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Genre : horreur, épouvante, thriller (interdit aux - 12 ans) 
Année : 2019
Durée : 1h40

Synopsis : Sue Ann, une femme solitaire vit dans une petite ville de l’Ohio. Un jour, une adolescente ayant récemment emménagé, lui demande d’acheter de l’alcool pour elle et ses amis ; Sue Ann y voit la possibilité de se faire de nouveaux amis plus jeunes qu’elle. Elle propose aux adolescents de traîner et de boire en sûreté dans le sous-sol aménagé de sa maison. Mais Sue Ann a quelques règles : ne pas blasphémer, l’adolescent qui conduit doit rester sobre, ne jamais monter dans sa maison et l’appeler MA. Mais l’hospitalité de MA commence à virer à l’obsession. Le sous-sol qui au début était pour les adolescents l’endroit rêvé pour faire la fête va devenir le pire endroit sur terre. 

 

La critique :

C'est un constat amer, presque dogmatique. En l'espace d'une dizaine (voire d'une quinzaine...) d'années, le cinéma d'horreur hollywoodien a perdu de sa verve, de sa splendeur et de sa superbe, au grand dam des thuriféraires de longue date. Après avoir généreusement prodigué toute une salve de remakes, de qualité erratique, le torture porn signait à son tour sa résurgence. Ainsi, Saw (James Wan, 2004) et Hostel (Eli Roth, 2006) se sont transmutés en franchises lucratives et mercantilistes. Corrélativement, les sagas Massacre à la Tronçonneuse, A Nightmare On Elm Street, Halloween et Vendredi 13 exhumaient leurs croquemitaines écervelés de naguère via plusieurs séquelles, spin-off et épisodes alternatifs. Les activités démonologiques se devaient à leur tour de transparaître, avec plus ou moins d'éloquence et de luminescence.

La série Paranormal Activity n'a pas vraiment laissé un souvenir indélébile, loin de là. Quant à James Wan, l'auteur démiurgique de Saw premier du nom (encore lui !), le metteur en scène s'octroyait la couronne soyeuse du nouveau maître de l'épouvante. Ainsi, Dead Silence (2007), Insidious (2011), Insidious - Chapitre 2 (2013), Conjuring - Les dossiers Warren (2013) et Conjuring - Le cas Endfield (2016) permettaient encore de raviver cette flamme, hélas évanescente. Pourtant, le constat reste invariablement analogique. Le cinéma d'épouvante est en convalescence, à l'agonie, voire en phase terminale. Les années 2018 et 2019 se sont montrées plutôt pingres et lapidaires en termes d'effroi et de tremolos dans la voix. Qu'ils se nomment La Nonne (Corin Hardy, 2018), La malédiction de la dame blanche (Michael Chaves, 2019), Brightburn - L'enfant du mal (David Yarovesky, 2019), Annabelle - La Maison du Mal (Gary Dauberman, 2019), Crawl (Alexandre Aja, 2019), Scary Stories (André Ovredal, 2019), ou encore The Strangers - Prey at Night (Johanne Roberts, 2018), toutes ces pellicules corroborent la léthargie actuelle du cinéma horrifique...

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Seules exceptions qui confirment la règle, Us (Jordan Peele, 2019) et Hérédité (Ari Aster, 2018) rappellent avec frilosité que le cinéma d'horreur reste toujours d'actualité. Une maigre consolation... Pour le reste, les longs-métrages, unanimement pusillanimes, naviguent entre les slashers stéréotypés et les thrillers horrifiques aseptisés. Preuve en est avec la sortie récente de MA, réalisé par la diligence de Tate Taylor en 2019. La carrière du metteur en scène, producteur et scénariste américain démarre avec un court-métrage, Chicken Party (2003).
Il enchaîne à postériori avec Pretty Ugly People (2008), La Couleur des Sentiments (2011), Get On Up (2014), La fille du train (2016) et dernièrement Eve (2019). A l'aune de cette filmographie, rien ne prédestinait Tate Taylor à obliquer vers le cinéma d'épouvante.

Le film s'est soldé par des scores plutôt probants lors de son exploitation sur le territoire américain. A contrario, les critiques se montrent beaucoup plus pondérées et tancent un thriller lambda et inoffensif, nonobstant les belles promesses de son affiche comminatoire. Cette oriflamme arbore en gros plan le faciès de Sue Ann, une citoyenne américaine qui s'est percluse dans la solitude et la résipiscence, des thématiques plutôt passionnantes, à condition d'avoir un réalisateur idoine derrière la caméra. En France, MA a écopé d'une interdiction aux moins de 12 ans avec avertissement, une réprobation plutôt surprenante à l'aune des belligérances de ce thriller horrifique mâtiné de slasher. 
Reste à savoir si ce film d'épouvante remplit (ou non) le minimum syndical. Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... 

 

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A priori, cette ixième production hollywoodienne s'adresse de prime abord aux jeunes éphèbes. Espérons au moins qu'elle esquive les archétypes, les moralines et les vulgates habituelles. La distribution de Ma se compose d'Octavia Spencer, Juliette Lewis, Diana Silvers, McKaley Miller, Corey Fogelmanis, Gianni Paolo, Dante Brown, Tanyell Waivers, Dominic Burgess, Heather Marie Pate et Luke Evans. Attention, SPOILERS ! Sue Ann, une femme solitaire vit dans une petite ville de l’Ohio. Un jour, une adolescente ayant récemment emménagé, lui demande d’acheter de l’alcool pour elle et ses amis ; Sue Ann y voit la possibilité de se faire de nouveaux amis plus jeunes qu’elle.
Elle propose aux adolescents de traîner et de boire en sûreté dans le sous-sol aménagé de sa maison. Mais Sue Ann a quelques règles : ne pas blasphémer, l’adolescent qui conduit doit rester sobre, ne jamais monter dans sa maison et l’appeler MA.

Mais l’hospitalité de MA commence à virer à l’obsession. Le sous-sol qui au début était pour les adolescents l’endroit rêvé pour faire la fête va devenir le pire endroit sur terre. A l'aune de cette exégèse, MA semble partir et démarrer sous les meilleurs auspices. Depuis quelques temps, le cinéma d'horreur américain lorgne et s'accointe avec cet isolement social et sociétal. Ce sont, par ailleurs, des thématiques que l'on avait déjà entrevues dans Us et Hérédité, deux films déjà susdénommés dans nos colonnes. Malencontreusement, dès son préambule, MA s'enlise dans toutes les défectuosités, les omissions et les carences inhérentes au thriller horrifique destiné aux adolescents.
A tel point que l'on peut légitimement s'interroger sur le statut bâtard ou composite de Ma. S'agit-il vraiment d'un film d'horreur ? Pas vraiment... 

 

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S'agit-il encore d'un thriller ? Oui, plutôt... Mais là aussi, c'est la perplexité qui est de mise... Ainsi, les 45 premières minutes s'appesantissent allègrement sur le quotidien moyennement palpitant de vulgaires jouvenceaux. On se demande encore pourquoi Tate Taylor choisit autant de s'attarder sur Maggie Thompson, une adolescente qui partage des relations plutôt cordiales avec sa maternelle. Sur ces entrefaites, MA amalgame les figures archétypales et les caricatures. Maggie est une adulescente pudibonde et ses amis cherchent un lieu ad-hoc pour pouvoir s'aviner.
Ils rencontrent alors Sue Ann, une Afro-Américaine plutôt avenante, mais au caractère bien trempé. 
La femme quarantenaire propose miséricordieusement de batifoler dans sa cave. Vous avez baillé allègrement durant ces explicitations fastidieuses ?

Rassurez-vous, c'est normal ! Bienvenue dans MA ! Rien que pour ces explications liminaires et d'une inanité sidérale, le film met plus de 45 minutes pour planter son décor, ainsi que ses protagonistes. Même une fois la tension en place, MA a toutes les peines du monde à mettre en exergue son croquemitaine d'un nouveau genre, la mamie acariâtre. Puis, après plus d'une heure de verbiages et de saynètes stériles, le long-métrage nous affuble d'une révélation futile : Sue Ann est vraiment une sale peau de vache ! Par-là, comprenez que la femme bibendum n'a pas été épargnée par ses anciens camarades de lycée. Désormais, ce sont les propres enfants de ses anciens subordonnés qui sont explicitement visés par cette maniaque du bistouri. Enfin... Bistouri... C'est vraiment un terme à euphémiser puisque notre chère psychopathe ne tarabuste et ne serine personne ou presque... Ah si...

Elle séquestre l'un de ses anciens tortionnaires, s'éprend du nouveau petit copain blondinet de Maggie, s'acoquine également avec la marâtre débonnaire de cette dernière... A la rigueur et avec beaucoup d'indulgence, MA aurait pu éventuellement se nantir de meilleurs atours si Tate Taylor s'était uniquement focalisé sur sa serial killer de service. Seul bémol et pas des moindres, MA s'approxime à toutes ces productions horrifiques actuelles et déjà obsolescentes, la faute à une absence totale et flagrante de scénario. Quant à l'interdiction aux moins de 12 avec avertissement, elle est incompréhensible puisqu'il ne passe strictement rien, si ce n'est quelques bouches cousues lors d'un dernier quart d'heure tout aussi faiblard. Dommage car dans son rôle de sociopathe nanti de pulsions psychotiques, Octavia Spencer fait le job. C'est presque la seule comédienne à surnager dans ce salmigondis filmique qui se prend et se tord les pieds lorsqu'il se hasarde sur le chemin escarpé de l'horreur et de la vengeance. Face à cette fumisterie sur pellicule, on préférera s'esclaffer et qualifier cette série B adventice de nanar involontaire. Bref, vous l'avez compris. On tient là un thriller horrifique mauvais jusqu'au bout des poils de couilles !

 

Côte : Nanar

sparklehorse2 Alice In Oliver