orphelinat

Genre : horreur, épouvante (interdit aux - 12 ans)
Année : 2008
Durée : 1h46

Synopsis : Laura a passé son enfance dans un orphelinat entourée d'autres enfants qu'elle aimait comme ses frères et soeurs. Adulte, elle retourne sur les lieux avec son mari et son fils de sept ans, Simon, avec l'intention de restaurer la vieille maison. La demeure réveille l'imagination de Simon, qui commence à se livrer à d'étranges jeux avec "ses amis"... Troublée, Laura se laisse alors aspirer dans l'univers de Simon, convaincue qu'un mystère longtemps refoulé est tapi dans l'orphelinat...  

 

La critique :

Il faut se rendre sur le site CineTrafic et en particulier sur le lien suivant (Source : https://www.cinetrafic.fr/liste-film/4335/1/le-film-d-epouvante-horreur-espagnol) pour glaner et déceler la liste foisonnante et exhaustive (73 films répertoriés tout de même !) des oeuvres horrifiques issues des contrées ibériques. En l'occurrence, l'un des premiers uppercuts massifs assénés par le cinéma espagnol sera recensé vers le milieu des années 1970 via le terrible Les Révoltés de l'An 2000 (Narciso Ibanez Serrador, 1977), une oeuvre viscérale et frontale qui va parvenir à s'expatrier au-delà de ses frontières ensoleillées. Depuis, l'Espagne peut s'enhardir de délivrer quelques longs-métrages effroyables et éventuellement notables, entre autres Angoisse (Bigas Luna, 1987), L'échine du Diable (Guillermo del Toro, 2001), Fragile (Jaume Balaguero, 2005), La secte sans nom (Jaume Balaguero, 1999), ou encore Abandonnée (Nacho Cerda, 2007).

Mais c'est à la franchise Rec que reviennent les lettres de noblesse et les congratulations circonstancielles. Amorcé vers le milieu 2000, Rec (Jaume Balaguero et Paco Plaza, 2008) premier du nom s'arroge la couronne sérénissime de film culte. Mieux, le long-métrage exhorte le cinéma hollywoodien à produire un remake analogue et frelaté. Ainsi, Rec devient En Quarantaine (John Erick Dowdle, 2008) dans la foulée, une nouvelle version qui ne laissera pas un souvenir impérissable, loin de là ! Grisés par ce succès inopiné et pharaonique, Jaume Balaguero et Paco Plaza poursuivent les belligérances démoniaques à travers un second chapitre, Rec 2 (2009), qui s'accointe et s'acoquine à une nouvelle version dévoyée de L'Exorciste (William Friedkin, 1974).
Puis, les deux comparses, peu en verve pour l'occasion, continuent l'aventure en solo.

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C'est ainsi qu'un Rec 3 - Génesis (Paco Plaza, 2012) et qu'un Rec 4 - Apocalypse (Jaume Balaguero, 2015) corroborent l'inanité d'une saga en désuétude. Pourtant, à l'origine, les deux auteurs démiurgiques n'ont strictement inventé. En l'occurrence, Jaume Balaguero et Paco Plaza n'ont jamais caché leur engouement, ni leur effervescence pour Démons (Lamberto Bava, 1985), un autre film d'horreur ibérique qui claustre ses principaux protagonistes dans une salle de cinéma, bientôt assaillie par des morts-vivants anthropophages. Rec premier du nom obéit - peu ou prou - au même syllogisme. Seule dissimilitude et pas des moindres, les martialités se déroulent dans un immeuble d'un quartier de Barcelone, bientôt enceint par les forces de l'ordre.
Quelques années avant la sortie de Rec, le cinéma espagnol nous avait déjà infligé une première meurtrissure avec Les Autres (Alejandro Amenabar, 2001), un film d'épouvante d'une remarquable sagacité.

Cette oeuvre dissonante s'accointait, entre autres, avec les dons de médiumnité pour flagorner des esprits qui hantaient encore une demeure opulente. Toute la perspicacité du long-métrage reposait notamment sur un twist final putride et macabre, mais d'une étonnante finauderie. Aux yeux des thuriféraires du cinéma d'horreur, c'est le film d'Alejandro Amenabar qui remporte aisément les suffrages. Via L'Orphelinat, sorti en 2008, le cinéaste Juan Antonio Bayona souhaite épouser le même didactisme morbide. Présenté dans divers festivals (notamment à Gérardmer et au festival de Cannes), L'Orphelinat est unanimement salué et adulé par des critiques dithyrambiques. Que soit.
Si le film se solde par un succès commercial dans son pays natal, il passe plutôt inaperçu dans nos contrées hexagonales et souffre, à fortiori, de la métaphore avec Les Autres.

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Paradoxalement, cette pondération ostentatoire va s'euphémiser à postériori. L'Orphelinat va donc gagner ses galons de bréviaire et d'oeuvre référentielle aux yeux des laudateurs du cinéma d'épouvante. Reste à savoir si ce long-métrage mérite de telles courtisaneries. Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... L'Orphelinat constitue également le tout premier long-métrage de Juan Antonio Bayona. Le metteur en scène peut également escompter sur l'érudition et l'omniscience de Guillermo del Toro à la production pour parfaire une oeuvre tragique et mélancolique. Par la suite, Juan Antonio Bayona enchaînera avec The Impossible (2012), Quelques minutes après minuit (2016) et Jurassic World : Fallen Kingdom (2017).
Pour le reste, il serait probablement malséant de comparer L'Orphelinat à Les Autres, même si les deux films partagent de nombreuses concomitances, notamment cet attrait pour une demeure esseulée, des personnages atones et sous le joug de douloureuses réminiscences.

La distribution du film se compose de Belén Rueda, Fernando Cavo, Roger Princep, Montserrat Carulla, Géraldine Chaplin, Mabel Rivera, Andrès Gertrudix et Edgar Vivar. Attention, SPOILERS ! (1) Laura a passé son enfance dans un orphelinat entourée d'autres enfants qu'elle aimait comme ses frères et sœurs. Adulte, elle retourne sur les lieux avec son mari et son fils de sept ans, Simon, avec l'intention de restaurer la vieille maison et d'en faire un lieu d'accueil pour enfants handicapés. La demeure réveille l'imagination de Simon, qui commence à se livrer à d'étranges jeux avec « ses amis invisibles ». Le jour de l'inauguration du nouvel établissement, une dispute éclate entre Simon et Laura.
Simon refuse de descendre pour accueillir les nouveaux arrivants (les enfants handicapés) ; refusant de céder à un caprice, Laura laisse Simon seul et va s'occuper des invités.

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Pendant la fête, elle retourne voir Simon et s'aperçoit qu'il a disparu (1). Indubitablement, L'Orphelinat porte le sceau, ainsi que le monogramme de Guillermo del Toro. Aux yeux du producteur polymathique, le mal s'incarne dans nos propres fêlures et nos souvenirs disparates. De facto, L'Orphelinat adopte un point de vue anthropocentrique et se polarise en particulier sur le point de vue de Laura, une mère contristée qui revient sur les lieux décharnés de son enfance. L'endroit recèle de secrets intarissables. Puis, sans fard, Simon, le fils de cette dernière, disparaît sans laisser de traces.
Le mari désappointé est prestement évincé des pérégrinations et de recherches qui se révèlent (hélas) infructueuses. Le passé ressurgit... Inexorablement... Et se nimbe de personnages fantomatiques, aussi évanescents qu'ineffables.

Pour retrouver son fils en pleine sénescence, Laura devra accepter, bon gré mal gré, de ressusciter les spectres du passé. Cela passe par un enfant disgracieux et difforme, par des tabous, des cachotteries et surtout par cette figure maternelle en pleine décrépitude. Ce n'est pas aléatoire si l'oriflamme du film arbore une mère berçant son jeune enfant à la lisière d'une fenêtre ouverte. Pour Juan Antonio Bayona et Guillermo del Toro, les vivants et les morts se rencontrent quelque part dans le subconscient. En l'état, difficile d'en révéler davantage... Au moins, L'Orphelinat a le mérite de se départir de Les Autres et d'une concurrence apoplectique en la matière.
Le film de Juan Antonio Bayona peut s'enorgueillir d'arborer un tout autre faciès, tout en essaimant quelques saynètes d'effroi savamment fomentées. Contre toute attente, L'Orphelinat frappe et surprend là où on ne s'y attendait pas, qui plus est avec une certaine roublardise. In fine, la mise en scène vétilleuse et stylisée de Juan Antonio Bayona affine cette formidable impression d'ensemble. Nul doute que l'on reparlera, dans l'avenir, de ce film d'épouvante qui gagne d'autant plus de raffinement et de noblesse avec les années...

Note : 15/20

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(1) Synopsis du film sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/L%27Orphelinat