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Genre : horreur, clip musical, épouvante
Année : 1983
Durée : 14 minutes

Synopsis : (1) Dans les années 1950, Michael, un jeune homme, est au volant d'une voiture avec une jeune fille dans la forêt quand soudain celle-ci tombe en panne. Quelques instants plus tard, le couple se promène, en marchant nonchalamment, profitant de la douceur du soir. Tandis qu'ils s'avouent un amour réciproque, ils se serrent l'un l'autre dans leurs bras. Michael offre à sa compagne une bague qu'il enfile à son doigt. Alors que le jeune homme avoue à son amie qu'il est « différent » et qu'il veut en dire davantage, commence une musique sourde et lointaine, de plus en plus angoissante. On perçoit la lune obscurcie par des nuages. Tel un rideau de théâtre, les nuages s'effacent. Un voile se lève sur un secret. Lorsque Michael se relève après s'être effondré sans raisons apparentes, il s'est transformé en un monstre, a les yeux jaunes et les dents pointues et jaunâtres (1).

 

La critique :

A la fois auteur, compositeur, interprète, danseur, chorégraphe et acteur, Michael Jackson reste - qu'on le veuille ou non - l'artiste le plus proéminent du XXe siècle. Issu de la plèbe, Michael Jackson doit s'entraîner tous les soirs sous les précieuses instigations de son patriarche. Hélas, les cours du soir se déroulent essentiellement sous les injures, les invectives et les coups de cravache. Michael Jackson conservera de cette enfance volée des excoriations et des fêlures indélébiles. Vers la fin des années 1960, Michael Jackson se produit avec ses frères sur la scène musicale. Ensemble, ils glânent toutes les récompenses lors de leurs participations à des concours.
Parrainés par Diana Ross en personne, les Jackson Five ne sont plus seulement de simples épiphénomènes. A force de pugnacité, ils s'inscrivent durablement dans la culture populaire.

Mais c'est surtout Michael Jackson, alors âgé de onze ans, qui attise les appétences et les convoitises. Les producteurs décèlent chez le jeune bambin un immense potentiel. Michael entame alors une carrière solo et acquiert une plus grande acuité orale. En 1979, la sortie de l'album Off the Wall signe la consécration de Michael Jackson. Pourtant, nonobstant son succès pharaonique et tout une salve de critiques dithyrambiques, Off the Wall ne permet pas encore à Michael Jackson de s'expatrier au-delà de la scène Afro-Américaine. Michael Jackson reste affilié, bon gré mal gré, à la catégorie "R'N'B'. Or, l'artiste protéique aspire à épouser les rudiments et les linéaments épars de la "pop music".
Tel sera, par ailleurs, le principal leitmotiv de son album suivant, intitulé Thriller, un second essai qui est le fruit de la collaboration entre le chanteur et Quincy Jones.

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Le succès sera immédiat avec plus d'un million d'exemplaires vendus en un seul mois (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Michael_Jackson). Mieux, Thriller devient le disque le plus vendu de tous les temps et devient un phénomène international. Michael Jackson n'est plus seulement répertorié comme un artiste de soul, ni de R'N'B, mais comme le nouveau parangon de la pop. Michael Jackson accède enfin au firmament de la gloire. L'album est certifié 33 fois disques de platine et s'écoule à plus de 25 millions d'exemplaires durant les années 1980.
Euphorique, Michael Jackson s'octroie toute une multitude de récompenses sérénissimes et s'arroge même sa propre étoile sur le Hollywood Walk of Fame. 
Thriller est donc pensé, conçu et ratiociné pour cartonner à la fois dans les médias et sur la scène populaire.

Son succès édifiant ne se démentira jamais. Mutins, Quincy Jones et Michael Jackson s'affairent à la promotion de l'album via la réalisation de trois clips musicaux en forme de courts-métrages : Billie Jean, Thriller et Beat It. Aujourd'hui, c'est le cas de Thriller (le clip...), sorti en 1983, qui fait l'objet d'une chronique dans nos colonnes diffuses. La chanson éponyme est également le dernier titre de l'album. Pour la conception du clip musical, Michael Jackson et Quincy Jones requièrent l'érudition de John Landis, un réalisateur en verve depuis la sortie de Hurlements (1981), un film d'épouvante cité et prisé par le roi de la pop lui-même.
Dans le clip, il est notamment question de forces occultes et lucifériennes qui transmutent Michael Jackson en lycanthrope, puis en mort-vivant décrépit.

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Certains contempteurs y voient une promotion du satanisme. Contre toute attente, la sortie de Thriller n'échappe au couperet acéré de la polémique. Que soit. Michael Jackson euphémise les ardeurs de ses dépréciateurs en jouant la carte de la truculence et du pittoresque. L'artiste protéiforme n'a jamais caché sa dilection ni son effervescence pour le cinéma d'épouvante. "Something evil's lurking from the dark", entonne un Michael Jackson en pleine ébullition. Le chanteur fait alors appel à la voix-off de Vincent Price, un comédien qui a essentiellement sévi dans le vieux cinéma d'horreur.
Attention, SPOILERS ! (1) Dans les années 1950, Michael, un jeune homme, est au volant d'une voiture avec une jeune fille dans la forêt quand soudain celle-ci tombe en panne. Quelques instants plus tard, le couple se promène, en marchant nonchalamment, profitant de la douceur du soir.

Tandis qu'ils s'avouent un amour réciproque, ils se serrent l'un l'autre dans leurs bras. Michael offre à sa compagne une bague qu'il enfile à son doigt. Alors que le jeune homme avoue à son amie qu'il est « différent » et qu'il veut en dire davantage, commence une musique sourde et lointaine, de plus en plus angoissante. On perçoit la lune obscurcie par des nuages. Tel un rideau de théâtre, les nuages s'effacent. Un voile se lève sur un secret. Lorsque Michael se relève après s'être effondré sans raisons apparentes, il s'est transformé en un monstre, a les yeux jaunes et les dents pointues et jaunâtres (1). Pour certains thuriféraires de l'artiste hétéromorphe, c'est souvent Off the Wall qui est stipulé comme le meilleur album de Michael Jackson. 
Pourtant, c'est bien Thriller qui avalise et ratifie la quintessence de l'artiste diversiforme.

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Via Thriller, l'auteur et compositeur affiche ostentatoirement un visage encéphale. Stakhanoviste, Michael Jackson se métamorphose à la fois en loup-garou et en zombie pour faire prévaloir des pas de danse frénétiques, ainsi que des chorégraphies savamment fomentées. Plus qu'un simple clip musical, Thriller devient cet hymne hétéroclite et irénique qui amalgame sans fard R'N'B, soul et pop music. C'est ce court-métrage en particulier qui va durablement introniser Michael Jackson au sommet de son édifice. Formellement, Thriller n'est pas seulement un single ni un clip, mais un pur produit cinéphilique, destiné à flagorner la populace. La gageure est particulièrement audacieuse.
Il s'agit, entre autres, d'enjôler le public avec des lycanthropes et des pas de danse entonnés par des zombies en putrescence.

Mais ce qui importe ici, ce n'est pas vraiment la trame scénaristique, mais avant tout la forme, révolutionnaire pour l'époque. Depuis Thriller, aucun artiste ne s'est montré aussi ingénieux ni inventif. Lucide, Michael Jackson multiplie les références au vieux cinéma d'épouvante. Ainsi, le préambule du clip se déroule dans une salle de cinéma. Puis, la tension monte crescendo. Après avoir déclaré sa flamme à sa dulcinée, Michael Jackson peut dévoiler ses multiples faciès, celui d'un "monstre" - pas seulement un lycanthrope ni un zombie ondoyant dans tous les sens - mais celui d'un artiste hybride, et qui a parfaitement cerné les rouages de l'oecuménisme et du consumérisme.
Rien que pour ses innovations, ses chorégraphies et sa panoplie de références, Thriller mérite de figurer au panthéon de l'histoire de la musique, une industrie qui fonctionne en concordance avec la publicité, la promotion et le noble Septième Art. Evidemment, un tel court-métrage ne pouvait que susciter les faveurs et les ferveurs de Cinéma Choc.

Note : 17/20

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(1) Synopsis du clip sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Thriller_(chanson)