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Genre : Action, film de sabre (interdit aux - 12 ans)

Année : 1971

Durée : 1h21

 

Synopsis :

Un prince de la dynastie Song a été fait prisonnier par les envahisseurs Ching et est actuellement détenu dans une forteresse impénétrable par des hommes d'élite du peuple Ching. Un groupe de combattants fidèles aux Song entreprend un voyage périlleux vers la forteresse afin de libérer le prince. Un mystérieux étranger est recruté pour accompagner les combattants afin de les aider à accéder à la forteresse.

 

La critique :

Je peux comprendre votre désappointement en lisant le synopsis. Pourquoi diable ce film se retrouve chroniqué sur Cinéma Choc ? Pourtant, le film de sabre n'est pas un cas isolé et, plus d'une fois, il a suscité nos faveurs. Voyez notre panégyrisme à l'égard des chanbaras de Akira Kurosawa et de Kihachi Okamoto (Hideo Gosha manquant à l'appel mais pas d'inquiétudes là-dessus...). Leur point commun est qu'ils proviennent tous de l'empire du Soleil Levant. Ce qui ne sera pas le cas aujourd'hui car c'est de nouveau vers la Chine que je vais m'aventurer. Toutefois, nous ne serons ni dans la Cat III, ni dans la Vague pré-Cat III. On remonte encore dans le passé à un temps où la Shaw Brothers commençait à se faire un nom. A cette époque, le cinéma HK dit "classique" ne rechignait pas sur une violence déjà très présente. Chang Cheh abreuvait le public de wu xia pian sanglants et sadiques à l'instar d'Heroic Ones. En parallèle, les films fantastiques se répandirent comme une traînée de poudre.
Tout cet ensemble définissait alors les premières bribes du rapport du citoyen HK avec le concept même de la violence et son acceptation vis-à-vis de celle-ci. Nous sommes encore bien au-delà des prémisses du cinéma d'exploitation horrifique HK qui verra émerger les pellicules que nous connaissons tous. C'est véritablement à partir de cette période charnière, déterminante pour l'avenir de ce type de Septième Art, que nous allons obliquer en ce jour. 

Voilà pourquoi le billet axé sur cette oeuvre du nom de The Deadly Duo ne tient pas du hasard. Mais je crois qu'il convient de définir un peu plus le terme de wu xia pian pour ceux qui ne le connaîtraient pas. C'est tout à fait simple à comprendre puisqu'il ne s'agit rien d'autre que le film de sabre chinois ou, littéralement, le film de chevalier errant. Le chanbara à la sauce chinoise si vous préférez, cependant bien éloigné de ses frères dans ses objectifs. Prenant sa source dans les années 20 avec Li Feifei : une chevalière errante (1925) et L'Incendie du Monastère du Lotus Rouge (1928) qui connaîtra 17 suites (une série officiellement considérée comme perdue), le wu xia pian passa à travers les tumultes de la censure du Kuomintang, avant que la Shaw Brothers ne le remette à la mode. Chang Cheh, ayant réalisé le métrage d'aujourd'hui, devient l'une des figures proéminentes de cette époque en versant allègrement dans un style beaucoup plus cru et violent.
Il faut alors se rendre compte de cette dichotomie de réputation entre l'Orient, où le wu xia pian était nanti d'un énorme succès, et l'Occident où il était nettement moins connu. Une révolution se fera à la fin des années 70 avec le très connu Tsui Hark qui révolutionna le genre. A l'heure actuelle, si ce genre a périclité, portant encore les cicatrices de la crise du cinéma HK et la fuite des acteurs à succès, il a su retrouver un gain de force via des réalisations se soldant par un succès triomphal tels Tigre et Dragon, Hero, Le Secret des Poignards Volants, The Grandmaster et le controversé The Assassin dont nous allons vite reparler. Mais trêve de bavardage et voyons ce que ce The Deadly Duo a à nous offrir.

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ATTENTION SPOILERS : Un prince de la dynastie Song a été fait prisonnier par les envahisseurs Ching et est actuellement détenu dans une forteresse impénétrable par des hommes d'élite du peuple Ching. Un groupe de combattants fidèles aux Song entreprend un voyage périlleux vers la forteresse afin de libérer le prince. Un mystérieux étranger est recruté pour accompagner les combattants afin de les aider à accéder à la forteresse.

Mais je dois, avant tout, vous faire une confidence ! Si ma réputation de thuriféraire des chanbaras n'est plus à confirmer depuis le temps où j'en chronique tout en les louangeant, le wu xia pian peine à me convaincre. Il y a un bout de temps de cela, je m'étais initié avec Butterfly Murders, l'un des plus célébrissimes crus de Tsui Hark sans qu'il ne me fasse vibrer une seconde. La note qui en avait désarçonné plus d'un m'a fait prendre conscience qu'il faut apprendre à cerner ce genre et à l'accepter tel qu'il est : une série B d'exploitation qui n'a pas de velléité de réalisme ni de vous fournir un scénario réfléchi. C'est donc avec une approche différente que je me lançais à l'assaut d'un deuxième wu xia pian, appréhension de mise et perplexité de tous les instants bien évidemment.
Et en effet, le récit ne vole pas très haut dans ses intentions avec un schéma classique d'un prince capturé et d'un groupe de jeunes aventuriers dont l'objectif est de le délivrer en se frayant un chemin à travers les hordes d'ennemis via leur maîtrise du kung-fu. Bref, rien à signaler à ce niveau, d'autant plus qu'une grande partie du film va se passer à chercher un moyen de franchir un passage impénétrable. Ce passage étant constitué d'un pont en ruine risquant de vous faire tomber dans un ravin à tout instant. 

Au sein d'une histoire qui ne décolle jamais et se finit maladroitement, il fallait nécessairement s'attendre à une avalanche de confrontations diverses et sur ce point les laudateurs se montreront amplement séduits. Les combats sont omniprésents, hargneux et particulièrement violents pour les années 70 à Hong-Kong. Les exécutions, par arbalètes ou lances, empalant les pauvre bougres font leur petit effet. De même, Cheh n'est pas radin sur l'hémoglobine coulant sans quelconque parcimonie. Les corps tranchés, transpercés et même brûlés sont légions. Une bonne interaction avec l'environnement se fait avec des ennemis balancés par-dessus les barrières, tombant dans l'eau ou que sais-je.
Une variété dans les armes est aussi à noter, que cela soit le sabre, l'arbalète, la lance, la hache, la masse et même des cymbales. The Deadly Duo sait varier les plaisirs, rattrapant une histoire sans saveur qui n'est qu'un prétexte pour accumuler les combats. De plus, les cascades seront aussi de la partie avec des sauts de 6 mètres de haut, des projections en volant et j'en passe et des meilleures. Mention à la maîtrise du kung-fu de l'envol, malheureusement trop occulté alors que sa nanardise aurait pu pousser le délire bien plus loin. 

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Point positif à noter : la qualité de l'image. Au risque de me répéter, les mesures de conservation du cinéma HK de l'époque n'était pas réputées pour être bonnes, ce qui explique certaines copies, disons-le clairement, à vomir de divers films. En ce qui concerne The Deadly Duo, il a eu la chance d'échapper à cette fatalité. Fort heureusement car son esthétique est d'une réelle beauté, en témoigne l'image ci-dessus. Nature omniprésente, plans larges et agréables, couleurs tape-à-l'oeil. A cela vous rajoutez une belle mise en scène dans la manière de chorégraphier les combats, jamais illisibles. La composition musicale est elle aussi de qualité et, à aucun moment, poussée à l'overdose.
Pour les acteurs, là c'est une autre paire de manches parce que c'est de la série B tout crachée, donc ça cabotine ou ça manque de saveur. Les personnages ne manifestent aucun attachement de notre part et leur charisme est à revoir. Nous pouvons quand même les citer : David Chiang, Ti Lung, Chen Sing, Lo Wai, Wong Shu-Tong, Yeung Chak-Lam, Lau Tan, Stanley Fung Shui-Fan, Chik Ngai-Hung et Wong Ching pour les principaux. 

Voici donc cette chronique se finissant déjà mais sincèrement j'ai beaucoup de mal à savoir quoi dire de plus sur ce témoignage d'une époque révolue, prélude à la pré-Cat III, elle-même prélude à cette bonne vieille Cat III. Il est clair que The Deadly Duo ne risque pas de s'immiscer comme un incontournable du cinéma HK, ni ne pourrait prétendre au titre de classique du film de sabre, d'un point de vue général. Néanmoins, il possède quelques arguments qui amèneraient les fans de série B à jeter un oeil dessus. Pas de mensonge sur la dose de violence graphique, combats globalement sympathiques à observer, esthétique chatoyante. Cheh a su intégrer des éléments du grand cinéma, en dépit de la grosse faiblesse du scénario insipide et du casting franchement peu convaincant.
Un produit correct, amusant, pouvant paraître obsolète au vu des techniques mises en jeu (ralentis, arrêts sur image et cascades en mousse) qu'il faut savoir critiquer à sa juste valeur. Une porte d'entrée correcte dans le monde très spécial du wu xia pian sans pour autant s'extasier dessus.

 

Note : 11,5/20

 

 

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