naked and cruel

Genre : horreur, gore, trash, "Mondo", shockumentary, documentaire, "documenteur" (interdit aux - 18 ans au moment de sa sortie, interdit aux - 16 ans aujourd'hui)
Année : 1984
Durée : 1h24

Synopsis : Un nouveau "Mondo" épars qui louvoie entre le gore (entre autres, le snuff animalier), des saynètes ostensibles d'anthropophagie et des anecdotes beaucoup plus truculentes. A l'instar de Mondo Cane, Naked and Cruel sonde et explore les diverses facettes de l'Humanité. 

 

La critique :

A travers cette chronique, nous risquons d'itérer la même antienne puisque nous abordons derechef un "Mondo". Oui, encore... Péroreront nos nombreux contempteurs. Pour souvenance, le "Mondo" est un sous-registre du cinéma bis et d'exploitation qui a notamment pour apanage de sonder, d'explorer et d'analyser les us et les coutumes de peuplades séculaires à travers le monde. De facto, le "Mondo" s'approxime à un documentaire trash, virulent et transi de véracité. Une authenticité factice et évidemment galvaudée... La genèse de ce genre cinématographique remonte sans doute à Mondo Cane (Gualtiero Jacopetti, Franco Prosperi et Max Cavalara, 1962).
Présenté en compétition au festival de Cannes, ce "documenteur" estourbit et révulse durablement les persistances rétiniennes.

Tantôt truculentes, tantôt outrecuidantes, les saynètes clinquantes montrent sans fard des individus lambdas s'adonner à d'étranges rituels sanguinolents. Certes, Gualtiero Jacopetti et ses subordonnés argueront en faveur d'un shockumentary nimbé par une introspection sur notre nature anthropologique. En vérité, Mondo Cane cajole et flagorne notre scopophilie maladive, voire obsessionnelle et préfigure déjà notre appétence pour l'égotisme et le consumérisme. Si Mondo Cane apparaît comme le long-métrage prodrome en matière de "Mondo", certains thuriféraires relatent aussi le cas de Kwaheri (Thor L. Brooks, 1964), un pseudo documentaire sur certaines tribus indigènes en voie de disparition en Afrique. Si le film sort deux ans après la sortie de Mondo Cane, il ravive l'appétit pantagruélique de certains auteurs opportunistes. Mutins, Gualtiero Jacopetti et ses fidèles prosélytes vont faire du territoire africain et de sa paupérisation massive leurs principaux leitmotivs.

 

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C'est dans ce contexte qu'ils réalisent Africa Addio (1966) et Les Négriers (1971). Contre toute attente, le "Mondo" et le shockumentary caracolent en tête de peloton lors de leur exploitation en vidéo. Mondo Cane et ses consortiums influencent et génèrent toute une pléthore d'épigones. Les laudateurs n'omettront pas de stipuler des oeuvres telles que Shocking Asia (Rolf Olsen, 1974), This Violent World - Savana Violenta (Antonio Climatti et Mario Morra, 1976), Africa Ama (Angelo et Alfredo Castiglioni, 1971), Mondo Magic (Angelo et Alfredo Castiglioni, 1975), L'Amérique Interdite (Romano Vanderbes, 1977), The Killing of America (Leonard Schrader et Sheldon Renan, 1982), ou encore Addio Ultimo Uomo (Angelo et Alfredo Castiglioni, 1978) parmi les longs-métrages notables et éventuellement notoires. Vient également s'additionner Naked and Cruel, réalisé par la diligence de Bitto Albertini en 1974.

Ce cinéaste est une figure bien connue du cinéma bis et d'exploitation transalpin. Souvent considéré et répertorié parmi les tâcherons patentés, Bitto Albertini a sévi sous plusieurs pseudonymes, "parmi lesquels Albert J. Walkner, Stanley Mitchell, Ben Norman, Al Albert ou encore Albert Thomas (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Bitto_Albertini). On lui doit notamment 3 Supermen à Tokyo (1968), Les Trois Supermen du Kung-Fu (1974) et Black Emanuelle (1975). Pour le reste, l'artiste frelaté a surtout officié en tant que directeur de la photographie. On n'est donc pas surpris de le retrouver derrière un "Mondo" et pas n'importe lequel. 
Méconnu en France, Naked and Cruel a remporté un certain nombre de suffrages lors de son exploitation sur ses terres ritales.

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Désormais phagocyté, le film est aujourd'hui quasiment introuvable via le support vidéo et fait donc office de fameux Saint Graal, prisé et adoubé par les collectionneurs les plus patentés ; ce qui n'est pas forcément synonyme de qualité. Au moment de sa sortie, Naked and Cruel écope de l'ultime animadversion, soit d'une interdiction aux moins de 18 ans. La raison ? Le prologue du film débute carrément par une saynète de parturition. Aujourd'hui, ce shockumentary est "seulement" (si j'ose dire...) interdit aux moins de 16 ans. Attention, SPOILERS !
Un nouveau "Mondo" épars qui louvoie entre le gore (entre autres, le snuff animalier), des saynètes ostensibles d'anthropophagie et des anecdotes beaucoup plus truculentes. A l'instar de Mondo Cane, Naked and Cruel sonde et explore les diverses facettes de l'Humanité.

Sinon, c'est tout pour le synopsis ? Oui, c'est tout... En même temps, le genre "Mondo" n'a jamais brillé pour ses convenances, ni pour la tortuosité de ses trames narratives. Evidemment, Naked and Cruel ne déroge pas à la règle. Comme nous l'avons déjà notifié dans ces lignes, ce "Mondo" débute par un accouchement sanguinolent. Le but ? Comprendre et discerner tout l'archaïsme de l'être humain, de sa naissance à sa mort. Images et lithographies mortuaires à l'appui, Naked and Cruel s'affaire à démontrer toutes les infamies et toutes les turpitudes dont est capable l'espèce humaine.
Sur ce dernier point, ce "documenteur" transgressif n'est pas sans laisser un arrière-goût de xénophobie. Ainsi, la plupart des séquences se déroulent sur les terres africaines, en particulier en Afrique Noire. Il est donc question, entre autres, d'anthropphagie et d'Africains affublés de pénis ithyphalliques.

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Non, ce n'était donc pas une légende ! Ainsi, Naked and Cruel est conçu, pensé et ratiociné comme un reportage. Nos pseudos journalistes se rendent dans une tribu (évidemment cannibale...) qui arbore des guerriers nantis de pénis turgescents et presque comparables à celui de l'éléphant... Rien que ça ! Vous l'avez donc compris. Via Naked and Cruel, Bitto Albertini ne recule devant aucune excentricité. Nonobstant toutes les défectuosités immanentes au "Mondo" habituel, ainsi que de nombreuses imbécilités, Naked and Cruel n'est pas non plus un "naveton" avarié.
Certes, au menu des tristes réjouissances, le film renâcle du côté du snuff animalier. Ainsi, les pugilats entre animaux sont légion dans ce shockumentary. On assiste même, éberlués, à un chasseur tortoré subrepticement par un crocodilien.

Niveau gore, Naked and Cruel remplit partiellement son office et devrait au moins satisfaire les néophytes. En revanche, à l'aune d'une concurrence apoplectique en la matière (notamment Mondo Magic, Africa Ama et Addio Ultimo Uomo, déjà susdénommés dans cette chronique), Naked and Cruel apparaît comme un "Mondo" joliment désuet et souffrant inévitablement de la métaphore avec d'autres films de genre. Platement réalisé, parfois mal agencé (un comble pour un "Mondo" signé par un ancien directeur de la photographie), Naked and Cruel ne laissera pas un souvenir impérissable.
A moins d'être un amateur inconditionnel de "Mondo" et de pellicules obsolescentes, Naked and Cruel s'avère être un cru tout à fait dispensable, parfois à la lisière du nanar. La raison incombe essentiellement à des saynètes triviales, voire totalement funambulesques. Sinon, c'est tout ? Oui, c'est tout...

Note : 07/20

sparklehorse2 Alice In Oliver