parasite 2019

Genre : drame, comédie dramatique, thriller
Année : 2019
Durée : 2h12

Synopsis : Toute la famille de Ki-taek est au chômage, et s’intéresse fortement au train de vie de la richissime famille Park. Un jour, leur fils réussit à se faire recommander pour donner des cours particuliers d’anglais chez les Park. C’est le début d’un engrenage incontrôlable, dont personne ne sortira véritablement indemne... 

 

La critique :

Depuis maintenant une bonne quinzaine d'années, le cinéma asiatique, en particulier le cinéma sud-coréen, parvient à s'expatrier au-delà de ses frontières, pour in fine s'ériger et s'imposer dans nos contrées occidentales. On pourrait presque invoquer une sorte d'inflation cinématographique qui vient partiellement phagocyter l'anomie d'un cinéma hollywoodien en pleine décrépitude, et sans doute sclérosé par toutes ces productions lénifiantes qui mettent en exergue des super-héros analogiques et en sévère convalescence. Mais pendant que le cinéma "made in USA" se dépérit, le cinéma sud-coréen, lui, implose et éblouit par ses arguties narratives et scénaristiques.
Tout commence vers le milieu des années 2000. Park Chan-wook débarque avec Old Boy (2003), un thriller nébuleux inspiré d'un manga notoire.

Bluffés par cette production âpre et iconoclaste, les producteurs se chargeront de dévoyer le film originel pour le transmuter en remake américain éponyme, et sous l'égide d'un Spike Lee, peu en verve pour l'occasion. Depuis la sortie de ce thriller frénétique et aux réminiscences douloureuses, le cinéma sud-coréen a ponctuellement révulsé nos persistances rétiniennes. Les thuriféraires n'omettront pas de stipuler des oeuvres telles que J'ai Rencontré le Diable (Kim Jee-woon, 2010), The Chaser (Na Hong-jin, 2008) , Crying Fist (Ryoo Seung-wan, 2005), The Man From Nowhere (Lee jeong-Beom, 2010), Breathless (Yang Ik-June, 2009), The Murderer (Na Hong-jin, 2010), Lady Vengeance (Park Chan-wook, 2005), Frères de Sang (Kang Je-gyu, 2005), ou encore Blood Island (Jang Cheol-soo, 2010) parmi les longs-métrages notables et éventuellement notoires.

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Vient également s'agréger un certain Bong Joon-ho, soit le ou l'un des cinéastes sud-coréens les plus en vogue depuis l'orée des années 2000. Après avoir débuté dans plusieurs courts-métrages, Bong Joon-ho signe son tout premier long-métrage, Barking Dog, en 2000. Il enchaîne alors avec Memories of Murders (2003), The Host (2006), Mother (2009), Snowpiercer - Le Transperceneige (2013) et Okja (2017), soit autant de métrages voluptuaires qui vont se solder par un certain succès commercial lors de leur exploitation dans nos contrées occidentales.
Désormais, Bong Joon-ho est reconnu par ses pairs, à tel point qu'il préside, en 2014, le 38e festival international du film de Hong-Kong (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Bong_Joon-ho). Même les critiques acclament et plébiscitent la filmographie somptuaire de ce metteur en scène en pleine effervescence.

Puis, en 2019, Bong Joon-ho présente au festival de Cannes sa dernière réalisation en date, sobrement intitulée ParasiteNonobstant une concurrence apoplectique, ce drame sarcastique est le tout premier métrage sud-coréen à s'octroyer la Palme d'Or, une récompense suprême qui couronne enfin Bong Joon-ho à sa juste valeur. Derechef, les critiques s'extasient et encensent une comédie sardonique, unanimement reconnue comme la quintessence du réalisateur. C'est un peu vite oblitérer un film tel que Memories of Murder, mais ceci est un autre sujet...
En sus, Parasite ne boxe pas du tout dans la même catégorie. Reste à savoir si cette dramaturgie corrosive mérite de tels dithyrambes et de tels satisfécits. 
Réponse à venir dans les lignes diffuses de cette chronique... 

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Pour l'anecdote superfétatoire, j'ai même hésité avant de le chroniquer sur Cinéma Choc, puisqu'il s'agit d'un drame, voire d'une comédie dramatique, qui oscille partiellement vers le thriller ; tout du moins lors de sa dernière partie en apothéose. La distribution du film se compose de Song Kang-ho, Jang Hye-jin, Choi Woo-sik, Park So-dam, Cho yeo-jeong, Jung Ziso et Jung Hyeon-jun. Attention, SPOILERS ! Toute la famille de Ki-taek est au chômage, et s’intéresse fortement au train de vie de la richissime famille Park. Un jour, leur fils réussit à se faire recommander pour donner des cours particuliers d’anglais chez les Park. C’est le début d’un engrenage incontrôlable, dont personne ne sortira véritablement indemne... De prime abord, il apparaît évident, presque inhérent, que Bong Joon-ho prise et affectionne les "monstres", qu'ils soient réels (The Host) ou bien humains (le sociopathe dans Memories of Murder).

Toujours est-il que le syllogisme du metteur en scène vogue toujours vers cette misanthropie de façade. Aux yeux de Bong Joon-ho, personne ne trouve grâce à ses yeux. Ses personnages sont finalement humains, trop humains, et se laissent fourvoyer dans la cupidité, l'avidité, l'obséquiosité et la pusillanimité... Et Parasite ne déroge pas à la règle ! Depuis sa présentation au festival de Cannes, les critiques se montrent unanimement panégyristes et couvrent le film de plébiscites. Certains laudateurs évoquent déjà un nouveau chef d'oeuvre, voire un classique sérénissime du noble Septième Art.
Plus que jamais, Parasite s'approxime à un film épars et polymorphe qui emprunte tantôt le didactisme de la comédie caustique, tantôt le drame en pleine dégénérescence, tantôt le thriller en forme de huis clos anxiogène, et tantôt le home invasion. 

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Le scénario mutin pourrait lui aussi s'apparenter à un jeu de duperies matoises. A travers ces finauderies, savamment fomentées par une famille issue de la plèbe, c'est la lutte des classes qui semble être le principal leitmotiv de ParasiteOui... Mais pas seulement... Bong Joon-ho s'ébaudit de ce hiatus intangible entre ceux qui profitent de la mondialisation et ceux qui la subissent. Voilà un sujet qui reste d'une actualité saisissante... Finalement, la Corée du Sud souffre des mêmes maux que les pays riches et industrialisés... La première catégorie est symbolisée par la famille Park. Soyeux et luminescents, les Park transfigurent cette ascension fulgurante et remarquable.
Pourtant, nonobstant leurs apparats luxuriants, les Park ne sont pas non plus des parangons de vertus, loin de là.

Sous les roueries de la famille de Ki-taek - leurs nouveaux convives, les Park licencieront ces éléments indésirables. De facto, on discerne mieux l'intitulé du film. C'est même l'une des principales leçons (scansions...) dogmatiques du film : "Il y a plein de mauvaises petites bestioles à travers le monde". Ici, la populace est sciemment vulgarisée et attirée par le vide, une vacuité symbolisée par des escaliers menant vers une cave, ou plutôt vers des oubliettes. Que ce soit Ki-taek, sa soeur, sa marâtre ou son patriarche, tous ne sont que des victimes et des simulacres d'une populace laissée à la dérive. Triste image de la Corée du Sud, elle aussi enkystée par les vicissitudes de la globalisation. 
Contre toute attente, Parasite invoque encore l'existence d'un prolétariat, condamné à agonir, surtout lorsqu'il enjôle une famille plantureuse et fastueuse.

Bong Joon-ho affine et étaye son argumentaire via cette dichotomie ostensible entre des décors disparates. Tantôt, le film louvoie entre l'habitat vétuste de Ki-taek et de sa famille et la demeure opulente des Park. Paradoxalement, en dépit de leurs diverses tartufferies, Ki-taek et ses sbires sont finalement aussi avides qu'attachants. Indubitablement, on tient là une oeuvre complexe et fuligineuse qui comporte divers niveaux de lecture. A contrario, Parasite n'est pas exempt de tout grief. A force de verser dans les archétypes, les hyperboles, les ellipses et les métaphores, Parasite peut paraître un peu lourdaud sur la durée. Cependant, lors du générique final, ce drame à la fois acerbe et mélancolique laisse une trace indélébile. Nul doute que l'on reparlera de cette oeuvre protéiforme et qui mérite bien quelques concerts de louanges dans nos colonnes.

 

Note : 16/20

sparklehorse2 Alice In Oliver