feast 2

Genre : horreur, gore, trash (interdit aux - 16 ans)
Année : 2008
Durée : 1h37

Synopsis : Honey Pie et le barman, survivants du bar où ont eu lieues les attaques des monstres, vont se rendre malgré eux dans une petite ville roche. Malheureusement pour eux, les créatures ne tardent pas à revenir semer la pagaille et la destruction. Ils devront alors faire équipe avec un gang de bikeuses et deux catcheurs nains pour tenter de résister... 

 

La critique :

En l'espace d'une quinzaine d'années, des noms tels que Marcus Dunstan, Patrick Melton, John Gulager, Scott Spiegel et Eli Roth sont devenus les nouveaux chantres du cinéma gore. Pour souvenance, Eli Roth s'est taillé une solide réputation via Cabin Fever (2002) et le diptyque formé par Hostel (2006) et Hostel - Chapitre 2 (2007). Grisé par ces succès impromptus, Eli Roth s'attèlera au remake de Cannibal Holocaust (Ruggero Deodato, 1980) via The Green Inferno (2013). Lors de ses diverses pérégrinations cinéphiliques, Eli Roth s'accointe et s'acoquine avec Scott Spielgel, lui aussi auréolé des frusques de producteur et de réalisateur. On lui doit notamment un Hostel, Chapitre 3 (2011), un troisième et ultime épisode qui ne restera pas dans les annales, loin de là !
Heureusement, il participe à quelques films d'horreur notables et notoires, entre autres Evil Dead 2 (Sam Raimi, 1987) et 2001 Maniacs (Tim Sullivan, 2005).

Quant à Marcus Dunstan, l'artiste sévit essentiellement en tant que scénariste et griffonne les scripts de Saw IV (Darren Lynn Bousman, 2007), Saw V (David Hackl, 2008) et Saw VI (Kevin Greutert, 2009). Patrick Melton officie également derrière les scénarii de diverses séries B horrifiques et n'a jamais caché ses amicalités avec le même Marcus Dunstan. Rappelons que ce dernier a déjà besogné derrière la caméra via The Collector (2009) et The Collection (2012). Quant à John Gulager, le metteur en scène voue une véritable dilection pour le cinéma horrifique.
Son premier long-métrage, sobrement intitulé Feast, et sorti en 2005, fait voeu d'allégeance et d'obédience à Une Nuit En Enfer (Robert Rodriguez, 1996), un film d'horreur potache qui connaîtra deux suites sporadiques et de sinistre mémoire, Une Nuit en Enfer 2 : le prix du sang (Scott Spiegel, 1999) et Une Nuit en Enfer 3 : La fille du bourreau (P.J. Pesce, 1999). 

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Indubitablement, Feast s'inscrit dans le même sillage et continuum qu'Une Nuit En EnferRemplacez les vampires assoiffés par des créatures dolichocéphales et affamées de chair incandescente, et vous obtenez - peu ou prou - la même formule horrifique. De surcroît, là l'instar de son glorieux aîné, Feast butine parfois avec le western via ses protagonistes en disgrâce et un huis clos anxiogène qui se déroule dans un bar claustré au milieu de nulle part. Grisé par ce succès inopiné, John Gulager décide de rempiler pour deux nouveaux épisodes consécutifs, Feast 2 - Sloppy Seconds en 2008 et Feast 3 - The Happy Finish en 2009. Aujourd'hui, c'est le cas de Feast 2 - Sloppy Seconds, également connu sous le cryptonyme de Feast 2 - No Limit, qui fait l'objet d'une critique dans nos colonnes éparses. En outre, ce second chapitre ne connaîtra pas le même fatum que son auguste homologue.

Si Feast premier du nom pouvait s'enhardir d'une sortie élusive dans quelques salles de cinéma, Feast 2 sera manu militari renvoyé au format DTV (direct-to-video). A ce jour, la trilogie consacrée à Feast reste le travail le plus proverbial de John Gulager. A postériori, le metteur en scène enchaînera avec Piranha 3DD (2012), le feuilleton Zombie Night (2013) et récemment Children of the Corn : Runaway (2018), bref pas de quoi pavoiser ! L'air de rien et sous ses faux travers de série B égrillarde, Feast premier du nom avait imprimé les esprits par sa condescendance et son impudence.
Sous l'aura et les précieuses instigations de Wes Craven, affublé des oripeaux soyeux de producteur, Feast (Source : http://cinemachoc.canalblog.com/archives/2018/07/16/36462689.html) remplissait doctement son office et s'apparentait à un curieux maelström entre Une Nuit En Enfer (déjà susdénommée dans nos lignes) et Tremors (Ron Underwood, 1990).

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Sans être révolutionnaire ni novateur, Feast s'avérait être une bisserie aussi munificente que sympathique, de quoi combler les attentes des thuriféraires du cinéma gore. Seule carence et pas des moindres, Wes Craven n'est plus de la partie pour ce Feast 2 - Sloppy Seconds. En sus, les critiques brocardent unanimement une suite qu'elles jugent triviale et outrancière, victime entre autres de ses nombreuses facondes. Nanti d'un budget minimaliste, à peine deux millions de dollars, Feast 2 doit se départir avec un casting famélique, notamment Jenny Wade, Clu Gulager, Tom Gulager et Martin Kleba. Attention, SPOILERS ! (1) Honey Pie et un barman sont les seuls et uniques survivants de la sanglante attaque fomentée par des monstres non-identifiés. 
Les deux trublions pensent s'en être sortis quand de nouvelles créatures font leur apparition, plus voraces et énervées que jamais.

Leur cible est désormais une petite ville à proximité, perdue au milieu de nulle part, et dans laquelle les habitants vont devoir s'unir pour lutter, et survivre, à cet assaut venu des tréfonds de l'horreur... (1). On prend donc les mêmes (ou presque...) et on recommence ! Tel semble être le didactisme, presque analogique, de Feast 2 - Sloppy Seconds. De facto, le long préambule liminaire s'ingénie à présenter des protagonistes atones et exsangues. En l'occurrence, il faudra composer avec deux nains catcheurs et toute une kyrielle de femmes allègrement dépoitraillées pour l'occasion.
Sur ces entrefaites, Feast 2 arbore le même syllogisme que son glorieux épigone via une certaine promptitude, telle une bande dessinée qui dévoile, avec célérité, l'intégralité de ses personnages. Feast 2 commence donc là où les animosités s'étaient estompées dans le premier volet.

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A tort, les deux seuls survivants du premier volet croyaient s'être délestés des créatures carnaires. Gravissime erreur ! Certes, Feast 2 peut s'enorgueillir de reposer, entre autres, sur une galerie de protagonistes particulièrement fantaisistes. Malencontreusement, c'est presque tout ce qu'il y a à retenir de ce second volet, aussi loufoque que déconcertant. En l'absence de Wes Craven, John Gulager n'est plus en verve. Pis, le cinéaste capon fait même preuve de pondération. Ainsi, les 45 premières minutes du film se perdent dans d'interminables palabres, hélas préjudiciables au rythme erratique de cette bisserie soporifique. Cependant, nonobstant ses louvoiements et ses impondérables, Feast 2 n'est pas non plus ce "naveton" avarié et décrié dans cette chronique.
Momentanément, le long-métrage retrouve cette grâce et cette tonitruance de naguère via ces créatures qui sourdent de nulle part. 

Les monstres, plutôt pingres pour l'occasion, n'épargnent personne, ni hommes, ni femmes, ni enfants. Au détour d'une saynète de course poursuite jubilatoire, c'est un nourrisson qui subit les crocs acérés d'un monstre carnassier. Toutefois, exempte cette séquence rutilante et quelques épigrammes salaces de circonstance, Feast 2 se révèle beaucoup trop timoré et prolixe sur sa courte durée (à peine une heure et 35 minutes de bobine) pour susciter notre appétence. Pusillanime, John Gulager ne réitère aucunement les fulgurances, les agressivités ni les acariâtretés de son prestigieux antécesseur. En filigrane, le réalisateur ratiocine sur le genre humain.
En résumé, les vrais monstres ne sont pas ceux que l'on croit. Misanthrope, John Gulager ne manque pas de vitupérer ses divers protagonistes, tous plus obséquieux et factieux les uns que les autres. Hélas, cette introspection aurait mérité un bien meilleur étayage et c'est donc le désarroi qui surgit lors du générique final.

Note : 07/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : https://cinemafantastique.net/Critique-de-Feast-2-Sloppy-Seconds.html