child's play poupée du mal

Genre : horreur, épouvante, slasher (interdit aux - 12 ans) 
Année : 2019
Durée : 1h30

Synopsis : Karen, une mère célibataire, offre à son fils Andy une poupée, ignorant tout de sa nature sanguinaire et violente… 

 

La critique :

Pour certains thuriféraires du cinéma d'épouvante, c'est Jeu d'Enfant (Tom Holland, 1988) qui a renouvelé le slasher, un genre déjà en sévère décrépitude durant les années 1980. Michael Myers, le croquemitaine au masque d'albâtre, s'est déjà enlisé dans des suites soporatives. Freddy Krueger n'inspire plus cette terreur ni cette frousse de naguère. Même remarque concernant Jason Voorhees et Leatherface qui se sont immiscés à leur tour dans les affres de la fastidiosité et de la désuétude. Même si les spectateurs répondent toujours doctement à l'appel, le slasher est déjà un genre moribond.
Que soit. Via Jeu d'Enfant, Tom Holland réinvente ce sous-genre du cinéma bis et d'exploitation. Cette fois-ci, le croquemitaine n'est rien d'autre qu'un psychopathe, sérieusement bigorné pour l'occasion. Alors que le criminel écervelé agonise, ce dernier invoque les esprits vaudous et se réincarne à l'intérieur du corps d'une poupée.

Chucky est né. Nous voilà devant un véritable cas de métempsychose. C'est un jeune bambin, Andy Barclay, qui hérite de la poupée luciférienne pour son anniversaire. Bientôt, la poupée sanguinaire n'aura de cesse d'importuner Andy et sa matriarche. Il n'en faut pas davantage pour recueillir les satisfécits des critiques et d'un audimat extatique. Le slasher peut désormais s'enorgueillir d'une nouvelle figure sociopathique : Chucky. Il était donc logique que des suites consécutives soient produites et réalisées dans la foulée. En outre, Chucky, la poupée de sang (John Lafia, 1990) baguenaude dans le même sillage et continuum que son auguste antécesseur.
C'est pourtant ce second chapitre qui rencontre généralement les suffrages unanimes des laudateurs de la franchise.

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Mais dès l'épisode suivant, Chucky 3 (Jack Bender, 1991), les choses se compliquent pour la poupée bilieuse, fielleuse et atrabilaire. Andy n'est plus ce jeune marmot espiègle de jadis. Le jeune éphèbe est donc envoyé dans un camp militaire afin de réguler ses troubles du comportement. Hélas, Chucky continue inlassablement de le seriner. En résulte un troisième opus soporifique, probablement le plus modique de la franchise. A l'instar d'Halloween et de Vendredi 13, Chucky n'est plus cette poupée âpre et virulente de naguère. C'est sûrement la raison pour laquelle les épisodes suivants obliquent vers les facéties, les pitreries et les flatulences.
La fiancée de Chucky (Ronny Yu, 1998) et Le Fils de Chucky (Don Mancini, 2004) permettent d'accroître la généalogie de la poupée acariâtre.

Cette fois-ci, la gaudriole supplante l'épouvante pour deux nouvelles séries B adventices. Chucky reste toujours en période de sénescence, au mieux de convalescence. Puis, après une longue période de disette cinématographique, Chucky signe sa résurgence via deux opus faméliques. Mais ni La malédiction de Chucky (Don Mancini, 2013) ni Le retour de Chucky (Don Mancini, 2017) ne permettent d'illusionner les aficionados de longue date. A raison, on croyait la poupée inhumée, enterrée, liquéfiée et décharnée depuis belle lurette. Personne n'aurait gagé sur la résurrection de Chucky.
Personne... Sauf Lars Klevberg via Child's Play - La Poupée du Mal, sorti en 2019. Dans le petit nivers cinématographique, Lars Klevberg fait presque office de noviciat, puisqu'on lui doit seulement un court-métrage, Polaroid, par ailleurs promu en long-métrage quelques années plus tard. 

Le metteur en scène norvégien n'a jamais caché son engouement ni son effervescence pour le cinéma horrifique et pour le cinéma bis. A raison, le cinéaste souhaite prendre ses distances avec l'esprit machiavélique de Charles Lee Ray, subrepticement investi dans le corps d'une poupée. Ce genre de phénomène parapsychique est désormais démodé, joliment désuet. Autant profiter de la vague du numérique, de l'eudémonisme et de l'égotisme à tous crins. Tel semble, par ailleurs, le principal leitmotiv de Child's Play - La Poupée du Mal.
Pour ce retour de Chucky, les producteurs annoncent déjà un chapitre fulgurant, l'objectif étant carrément de détrôner les deux premiers volets de la franchise. Brad Dourif délaisse sa voix comminatoire et emphatique contre celle de Mark Hamill pour incarner la poupée démoniaque.

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Viennent également s'agréger Gabriel Bateman, Aubrey Plaza, Tim Matheson, David Lewis, Brian Tyree Henry, Trent Redekop, Ty Consiglio, Beatrice Kitsos et Marlon Kazadi. Hélas, à défaut d'être fracassant, Child's Play - La Poupée du Mal se soldera surtout par une rebuffade commerciale. Certains contempteurs glosent sur le statut de ce nouvel épisode : une séquelle ou un remake ? Ni vraiment l'un ni vraiment l'autre, rétorquent avec amertume certains dépréciateurs. Le constat est aussi simplissime que dogmatique. Chucky avait grand besoin d'un relooking.
Malencontreusement, les amateurs patentés de la première heure n'ont pas du tout prisé le changement radical de direction opéré par ce huitième chapitre. 
Mais trêve de palabres et de verbiages et revenons à l'exégèse du film. 

Attention, SPOILERS ! (1) La multinationale Kaslan Corporation vient de lancer Buddi, une ligne révolutionnaire de poupées de haute technologie, qui devient rapidement un succès pour les enfants du monde entier. Dans une usine de montage de Buddi au Vietnam, un employé est licencié par son supérieur hiérarchique pour travail insuffisant. En représailles, l'employé manipule la poupée qu'il assemble, désactivant toutes ses fonctions de sécurité, avant de se suicider. La poupée est ensuite emballée avec d'autres en prévision de la livraison internationale. 
À Chicago, la vendeuse Karen Barclay et son fils malentendant de 13 ans Andy, emménagent dans leur nouvel appartement. Karen encourage son fils à se faire de nouveaux amis pendant qu'elle prépare son anniversaire.

Pour tenter de réconforter Andy du malaise causé par le déménagement, ainsi que par la présence de son nouveau petit ami, Shane, Karen fait chanter son patron afin de lui procurer une poupée Buddi, qu'elle donne à son fils comme cadeau d'anniversaire en avance. Une fois la poupée activée, elle se fait appeler Chucky et s'attache à Andy et au fil du temps, elle aide le garçon à se lier d'amitié avec deux autres enfants de l'immeuble, Falyn et Pugg. Mais Chucky commence également à afficher des tendances violentes (1). Autant l'annoncer sans ambages. A défaut de s'inscrire parmi les slashers les plus probants et incontournables, Child's Play - La Poupée du Mal réédite les extravagances et les fulgurances de naguère, en particulier celles de Chucky - La Poupée de Sang.
Dès le préambule, on sent et on ressent l'affection sincère de Lars Klevberg pour ce cinéma d'épouvante des années 1980.

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Manifestement, le réalisateur norvégien adule et divinise des séries B telles que Le Blob (Chuck Russell, 1988) et Les Clowns Tueurs Venus d'Ailleurs (Stephen Chiodo, 1988), des bisseries désargentées auxquelles il semble avoir fait voeu d'obédience. Et rien que pour cela, Child's Play - La Poupée du Mal mérite au moins quelques congratulations de circonstance dans nos colonnes. Certes, cette série B accessoire amalgame toutes les carences et défectuosités du monde, entre une introduction mollassonne, des approximations béantes, une trame narrative sommaire et une thématique prédominante (l'essor et l'avènement du numérique, voire de la robotique dans notre quotidien anomique) qui aurait mérité un bien meilleur étayage.
Non, Child's Play - La Poupée du Mal n'est pas cet uppercut frontal ni viscéral.

Mais, à sa décharge, les deux premiers épisodes n'étaient pas non plus exempts de tout grief. Eux aussi cumulaient les tares et les impondérables. En termes de gore et de sadisme, Child's Play - La Poupée du Mal retrouve cette tonitruance de jadis, celle que l'on avait perdu au moins depuis le troisième opus. On retrouve enfin cette poupée cruelle, pernicieuse, factieuse, obséquieuse et turpide. Dommage, encore une fois, que le long-métrage de Lars Klevberg soit aussi timoré et pusillanime durant sa première demi-heure. Avec davantage d'hémoglobine et de finauderies (notamment dans son scénario), Child's Play - La Poupée du Mal aurait pu aisément prétendre à détrôner les meilleurs moments de la saga. A défaut, il faudra se contenter d'une série B savamment troussée et fomentée. Franchement, personne ou presque ne s'attendait à un retour aussi éloquent...

 

 

Note : 12.5/20

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(1) Synopsis du film sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Child%27s_Play_:_La_Poup%C3%A9e_du_mal