mesrine ennemi public numero 1

Genre : policier, polar, biopic
Année : 2008
Durée : 2h10

Synopsis : Les spectaculaires actions criminelles de Jacques Mesrine que les médias introniseront "Ennemi public n°1" et que toutes les polices de France traqueront sans répit jusqu'à sa mort. 

 

La critique :

Lors de la publication de la chronique de Mesrine : L'Instinct de Mort (Source : ), nous avions stipulé l'appétence du cinéma français pour le polar, un registre dans lequel notre cinéma hexagonal - généralement - excelle. Ainsi, les thuriféraires du genre n'omettront pas de notifier des oeuvres telles que Contre-Enquête (Franck Mancuso, 2007), Ne le dis à personne (Guillaume Canet, 2006), Les liens du sang (Jacques Maillot, 2008), Le Convoyeur (Nicolas Boukhrief, 2004), Gardiens de l'ordre (Nicolas Boukhrief, 2010), A bout Portant (Fred Cavayet, 2010), Le Cercle Rouge (Jean-Pierre Melville, 1970), Le Samouraï (Jean-Pierre Melville, 1967), Série Noire (Alain Corneau, 1979), ou encore 36 Quai des Orfèvres (Olivier Marchal, 2004) parmi les films policiers notables et éventuellement notoires. Indubitablement, toutes ces oeuvres protéiformes ont marqué au fer rouge Jean-François Richet.

Issu de la plèbe et de la classe ouvrière (le prolétariat), rien ne prédestinait le metteur en scène à embrasser une carrière cinématographique. Par ailleurs, avant d'obliquer vers le noble Septième Art avec la fougue et l'impétuosité qu'on lui connaît, Jean-François Richet besognera quelques temps à l'usine et devra se contenter de maigres subsides. A contrario, c'est ce même environnement sociologique et sociétal qui va inspirer son univers cinéphilique, à la fois transi de gangsters, de policiers en déveine, l'univers de la banlieue, le trafic d'armes et de stupéfiants...
Jean-François Richet n'a pas oublié d'où il vient. A la fois producteur, réalisateur, scénariste, dialoguiste et monteur, Jean-François Richet démarre sa carrière cinématographique vers le milieu des années 1990 via un tout premier long-métrage, Etat des Lieux (1995).

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Il enchaîne ensuite avec Ma 6-T va crack-er (1997), De l'amour (2001), Assaut sur le central 13 (2005), Un Moment d'égarement (2015), Blood Father (2016) et L'empereur de Paris (2018). Le cinéaste français n'a jamais caché son extatisme ni son appétence pour Sergueï Eisenstein (Le Cuirassé Potemkine, La Grève et Octobre) et John Carpenter (en particulier Assaut, film pour lequel il réalisera le remake). Indiscutablement, Mesrine - L'instinct de mort (2008) et Mesrine - L'Ennemi Public N°1 (2008) restent ses films les plus proverbiaux.
Aujourd'hui, c'est le cas du second chapitre de ce diptyque qui fait l'objet d'une chronique dans nos colonnes éparses. Evidemment, ces deux polars épousent les rudiments et les linéaments de biopics consacrés aux exactions criminelles de Jacques Mesrine, un bandit populaire et qui va devenir - comme le stipule l'intitulé du film - l'ennemi public numéro un en France.

Mesrine - L'ennemi public N°1 reprend donc là où les choses s'étaient arrêtées dans le premier volet. Autant l'annoncer sans ambages. Le premier opus avait unanimement convaincu les critiques, ainsi que la presse spécialisée. Le film rencontre logiquement les vivats et les acclamations des laudateurs de longue date. Ces derniers saluent la résurgence du polar à la française. Mieux, certains louangeurs apprécient davantage L'ennemi public N°1 à L'Instinct de mort, un premier opus probant, mais parfois un peu trop disparate. Reste à savoir si ce long-métrage policier mérite de tels dithyrambes. Réponse à venir dans les lignes de cette chronique...
Toujours est-il que pour l'ensemble de son travail, Jean-François Richet va s'arroger le César du meilleur réalisateur. 

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Le diptyque glane également les césars du meilleur son (pour Jean Mimondo, Gérard Hardy, Alexandre Widmer, Hervé Burette) et du meilleur acteur (pour Vincent Cassel). Hormis le comédien, la distribution de ce second chapitre se compose de Ludivine Sagnier, Mathieu Almaric, Samuel Le Bihan, Anne Consigny, Olivier Gourmet, Gérard Lanvin, Georges Wilson, Michel Duchaussoy, Myriam Boyer, Fanny Sidney, Alain Fromager, Laure Marsac et Hervé Laudière. Attention, SPOILERS ! (1) Quelques années après son exil au Canada, Jacques Mesrine retourne en France, un pays en pleine mutation sociale et sociétale. En 1978, il fait la connaissance de François Besse, dans le quartier de haute sécurité (QHS) de la prison de la Santé. Ils s'évadent ensemble.
À la Santé, il a également rencontré Charlie Bauer
. Avec lui, Mesrine bascule dans la lutte politique notamment contre les QHS.

Son objectif est de mener une révolution à plus grande échelle et de renverser le pouvoir. De plus, il devient l'intérêt principal des médias... (1) Certes, à raison, on peut légitimement notifier la méticulosité, ainsi que la solennité avec laquelle Jean-François Richet s'attelle au personnage de Jacques Mesrine. D'un modeste cambrioleur en devenir, le voyou devient subrepticement la figure à abattre, non seulement auprès de ses congénères, sévèrement courroucés par son outrecuidance ; que par la police française. Ecroué à maintes reprises, Jacques Mesrine se gausse impérieusement de la justice et d'un système politique qu'il vitupère et fustige. Tout d'abord en cavale avec François Besse, un personnage avec qui il multiplie les déprédations et les forfaitures, il se sépare de son acolyte.
L'un (Jacques Mesrine...) souhaite épouser les doxas révolutionnaires et renverser un régime français qu'il juge inique et rétrograde, l'autre (François Besse...) n'aspire qu'à rançonner un Etat qui constitue pour lui sa manne providentielle.

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Ce n'est donc pas seulement la police française qui a crié et juré haro sur la tête de Jacques Mesrine, mais l'ensemble d'un système juridique, politique et médiatique. Jacques Mesrine devient alors l'ennemi public numéro un. Pourtant, nonobstant certaines matoiseries un peu aisées et plusieurs saynètes d'action (notamment les scènes d'évasion) savamment troussées, Mesrine - L'Ennemi Public Numéro 1 adopte un rythme peinard, un peu comme si Jean-François Richet était persuadé qu'il maîtrisait son personnage. Or, Jacques Mesrine est un voyou complexe et nébuleux qui n'est pas seulement affilié au braquage de banque, ni à une voyoucratie en dissidence.
Bon gré mal gré, il devient une sorte de politicien retors et autocratique, avide de s'acaparer le pouvoir pour mettre en place un régime potentat.

Jacques Mesrine épouse donc les linéaments du communisme, version bolchevik. Preuve en est avec ses accointances avec Charlie Bauer, une sorte de militant et de dévot d'Extrême Gauche. Or, en dépit de certains apparats finauds, Jacques Mesrine n'est pas vraiment un révolutionnaire dans l'âme. Lui aussi profite arrogamment du système qu'il fustige, en particulier de l'univers médiatique. Au détour de toutes ces prévarications, Jean-François Richet transmute son bandit populaire en une sorte de martyr christique, condamné à agonir, puis à dépérir sous les balles.
Le voyou est invariablement corrélé à un fatum expiatoire. Jean-François Richet passe probablement et partiellement à côté de son sujet et donc de son principal protagoniste. Personnage encéphale, protéique et ineffable, Jacques Mesrine reste sans doute trop indiscernable pour rencontrer les ferveurs du polar, d'où une légère pointe d'amertume lors du générique final. 
Nonobstant certaines approximations et certains impondérables, Mesrine - L'Ennemi Public N°1 reste tout de même un polar probe et tout à fait recommandable, toutefois légèrement inférieur - tout du moins, à nos yeux - à son glorieux homologue.

 

Note : 14/20

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(1) Synopsis du film sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/L%27Ennemi_public_n%C2%BA_1_(film,_2008)