lady vengeance

Genre : thriller, drame (interdit aux - 16 ans)
Année : 2005
Durée : 1h55

Synopsis : Geum-ja, une belle jeune fille, devient un personnage public lorsqu'elle est accusée de l'enlèvement et du meurtre d'un garçon de 5 ans. Ce crime atroce obsède les médias. Geum-ja passe aux aveux et est condamnée à une longue peine de prison. Elle va consacrer ses 13 ans d'enfermement à la préparation méticuleuse de sa vengeance contre son ancien professeur Mr. Baek... 

 

La critique :

Il faut se rendre sur le site SensCritique et en particulier sur le lien suivant : https://www.senscritique.com/liste/Les_films_de_vengeance/853017 pour glaner et déceler la liste foisonnante et exhaustive (92 films répertoriés tout de même !) des oeuvres relatant une vengeance irrévocable et expéditive. Vers le milieu des années 1970, Un Justicier dans la Ville (Michael Winner, 1974) sonne le tocsin de la vendetta irrépressible à travers le périple criminel de Paul Kersey, un quinquagénaire éploré suite au meurtre de sa femme et du viol de sa fille.
Le vigilante movie est né et il n'aura de cesse de pulluler via des pellicules transgressives, notamment Death Sentence (James Wan, 2007), The Punisher (Jonathan Heinsleigh, 2004), Le Vieux Fusil (Roberto Enrico, 1975), Taken (Pierre Morel, 2008), ou encore Légitime Violence (John Flynn, 1977).

En l'occurrence, toutes ces productions hargneuses et virulentes narrent peu ou prou la même historiette, à savoir une cavale en solitaire qui débouche inexorablement vers l'élimination de vils oppresseurs, puis par l'arrestation du justicier belliqueux. Il est donc question de la Loi du Talion et surtout d'une société contemporaine incapable de juguler ces instincts meurtriers. En filigrane, c'est aussi notre justice qui est jugée atone, pusillanime et inopérante. Il faut donc éradiquer la vermine de la surface de la planète. Certes, cette doxa partiale et inique est évidemment sujette à controverse et à la polémique. Toutefois, quarante-cinq après la sortie d'Un Justicier dans la Ville, la vendetta reste une thématique toujours immanente à notre soif d'équité et de justice. 
Même le cinéma asiatique s'est emparé de ce sujet spinescent, mais en imprimant (en martelant...) un autre didactisme.

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Les thuriféraires de ce registre cinématographique n'omettront pas de stipuler des oeuvres telles que Lady Snowblood (Toshiya Fujita, 1973), Elle s'appelait Scorpion (Shun'ya Ito, 1972), The Murderer (Na Hong-jin, 2010), The Chaser (Na Hong-jin, 2009), ou encore J'ai rencontré le Diable (Kim Jee-woon, 2011). A l'instar de ses augustes devanciers, Park Chan-wook va lui aussi scruter et visiter ces anfractuosités vengeresses via une trilogie composée par Sympathy for Mister Vengeance (2002), Old Boy (2003) et Lady Vengeance (2005).
Aujourd'hui, c'est le cas du dernier film de cette triade (ou plutôt de cette croisade...) sanglante qui fait l'objet d'une chronique dans nos colonnes éparses. A fortiori, rien ne prédestinait Park Chan-wook à embrasser une carrière dans le noble Septième Art.

Alors qu'il poursuit des études de philosophie, il découvre un peu par hasard Sueurs Froides (Alfred Hitchcock, 1958) et voue une véritable dilection pour ce thriller alambiqué, vertigineux et mémoriel. Park Chan-wook officie alors en tant que technicien, monteur et opérateur avant de passer derrière la caméra. Vers l'orée des années 1990, il s'attelle au tournage de son tout premier long-métrage, Moon is the Sun's Dream (1992). Hélas, le film se solde par une rebuffade commerciale, une déconvenue sévère qui réfrène les ardeurs du cinéaste sud-coréen.
Que soit. Park Chan-wook s'ingénie dans la réalisation et fait montre de pugnacité. Son film suivant, 3 Members (1997) ne rencontre qu'un succès d'estime et n'ameute pas spécialement les foules dans les salles.

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Dépité, Park Chan-wook sait qu'il ne pourra pas poursuivre sa carrière cinématographique en cas de nouveau fiasco commercial. Heureusement, sa troisième réalisation, Joint Security Area (2000), recueille les suffrages, ainsi que les satisfécits. Mais c'est évidemment Old Boy qui va propulser Park Chan-wook sur les firmaments de la gloire, puisque le métrage s'exporte même au-delà de ses frontières asiatiques. Qui aurait gagé sur le succès pharaonique de ce long-métrage sud-coréen ? Personne sauf Park Chan-wook lui-même. Par sa violence, son âpreté et son scénario nébuleux, ce thriller peu académique estourbit durablement les persistances rétiniennes.
Pour certains laudateurs et cinéphiles avisés, Old Boy serait même le meilleur film de vengeance réalisé depuis ces quinze dernières années.

Pour Lady Vengeance, Park Chan-wook ne connaîtra pas le même sortilège même si ce drame, transi de thriller psychologique, s'arroge la récompense du meilleur film "nouvelles tendances", Lionceau d'Or et Prix "cinéma du futur", lors de la Mostra de Venise en 2005 (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Lady_Vengeance). A l'instar de ses éminents citérieurs, Lady Vengeance est unanimement salué, encensé et adoubé par la presse et les critiques spécialisées. Reste à savoir si ce long-métrage mérite (ou non...) de tels vivats et de telles acclamations. Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... La distribution de Lady Vengeance se compose de Lee Young-ae, Choi Min-sik, Go Su-hee, Kim Bu-seon, Kim Byeong-ok, Kim Shi-hoo, Lee Seung-Shin, Nam Il-woo et Oh Dal-soo. Attention, SPOILERS ! Geum-ja, une belle jeune fille, devient un personnage public lorsqu’elle est accusée de l’enlèvement et du meurtre d’un garçon de 5 ans.

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Ce crime atroce obsède les médias. Geum-ja passe aux aveux et est condamnée à une longue peine de prison. Elle va consacrer ses 13 ans d’enfermement à la préparation méticuleuse de sa vengeance contre son ancien professeur Monsieur Baek… Vous l'avez donc compris. Lady Vengeance repose sur un scénario aussi simplissime que lapidaire. Pour ceux qui vénéré, déifié voire sacralisé Old Boy pour ses stridulations et son côté forcené, merci de quitter prestement votre siège et de retourner gentiment dans vos pénates ! Hormis sa thématique prédominante, Lady Vengeance ne partage aucune contiguïté avec son illustre homologue. Pourtant, lui aussi est auréolé d'une interdiction aux moins de 16 ans, sans doute parce que le film touche au sujet de l'infanticide, et que l'on assistera, éberlué, au meurtre d'un petit garçonnet de cinq ans par pendaison...

En vérité, Lady Vengeance s'approxime quasiment à un remake officieux de Lady SnowbloodPar ailleurs, les deux intitulés du film concordent et empruntent cette même filiation. C'est donc une femme vengeresse qui entreprend méticuleusement sa revanche. Certes, Lady Vengeance n'est pas un film de sabres, et encore moins un film d'arts martiaux, mais il baguenaude sur la même rhétorique rédhibitoire. Il s'agit donc d'éliminer Monsieur Baek. Dès lors, Lady Vengeance s'apparente à une quête maladive, voire obsessionnelle. Certes, pour le spectateur médusé, il faudra faire preuve de longanimité et patienter aisément 45 minutes avant de discerner les tenants et les aboutissants d'un scénario volontairement fuligineux. Park Chan-wook prend son temps pour planter le décor et ses principaux protagonistes. Derechef, le réalisateur orfèvre peut s'enhardir d'une mise en scène éthérée, studieuse et vétilleuse dont il a le secret. 

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Il peut également escompter sur la performance magistrale Lee Young-ae, dont l'étonnante vénusté n'a d'égal que sa froideur. Lady Vengeance possède donc de solides arguties dans sa besace, d'autant plus que Park Chan-wook dissémine, çà et là, de nombreuses pistes et clins d'oeil élusifs. Hélas, ce thriller dramaturgique n'est pas exempt de tout grief. Tout d'abord, le film multiplie les saynètes de réminiscence, si bien que l'on ne comprend pas toujours - tout du moins en première instance - les louvoiements d'un scénario retors et parfois amphigourique. En sus, il est difficile de s'attacher au personnage principal, tant cette jeune femme est désincarnée, inamicale et in fine inexistante aux yeux de la société ; si ce n'est pour des médias toujours aussi vaniteux lorsqu'il s'agit d'exploiter à satiété cette candeur meurtrière. Par ailleurs, Gueum-ja est sans cesse assimilée à une sorte d'ange parasitaire de la vengeance. Comment une femme aussi belle et grâcieuse a-t-elle pu commettre un meurtre aussi abject et répugnant ? Telle est la question qui se pose en filigrane durant la première partie du film. 
Pour le reste, Lady Vengeance souffre notamment de la métaphore avec le fameux Old Boy. Le long-métrage ne réitère aucunement les fulgurances ni les préséances de son glorieux épigone. Cependant, Lady Vengeance n'a pas de telles velléités. Au moins, Park Chan-wook a le mérite de visiter de nouvelles contrées enténébrées, quitte à passer outre sur notre désappointement lors du générique final. Indubitablement, ce Lady Vengeance mérite plusieurs visionnages pour être apprécié à sa juste valeur.

 

Note : 14/20

sparklehorse2 Alice In Oliver