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Genre : Policier, drame, film noir

Année : 1944

Durée : 1h14

 

Synopsis :

Une femme est retrouvée étranglée dans son magasinLa police est convaincue que c'est le même meurtrier et à chaque scène, une femme chante la même chanson. Une chanson qui sera bientôt surnommée la "mélodie du meurtre".

 

La critique :

Certains contempteurs, lassés de mon amour indéfectible pour le cinéma asiatique prenant la quasi-totalité de mon temps de chroniqueur, peuvent souffler ! Oui, j'ai décidé de varier les plaisirs en revenant dans le monde du cinéma occidental après un long voyage le temps d'un break de courte durée (de 1 film ou deux tout au plus). Conscient de ma règle d'or numéro 1 qui est de savoir innover et se diversifier, je ne pouvais tomber dans les travers d'une certaine monotonie. Film occidental, oui ! Film européen, oui ! Et bienvenue dans le cinéma danois qui a été abordé quelques fois depuis les premiers balbutiements de Cinéma Choc. Encore assez mal connu des profanes et même sous-estimé, le Danemark a pourtant à son actif un joli palmarès de reconnaissance internationale à travers les âges.
Si Peter Elfelt déposa la première brique en 1897 en produisant le premier métrage danois, c'est la fondation de la société de production Nordisk en 1906 qui sera déterminante vu que cette compagnie eut une forte influence sur le cinéma mondial. Dans les années 1910, son Septième Art est réputé mondialement pour ses drames mondains et ceux autour du thème du cirque. Point amusant à noter : un parfum de scandale se propageait car les baisers étaient plus longs et langoureux que dans les autres pays. Ce qui titilla fortement la censure excessivement puritaine qui voyait d'un très mauvais oeil cette décomplexion des moeurs. 

Si l'on se passait de développer les auteurs majeurs du pays, on pourrait citer Nicolas Winding Refn, Lars Von Trier, Thomas Vinterberg ou encore Carl Theodor Dreyer qui ont tous bénéficié des faveurs à une ou plusieurs reprises de votre blog favori. Peut désormais se rajouter la très méconnue Bodil Ipsen, à la fois actrice et réalisatrice. Et pour cause, sa totale confidentialité sur la Toile française a de quoi être alarmante quand on sait qu'elle marqua son cinéma national en son temps avec des oeuvres telles que La Terre sera rouge, Princesse des Faubourgs ou encore Café Paradis. La pellicule d'aujourd'hui du nom de Murder Melody (Mordets Melodi dans sa version originale) ne dérogera pas à la règle en termes d'extrême rareté et est, pour la petite information, la seule que j'ai pu obtenir en téléchargement après de périlleuses recherches en passant par plusieurs moteurs de recherche différents. Car, en dépit de son inaccessibilité en téléchargement, ça ne serait pas amusant si ce n'était pas aussi compliqué de mettre la main sur un support physique d'une désespérante rareté.
A ce propos, le DVD de La Terre sera rouge est toujours en vente sur eBay pour une broutille de 425€ (frais de ports de 13€ non compris) donc pour les intéressés au bord de la folie, n'hésitez pas ! Un exemple parmi tant d'autres d'une perfectibilité de la distribution française qui n'est plus à démontrer. Alors, profitez bien de ce billet car il restera probablement le seul et l'unique en français consacré à Bodil Ipsen.

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ATTENTION SPOILERS : Une femme est retrouvée étranglée dans son magasinLa police est convaincue que c'est le même meurtrier et à chaque scène, une femme chante la même chanson. Une chanson qui sera bientôt surnommée la "mélodie du meurtre".

Avec le temps passant, j'ai appris à être plus sélectif dans mes choix d'oeuvres à chroniquer afin qu'elles puissent être le plus en accord possible avec l'esprit transgressif du site. Exit par exemple la plupart des westerns mais aussi l'essentiel des vieux polars. Cette petite digression que je me suis permis est surtout dû, comme dit au-dessus, à la situation inédite de Bodil Ipsen quasiment pas représentée sur l'Internet français. Même le très professionnel site SensCritique reste très évasif dessus et seul Cinélounge peut se targuer d'être plus spécialisé en la matière. Mais que soit ! Sous ses travers de film confidentiel, Murder Melody a fait parler de lui au moment de sa sortie, produit pendant l'occupation allemande du Danemark durant la Seconde Guerre mondiale.
L'oeuvre a été saluée par la critique pour son style cinématographique, son intensité thématique et sa vision sombre de Copenhague. Elle le considéra même comme l'un des films les plus influents de cette période. Alors pourquoi est-il condamné à la plus totale indifférence ? Nul ne le sait si ce n'est à imputer à une potentielle méconnaissance des maisons d'édition. Peu sont les polars à avoir été abordés sur Cinéma Choc et c'est très certainement la dernière fois que je m'y attellerai, malgré toute la sympathie que j'éprouve pour ce genre vu comme désuet aujourd'hui mais tellement fascinant. 

On ne pourra toutefois pas dire qu'il y ait grand-chose à raconter. L'intrigue suit un cheminement basique d'une série de meurtres dont la particularité est que l'assassin a une voix de femme et qu'il se plaît à chanter juste après avoir tué sa victime. Un timbre de voix identique à celle de la chanteuse de cabaret Odette Margot qui verra alors l'emprise de la police de plus en plus tenace sur elle à mesure que les témoins rapportent ce qu'ils ont entendu. Mais est-ce vraiment elle qui se cache derrière tous ces crimes ? Pourquoi ce mystérieux serial killer chante-t-il ? Quelles sont ses motivations ? Là est le mystère et vous le découvrirez à la fin. Mais quoi que l'on en dise, si le professionnalisme de Ipsen est bel et bien là, on a un peu de mal à être totalement conquis par l'histoire qui ne vole quand même pas très haut et manque d'ambition dans son suspens et ses retournements de situations.
Les fausses pistes peinent à se construire, la faute probablement due à une durée un peu trop courte. Son intensité et sa qualité décrites se rapprochant plus d'un film noir mineur que d'un grand classique du genre. Qui plus est, les révélations finales sont assez nébuleuses, peu pensées et originales. Du coup, peu ou prou de surprises pour tenter une analyse bien détaillée. 

 

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Au-delà de tout ceci, on décèle aussi un manque d'ambition en termes de beauté visuelle. Le Copenhague décrit comme sombre ne prend pas une place aussi importante que l'on était en droit d'attendre. Cela est surtout dû à un manque de scènes extérieures pour se focaliser sur un scénario se déroulant pour la majeure partie dans des appartements, des bureaux, un café sordide. Le cabaret est représenté par une caméra ne filmant que la scène et les coulisses sans permettre au spectateur de se délecter de l'ambiance et du charme incomparables de ce milieu mondain. Oui, le noir et blanc est beau, même très beau dans ses contrastes. On pense à la maison plongée dans une obscurité prégnante et malsaine. Pareillement, pour la beauté des plans et des séquences en intérieur qui sont à noter.
Fait notable : la belle composition sonore puisque nous pouvons compter sur de très beaux chants de cabaret et quelques mélodies plus subtiles et parfaitement bien intégrées à la tonalité de l'histoire. Pour les acteurs, ceux-ci se débrouillent correctement sans pour autant nous marquer durablement. Gull-Maj Norin en héroïne principale froide et antipathique a son petit charme de même que Angelo Bruun avec son air souriant et sadique impressionne. Le reste du film est interprété par Poul Reichhardt, Peter Nielsen, Else Petersen, Karen Poulsen, Ib Schonberg et Petrine Sonne pour les principaux.

Qu'il est décevant d'aboutir déjà à ce dernier paragraphe d'un billet consacré à une réalisatrice danoise inconnue, sauf des cinéphiles les plus pointilleux. Je précise ne pas me considérer comme tel, ma rencontre avec cette dame ne s'étant faite que par pur hasard sur un forum. Il est aussi décevant de réaliser que cette unique chronique n'a pas porté sur un des grands chefs d'oeuvre de Bodil Ipsen mais sur un de ces métrages plus mineurs. L'ironie est qu'il fut plus facilement trouvable, mais tout est relatif, que ses oeuvres les plus connues qui restent à ce jour impossibles à obtenir pour moi. Peut-être que plus tard, Ipsen fera son grand retour sur Cinéma Choc mais pour l'instant, nous ne pourrons qu'en rester là à la fois pour le blog et l'Internet français.
Certes, on est loin de tenir un bijou du cinéma danois car il manque cruellement d'ardeur et de cette substance caractéristique qui fait d'une pellicule une expérience captivante à plus d'un titre. Nous pourrions imputer cela au fait que nous ne nous trouvons pas à cette époque et que, par conséquent, la prétendue vision sombre qui était décelée par la critique et le public ne l'est pas (ou plus) par nous. Si cette hypothèse était confirmée, alors Murder Melody ferait partie de ces biens tristes films antédiluviens. Mais ne boudons pas notre plaisir ! A défaut d'être marquante, cette plongée dans un ancien Septième Art borderline et atypique a le mérite de nous dépayser un temps. Ne reste plus qu'à faire preuve de patience et de longanimité pour espérer retourner dans les bras de cette charmante Jute. 

 

Note : 12/20

 

 

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