Histoires_de_cannibales

Genre : horreur, gore, trash, arts martiaux, inclassable (interdit aux - 16 ans) 
Année : 1980
Durée : 1h30

Synopsis : Très librement inspiré d'une nouvelle de l’écrivain Lu Xun, le film entraîne son personnage principal, un policier chinois, à la recherche d'un voleur, dans un village peuple d'anthropophages hystériques. 

 

La critique :

Lorsque l'on invoque l'anthropophagie au cinéma, on songe invariablement à Cannibal Holocaust (Ruggero Deodato, 1980). Pourtant, ce film âpre et sulfureux n'est pas le long-métrage prodrome en termes de turpitudes et de cannibalisme. L'oeuvre pionnière se nomme Cannibalis - Au Pays de l'Exorcisme (Umberto Lenzi, 1972). Par ailleurs, sur la forme, le film d'Umberto Lenzi s'apparente à un palimpseste - version virulente - d'Un Homme Nommé Cheval (Elliot Silverstein, 1970). Quelques années avant Cannibal Holocaust, Ruggero Deodato avait déjà sévi dans le gore et l'anthropophagie ad nauseam via Le Dernier Monde Cannibale (1977).
Auparavant, ce sous-registre du cinéma bis et d'exploitation a déjà vu éclore La Montagne du Dieu Cannibale (Sergio Martino, 1978) et Blue Holocaust (Joe d'Amato, 1979).

Mais c'est bien Cannibal Holocaust qui va s'octroyer la palme de l'horreur et de l'indécence. La raison ? Le film de Ruggero Deodato amalgame sans fard anthropophagie rougeoyante, gore, scabrosité, shockumentary et snuff movie. Durant le tournage du film, plusieurs animaux sont réellement tortorés, sacrifiés, mutilés et estampés, une âpreté qui concourt à ériger la notoriété de Cannibal Holocaust. Pis, Ruggero Deodato est traîné devant les tribunaux et sommé de s'expliquer sur les conditions de tournage. Certains contempteurs courroucés l'accusent carrément d'avoir massacré plusieurs acteurs.
Or, aucun comédien n'est décédé durant le tournage. Quant à la séquence de la femme empalée, il s'agit d'une habile matoiserie fomentée par Ruggero Deodato et ses techniciens avisés. Banni, honni, voué à l'opprobre et aux gémonies, Cannibal Holocaust n'échappe pas au couperet acéré de la censure.

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Le long-métrage écope de l'ultime réprobation, soit une interdiction aux moins de 18 ans. A contrario, Cannibal Holocaust caracole en tête de peloton lors de son exploitation via le support vidéo. Mieux, Cannibal Holocaust devient même ce fameux Saint Graal adulé, déifié et adoubé par les thuriféraires du cinéma underground. Le long-métrage de Deodato va inspirer et engendrer toute une pléthore d'épigones. Les laudateurs n'omettront pas de stipuler des oeuvres telles que L'emprise des cannibales (Jesùs Franco, 1981), La secte des cannibales (Umberto Lenzi, 1980), Virus Cannibale (Bruno Mattei, 1980), Terreur Cannibale (Alain Deruelle et Olivier Mathot, 1980), ou encore Cannibale Ferox (Umberto Lenzi, 1981) parmi les films notables et éventuellement notoires.
Toutes ces productions inconvenantes obéissent - peu ou prou - au même syllogisme mortuaire.

En résumé, une expédition d'aventuriers est dépêchée en terre amazonienne. Sur place, ils découvrent, hébétés, une nature hostile et peuplée de vils anthropophages. Ramené sur ses terres ancestrales, l'individu civilisé retrouve subrepticement ses réflexes archaïques de jadis. Tel est le message péremptoire de Cannibal Holocaust. Heureusement, parmi toutes ces productions analogiques, on relève tout de même quelques exceptions édifiantes. Ainsi, des films tels que Le silence des agneaux (Jonathan Demme, 1991), Vorace (Antonia Bird, 1999), Ed Gein - Le Boucher (Chuck Parello, 2000), ou encore Confessions d'un Cannibale (Martin Weisz, 2006) empruntent un tout autre didactisme.
C'est dans cette dialectique dénotative que s'inscrit aussi Histoires de Cannibales, un film réalisé par la diligence de Tsui Hark en 1980. 

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Cette nouvelle réalisation ne constitue que le second long-métrage du cinéaste asiatique, juste après The Butterfly Murders (1978). Pour le reste, le nom de Tsui Hark rime invariablement avec les arts martiaux. On lui doit notamment Zu, les guerriers de la montagne magique (1983), The Master (1989), Le syndicat du crime 3 (1989), la saga Il était une fois en ChineDouble Team (1997), Piège à Hong Kong (1998), ou encore Dragon Gate : la légende des sabres volants (2011). A fortiori, rien ne prédestinait Tsui Hark à obliquer vers les atours et les linéaments du cinéma horrifique. En outre, Histoires de Cannibales est une production hongkongaise qui aurait pu aisément s'affilier et s'accointer avec la Catégorie III. A raison, le film est interdit aux moins de 16 ans.
Histoires de Cannibales est également l'adaptation libre d'une nouvelle éponyme de Lu Xun.

Malencontreusement, le long-métrage se soldera par une rebuffade commerciale. Histoires de Cannibales est régulièrement recensé parmi les films les plus transgressifs de Tsui Hark, et pour cause... Puisque cette pellicule impertinente incorpore carrément anthropophagie, arts martiaux, horreur et "kung-fu comedy". Un mélange plutôt détonnant et inhabituel... Histoires de Cannibales n'a donc pas usurpé son statut d'OFNI (objet filmique non identifié) et fait donc figure de long-métrage inclassable. La distribution du film se compose de Norman Chu, Eddy Ko, Melvin Wong, Kwok Choi Hon, David Wu et Mo-Lin Cheung. Attention, SPOILERS ! (1) Un flic à la poursuite d'un voleur, l'agent 999, arrive dans un petit village isolé. Une fois sur place, il pense avoir repéré le coupable, un certain Rolex.
Il ne reste plus qu'à l'appréhender. 
Mais, au fil de ses pérégrinations, l'agent 999 découvre que ce village est en fait une communauté de cannibales. 

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La population est particulièrement affamée et c'est peu dire que ça ne va pas l'aider dans son enquête, puisqu'il passera son temps à éviter de se faire manger des bouts ! (1) Indubitablement, on tient ici une production iconoclaste qui louvoie entre une ambiance virevoltante et histrionique, le film d'arts martiaux, les situations truculentes, l'enquête policière factice et l'anthropophagie à tous crins. Qui aurait gagé sur la réussite d'un long-métrage agrégeant pugilats et cannibalisme sanguinolent ? Personne... Sauf Tsui Hark. Evidemment... Encore faut-il adhérer aux pitreries, ainsi qu'au barbarisme d'Histoires de CannibalesCertes, niveau gore, le long-métrage remplit doctement son office via plusieurs saynètes de tripailles, particulièrement virulentes pour l'occasion.
Ici, les cannibales, à l'appétit pantagruélique, ne font pas de prisonnier. Les victimes infortunées sont manu militari clouées au pilori.

Tout d'abord amputés de leurs membres, ils sont ensuite disséqués, anatomisés, décharnés et écartelés par leurs tortionnaires affamés. Vous l'avez donc compris. Histoires de Cannibales ne badine pas avec la barbaque ni la tripaille. Hélas, nonobstant ses arguties et son côté pittoresque, le film de Tsui Hark n'est pas exempt de tout grief. Tout d'abord, le scénario est plutôt simplissime et lapidaire. Le script repose, in fine, sur la seule règle d'or de ce village peuplé d'anthropophages : on entre, mais on ne ressort jamais. Telle est, par ailleurs, l'admonition emphatique de son chef potentat. 
Quant au héros du film, un certain agent 999, ce dernier devra se colleter et se départir avec une peuplée de sauvageons insatiables. Histoires de Cannibales possède donc un sacré potentiel, potentiel que Tsui Hark n'exploite qu'avec frilosité.

Parcimonieux, le cinéaste oblique sciemment vers les pitreries et l'ubuesque. Or, Histoires de Cannibales aurait probablement gagné en scabrosité en tangentant vers davantage de barbarisme et de primitivisme. Formellement, Histoires de Cannibales s'approxime à une sorte de salmigondis filmique qui tergiverse continûment entre le film d'arts martiaux et l'horreur en mode sardonique. Sur ces entrefaites, le métrage repose uniquement sur l'érudition de son metteur en scène démiurgique. Finaud, Tsui Hark offre et prodigue une pellicule à la fois gore et désopilante.
Faute est de constater que l'on ne s'ennuie jamais. Dès le préambule, la tension est palpable et Tsui Hark nous assène plusieurs uppercuts à la chaîne. Indiscutablement, Histoires de Cannibales ne flagornera pas un large audimat. Le film s'adresse davantage aux aficionados de pellicules régressives et dénotatives, un exercice dans lequel Tsui Hark excelle.

Note : 13.5/20

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(1) Synopsis du film sur : https://www.psychovision.net/films/critiques/fiche/387-histoires-de-cannibales