dans une débauche de violence et de choix inopportuns ; d'autant plus que David Guy Levy prend son temps pour planter le décor, d'apparence rudimentaire, soit une table immense enceinte par des convives d'infortune. Ainsi, chaque protagoniste ou presque est disséqué (c'est le cas de le dire...) par les soins et l'érudition d'un David Guy Levy égrillard. 

wyr5

Matois, le cinéaste se polarise plus particulièrement sur la belle Iris, dont le frère souffre d'une leucémie. Les sommes et les gains collectés lors de cette soirée spéciale lui permettraient de payer la chirurgie nécessaire pour guérir les maux, les meurtrissures et surtout la maladie de son frangin. A la fois cynique, caustique et incisif, Would You Rather sait s'y prendre pour estourbir et rudoyer là où ça fait mal. Pour y parvenir, le film n'escompte pas vraiment sur la profusion de gore, mais sur des saynètes savamment troussées, songées et ratiocinées pour susciter quelques criailleries circonstanciées. Le long-métrage s'achemine sur un didactisme aussi corrosif que rédhibitoire.
Tout est consommable, vendable et achetable, même la vie (ou plutôt la mort) de son voisin. Sous la contrainte et les comminations, chaque individu peut troquer l'intégralité de sa dentition, en guise de trophée ou plutôt de châtiment, contre une ou plusieurs phalanges de son comparse attenant.

Ainsi, le long-métrage n'hésite pas à électrocuter ni à sacrifier une femme chenue et claustrée dans son fauteuil roulant. Toutefois, nonobstant ses finauderies roublardes, Would You Rather n'est pas exempt de tout grief. Si le film peut escompter sur une interprétation plutôt vétilleuse (mention spéciale à Brittany Snow et surtout Jeffrey Combs, d'un flegmatisme déconcertant), on peut néanmoins regretter que David Guy Levy n'étoffe pas davantage cette étrange organisation. Avec un peu plus de folie, de barbaque et de tripailles, Would You Rather aurait pu prétendre détrôner ses glorieux aînés.
En l'état, le métrage de David Guy Levy reste un torture porn probe et idoine qui ravira sans aucun doute les laudateurs du cinéma gore. C'est déjà pas mal, mais dommage que le film n'affine pas davantage son étonnant potentiel...

 

Note : 13/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Would_You_Rather