i drink your blood

Genre : horreur, gore, trash (interdit aux - 18 ans)
Année : 1970
Durée : 1h23

Synopsis : Une bande de hippies satanistes arrivent dans une ville et commence à terroriser la population locale. Ils y violent une fille, son grand-père leur court alors après. Il échoue et on lui donne du LSD. Son petit-fils, embêté par cette histoire, achètent les hippies en leur donnant à manger des tourtes à la viande, infectées du sang d'un chien enragé. Ils se transforment alors en fous et commencent à tuer et à infecter tout sur leur chemin.   

 

La critique :

Certes, aux yeux de certains néophytes, lorsque l'on invoque le gore et le torture porn, ces derniers songent infailliblement à Saw (James Wan, 2004) et Hostel (Eli Roth, 2006). Pourtant, ces deux thrillers horrifiques et sanguinolents n'ont strictement rien inventé. En l'occurrence, James Wan et Eli Roth n'ont jamais caché leur dilection, ni leur effervescence pour Blood Feast, soit Orgie Sanglante (Herschell Gordon Lewis, 1963) dans la langue de Molière. Alors que le monde entier tente de phagocyter les exactions et les vilenies commises pendant la Seconde Guerre Mondiale, Herschell Gordon Lewis assène un véritable uppercut en étalant la tripaille et la barbaque rutilante.
Via cette série B adventice, le cinéaste impudent s'arroge la couronne sérénissime du pape du cinéma gore. Honni, banni, voué à l'opprobre et aux gémonies, Blood Feast devient la cible had-oc de la censure, sévèrement effarouchée pour l'occasion.

Le film est prestement retiré des salles et écope - sans fard - de l'ultime animadversion, soit d'une interdiction aux moins de 18 ans. Paradoxalement, cette désapprobation participe à ériger et à édifier la notoriété de cette pellicule impécunieuse. Les thuriféraires du cinéma d'horreur s'arrachent Blood Feast, désormais adoubé comme une sorte de fameux Saint Graal. A fortiori, rien ne prédestinait Herschell Gordon Lewis à revêtir les oripeaux d'un auteur démiurgique, lui qui était pourtant issu du circuit indépendant et érotique. Grisé par ce succès inopiné, le metteur en scène corrobore ses appétences pour les parties d'agapes et de priapées érubescentes via 2000 Maniaques (1964), Monster A Go-Go (1965), Color Me Blood Red (1965), Something Weird (1967), The Wizard of Gore (1970), ou encore The Gore Gore Girls (1972). 

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Ainsi, la décennie 1970 est émaillée par la profusion d'hémoglobine. Conjointement à cet aspect incoercible et irrévocable, la société contemporaine se laisse enjôler et dévoyer par l'industrie consumériste. Les femmes arguent et réclament leur émancipation sexuelle et se regimbent contre l'impérium patriarcal. Les Etats-Unis doivent se départir avec la Guerre du Viêtnam et le scandale du Watergate. Les mouvements irénistes, cosmopolites et pacifiques pullulent dans les rues et manifestent contre les moralines et les principes rigoristes d'un gouvernement potentat.
C'est dans ce contexte tumultueux que le mouvement hippie explose et enrôle de nombreux adeptes. Ainsi, la violence est exposée sans ambages aux yeux ulcérés d'une oligarchie à priori bienséante. Massacre à la Tronçonneuse (Tobe Hooper, 1974), Zombie (George A. Romero, 1978), L'enfer des zombies (Lucio Fulci, 1979), Blue Holocaust (Joe d'Amato, 1978) et Incredible Torture Show (Joel M. Reed, 1976) accréditent et avalisent cet engouement pour la barbarie et le primitivisme archaïque.

Vient également s'additionner I Drink Your Blood, réalisé par la diligence de David E. Durston en 1970. A ce jour, cette série B subsidiaire reste sans aucun doute le long-métrage le plus proverbial de cet auteur. David E. Durston a débuté sa carrière cinématographique vers le milieu des années 1960 via The Love Statue (1965), par ailleurs inconnu au bataillon et inédit dans nos contrées hexagonales. A postériori, il enchaînera avec Blue Sextet (1971), Stigma (1972), Boy 'Napped ! (1975) et Manhole (1978), puis disparaîtra subrepticement des écrans-radars.
Le scénario de I Drink Your Blood s'inspire des insanités et des impudicités commises par Charles Manson vers la fin des années 1960. Pour souvenance, le forcené va devenir tristement célèbre. A l'âge de 32 ans, il fonde sa propre famille et sa propre communauté hippie.

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Assujettis à la drogue et la dépravation, Charles Manson et ses fidèles dévots multiplient les forfaitures et les dépravations. En 1969, leurré par un producteur de musique, le maniaque pénètre dans la demeure de Roman Polanski afin de se venger de ce vil promoteur qu'il croit pouvoir dénicher dans la résidence opulente. Charles Manson et ses ouailles tombent alors sur Sharon Tate, la femme de Roman Polanski, et enceinte de huit mois. Tous les occupants de la villa seront arbitrairement abattus. Selon certaines sources, Charles Manson était, à priori, absent lors de cette série de meurtres sans sommation. Mais l'expédition criminelle est savamment fomentée par le serial killer.
Ecroué puis jugé, Charles Manson est tout d'abord condamné à la sentence capitale. Puis, la peine sera commuée pour se transmuter en prison à perpétuité.

Aux Etats-Unis, la médiatisation de son procès impacte et révulse durablement les persistances rétiniennes. En l'occurrence, I Drink Your Blood se veut être une allégorie sur nos propres sadismes et sur les abjections proférées par Charles Manson un an auparavant. Contre toute attente, cet individu échevelé entre dans la culture populaire américaine et c'est exactement ce que retranscrit I Drink Your Blood. Encore aujourd'hui, le film est soumis à l'ultime réprobation. Il est même le tout premier film soumis à une classification "X" en raison de sa violence exorbitante.
A contrario, le long-métrage est unanimement salué, vénéré et encensé par les laudateurs du cinéma underground. Reste à savoir si I Drink Your Blood mérite (ou non...) de telles flagorneries. Réponse à venir dans les lignes de cette chronique...

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A l'instar de Blood Feast en son temps, I Drink Your Blood s'est octroyé le statut de film culte. La distribution de cette bisserie gore et horrifique risque de ne pas vous évoquer grand-chose, à moins que vous connaissiez les noms de Bhaskar Roy Chowdhury, Jadine Wong, Rhonda Fultz, George Patterson, Riley Mills, John Damon, Elizabeth Marner-Brooks et Richard Bowler ; mais j'en doute... Attention, SPOILERS ! Une bande de hippies satanistes et toxicomanes s'installe à proximité d'une petite bourgade. Bien vite ils agressent une jeune femme et son grand père, et les forcent à prendre du LSD. Le gamin de la famille décide alors de les venger en leur servant des tartes à la viandes agrémentée de sang infecté par la rage, qu'il a prélevé sur un chien errant.
Mais bien loin de calmer la bande de hippie, la rage les rend encore plus sauvages, et c'est la bave aux lèvres et la machette à la main qu'ils vont attaquer le village...

Certes, à raison, les amateurs les plus patentés du cinéma trash pourront grommeler et clabauder à raison contre les maquillages et les effets spéciaux joyeusement surannés. Indiscutablement, I Drink Your Blood est un film symptomatique d'une époque révolue (les années 1970). Cependant, nonobstant ses carences et ses approximations, le long-métrage de David E. Durston garde son impact quasiment intact. I Drink Your Blood aborde sans sourciller tous les tabous ultimes et spinescents de notre société moderne et en pleine mutation : l'anthropophagie, le vampirisme, la torture, ainsi que toutes les turpitudes de l'âme humaine. Par ailleurs, est-il vraiment opportun de parler d'êtres humains tant I Drink Your Blood s'approxime, in fine, à une longue partie de boucherie rougeoyante ?
En outre, les assaillants sont sous le diktat de rites démoniaques et méphistophéliques. Ils sont la progéniture des ténèbres et d'un "Mal" indicible. 

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D'un point de vue formel, cette série B (série Z...) n'est ni un film de morts-vivants, ni  un film de vampires, tout du moins dans la grande tradition du genre, mais un pur produit d'exploitation qui met en exergue des individus courroucés et contaminés par la rage. Au moins, David E. Durston ne badine pas avec les éviscérations et les équarrissages en proposant toute une kyrielle d'énucléations, de dépeçages, de décapitations, d'égorgements et d'extirpations de divers organes qu'il prône et diligente à satiété. Rarement, un film gore se sera montré autant philanthrope pour arborer et étayer sa barbaque effervescente ! De facto, I Drink Your Blood mérite - à minima - nos congratulations et nos satisfécits circonstanciés. Certes, en contrepartie, on pourra légitimement déplorer et maronner contre la piètre qualité de la mise en scène, ainsi que sur une interprétation au mieux archétypale et calamiteuse. Mais il faudrait aussi se montrer particulièrement rustre et vachard pour ne pas discerner, ni reconnaître les qualités ineffables de cette bisserie particulièrement virulente pour l'occasion.
En tout cas, I Drink Your Blood rivalise sans ciller avec d'autres classiques gore et incontournables. Mieux, il se montre même supérieur à Blood Feast et autres 2000 Maniaques, soit d'autres illustres bréviaires en la matière.

Note : 14/20

sparklehorse2 Alice In Oliver