shocking asia 2

Genre : horreur, gore, trash, "Mondo", shockumentary, documentaire (interdit aux - 18 ans au moment de sa sortie, interdit aux - 16 ans aujourd'hui)
Année : 1985
Durée : 1h41

Synopsis : Laissez-vous transporter et séduire par les traditions millénaires et séculaires du continent asiatique. Bienvenue dans un univers sulfureux et débridé dans lequel l'impudicité et l'immoralité dépassent les vertus souvent faisandées d'une société transie par l'égotisme et le consumérisme ad nauseam. Cultes secrets, rituels spirituels aux vertus médicinales, expositions de corps dénudés et une once de snuff animalier parsèment, entre autres, le programme indécent de Shocking Asia 2 - The Last Taboos.  

 

La critique :

Non, vous ne rêvassez pas. Non, vous ne fabulez pas non plus. Le "Mondo" et le shockumentary effectuent leur résurgence sur Cinéma Choc. Avouez que ça vous avez manqué... Par décence et par déférence, nous éluderons de réitérer l'exégèse du "Mondo" à travers ces lignes éparses. Toutefois, une rétrospective succincte s'impose. Le "Mondo" acte et officialise sa naissance vers l'orée des années 1960 via Mondo Cane (Gualtiero Jacopetti, Franco Prosperi et Max Cavalara, 1962). Le principe de cette pellicule inconvenante et condescendante ? Filmer, scruter, analyser et sonder les us et les coutumes de peuplades aux traditions séculaires. De facto, Mondo Cane se pare des précieux atours de documentaire transi de véracité et d'authenticité. Présenté au festival de Cannes, le long-métrage révulse et estourbit durablement les persistances rétiniennes.

Tantôt truculentes, tantôt véhémentes, tantôt impertinentes, les saynètes de ce "documenteur" n'échappent pas au couperet acéré de la censure. Le shockumentary de Gualtiero Jacopetti et de ses fidèles prosélytes écope logiquement d'une interdiction aux moins de 16 ans. Pourtant, toutes les séquences tournées sont factices et savamment fomentées par l'entremise de comédiens amateurs et/ou anonymes. Grisés par ce succès inopiné, Gualtiero Jacopetti et ses ouailles rééditent les mêmes fulgurations analogiques via Mondo Cane 2 (1963). Cette fois-ci, peu ou prou de surprise au menu des tristes réjouissances. Lors d'une interview élusive, Gualtiero Jacopetti et ses subordonnés révèlent la duperie matoise. Mondo Cane 2 est principalement composé de saynètes qui n'ont pas été retenues pour le premier chapitre. Que soit. A l'époque, ce diptyque témoigne déjà de notre effervescence immodérée pour le consumérisme.

Qu'on le veuille ou non, ces deux premiers chapitres cajolent et flagornent notre scopophilie obsessionnelle, voire maladive. Mondo Cane influence et génère toute une pléthore d'homologues. Qu'ils se nomment This Violent World - Savana Violenta (Antonio Climatti et Mario Morra, 1976), Africa Ama (Angelo et Alfredo Castiglioni, 1971), Africa Addio (Gualtiero Jacopetti et Franco Prosperi, 1966), Mondo Magic (Angelo et Alfredo Castiglioni, 1975), L'Amérique Interdite (Romano Vanderbes, 1977), ou encore The Killing of America (Sheldon Renan et Leonard Schrader, 1982), tous ces shockumentaries ne sont in fine que des palimpsestes de Mondo Cane.
En l'occurrence, Shocking Asia, réalisé par la diligence de Rolf Olsen en 1974, reste sans doute l'un des avatars les plus notoires de Mondo Cane.

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Certains thuriféraires du "Mondo" évoquent même une sorte de "Mondo Cane version asiatique". Pour souvenance, ce shockumentary a fait l'objet d'une chronique dans nos colonnes diffuses (Source : http://cinemachoc.canalblog.com/archives/2019/06/01/37280801.html). Rien d'exceptionnel au programme. Formellement, Shocking Asia rebute par sa profusion de figures transgenres qui arborent, sans sourciller, un sexe masculin ithyphallique, et déjà très en vogue dans certains pays du continent asiatique (en particulier la Thaïlande).
Niveau gore, ce "Mondo" désappointe et mise avant tout sur toute une litanie de lubricités et d'impudicités. Sur ce dernier point, Shocking Asia remplit doctement son office. A l'instar de Mondo Cane en son temps, le "documenteur" de Rolf Olsen rencontrera un certain succès lors de son exploitation dans les vidéoclubs.

Il n'en faut pas davantage pour transmuter ce premier opus en trilogie mercantiliste et lucrative. Ainsi, Shocking Asia 2 - The Last Taboos (Rolf Olsen, 1985) et Shocking Asia 3 - After Dark (Sung-jiu Kuang et Takafumi Nagamine, 1995) seront produits et réalisés bien des années plus tard. Si le premier chapitre est aisément disponible en vidéo, Shocking Asia 2 et Shocking Asia 3 font figure de véritables raretés, un argumentaire suffisant pour susciter l'appétence des collectionneurs les plus patentés. Aujourd'hui, c'est le cas du second chapitre qui fait l'objet d'une chronique sur Cinéma Choc. A la fois acteur et réalisateur, Rolf Olsen escompte au moins une quarantaine de films à son actif.
Metteur en scène éclectique, officiant à la fois dans la comédie, le drame, la guerre, l'érotisme et l'horreur, Rolf Olsen reste un artisan probe et honnête du cinéma bis.

Les laudateurs du cinéaste n'omettront pas de stipuler des oeuvres telles que La chevauchée vers Santa Cruz (1963), Le ranch de la vengeance (1964), Nuits blanches à Hambourg (1969), Hôtel du Vice (1970), ou encore Vendredi Sanguinaire (1972) parmi les longs-métrages notables et éventuellement notoires. Sorti furtivement durant la décennie 1980, Shocking Asia 2 - The Last Taboos doit se démener et se départir avec une concurrence apoplectique, le "Mondo" et le shockumentary s'étant largement démocratisés dans le cinéma d'exploitation.
Tout d'abord interdit aux moins de 18 ans, le "documenteur" voit sa réprobation minorer à postériori. Aujourd'hui, le film est "seulement" (si j'ose dire...) interdit aux moins de 16 ans. Voilà pour l'anecdote superfétatoire !

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Mais trêve de facondes et verbiages et revenons à l'exégèse de ce shockumentary. Attention, SPOILERS ! Laissez-vous transporter et séduire par les traditions millénaires et séculaires du continent asiatique. Bienvenue dans un univers sulfureux et débridé dans lequel l'impudicité et l'immoralité dépassent les vertus souvent faisandées d'une société transie par l'égotisme et le consumérisme ad nauseam. Cultes secrets, rituels spirituels aux vertus médicinales, expositions de corps dénudés et une once de snuff animalier parsèment, entre autres, le programme indécent de Shocking Asia 2 - The Last TaboosCertes, le premier volet n'avait pas spécialement laissé un souvenir impérissable, loin de là ! Au moins, Shocking Asia 2 - The Last Taboos a le mérite de délaisser les parties d'agapes et de priapées pour proposer davantage de virulence et d'âpreté.

Depuis la sortie du premier Shocking Asia, l'univers de l'horreur a vu Cannibal Holocaust (Ruggero Deodato, 1980) et Faces of Death (John Alan Schwartz, 1978) poindre et se nantir d'un certain barbarisme et primitivisme. De facto, Rolf Olsen a bien conscience qu'il ne pourra plus émettre un "Mondo" aussi timoré et édulcoré. D'un point de vue formel, Shocking Asia 2 peut s'enorgueillir d'une mise en scène précautionneuse et vétilleuse, laissant songer à un authentique documentaire "vérité". Clairement, Rolf Olsen n'est pas un gourdiflot malhabile derrière la caméra.
Le metteur en scène, plutôt en verve pour l'occasion, nous fait l'éloge d'un continent chatoyant et aux couleurs irisées. 
Ainsi, cette suite peut s'enhardir de décors somptuaires, ainsi que de vues panoramiques mirifiques.

Niveau gore, Shocking Asia 2 dépasse allègrement son illustre antécesseur. Exempt les séances de spiritisme qui constituent l'un des principaux leitmotivs de cette seconde forfaiture, le shockumentary se polarise, entre autres, sur certaines pratiques médicinales. Ces rituels fuligineux se déroulent presque toujours dans les cris d'orfraie et sous les déluges d'hémoglobine. Ces susdits rites visent notamment à extraire un mal indicible à l'intérieur du corps de certains individus en sénescence, voire en décrépitude. Cette segmentation, qui s'étale allègrement sur vingt bonnes minutes, conglomère toute une salve d'extirpations chirurgicales.
Certes, ce n'est pas Shocking Asia 2 qui risque de révolutionner le genre, mais cette suite se montre un peu moins fastidieuse et obsolescente que son auguste devancier. 
Donc oui, Shocking Asia 2 - The Last Taboos se montre légèrement supérieur et surtout un peu plus philanthrope que son célèbre épigone... Ni plus ni moins. Cependant, cette seconde prévarication reste tout de même d'un intérêt assez relatif et s'adresse exclusivement aux amateurs invétérés du "Mondo", tout du moins s'ils existent encore...

Note : 10.5/20

sparklehorse2 Alice In Oliver