judge dredd

Genre : science-fiction (interdit aux - 12 ans)
Année : 1995
Durée : 1h36

Synopsis : Nous somme en 2139, la planète a été ravagée par de terribles guerres atomiques. La vie subsiste dans des cités tentaculaires dont la capitale et Mega City One, megalopole construite sur plusieurs niveaux. Pour assurer l'ordre, des officiers froids et terriblement efficaces crées lors d'une expérience sur l'ADN. L'un d'entre eux, le juge Dredd a un double, Rico, clone né de la même chaine d'ADN. 

 

La critique :

Depuis ses tous premiers balbutiements, Cinéma Choc n'a jamais caché son engouement ni son extatisme pour Sylvester Stallone. A l'origine, rien ne prédestinait le comédien à épouser les firmaments de la gloire. Issu de la populace et d'une famille modeste, Michael Sylvester Gardenzio Stallone - de son vrai nom - suit des cours d'art dramatique à Miami et écume laborieusement quelques planches de théâtre. Il se retrouve alors au chômage et même sans domicile fixe. C'est dans ce contexte de paupérisation et d'impécuniosité qu'il accepte - à contrecoeur - de tourner dans un film érotique, The Party at Kitty and Stud's, rebaptisé L'Etalon Italien (Morton Lewis, 1970) quelques années plus tard.
Certains contempteurs effarouchés ne manqueront pas de qualifier cette série B adventice de production pornographique, au grand dam de l'acteur infortuné.

Opiniâtre, Sylvester Stallone obtient tout de même quelques rôles subalternes, notamment dans Bananas (Woody Allen, 1971), Klute (Alan J. Pakula, 1971), Les mains dans les poches (1974), La Course à la Mort de l'An 2000 (Paul Bartel, 1975), Adieu ma jolie (Martin Davidson, 1974), Capone (Steve Carver, 1975), ou encore Cannonball ! (Paul Bartel, 1975). Egalement scénariste à ses heures perdues, Sylvester Stallone, "Sly" pour les intimes, griffonne en catimini le futur script de Rocky (John G. Avildsen, 1976). Les producteurs avides et mercantiles décèlent le potentiel de cette nouvelle production iconoclaste. Ces derniers s'empoignent avec Sylvester Stallone pour engager une vedette proéminente dans le rôle principal. Mais le comédien n'a cure des instigations de ses financeurs.
L'acteur souhaite mordicus le rôle de Rocky Balboa, un boxeur de seconde zone, mais qui retrouve une once de luminescence lorsqu'il doit se colleter avec Apollo Creed, le champion du monde des poids lourds en titre.

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Ce personnage vaillant et pugnace ressemble, presque trait pour trait, à sa propre trajectoire professionnelle. Finalement, Stallone obtient gain de cause. Mais, en contrepartie, Rocky, le film, doit composer avec un budget étriqué. Que soit. Le long-métrage se solde par un succès pharaonique lors de son exploitation dans les salles de cinéma. A raison, Sylvester Stallone jubile. L'acteur tient enfin sa revanche sur l'oligarchie hollywoodienne. Le premier chapitre se transmute alors en une franchise lucrative. Rocky 2 (Sylvester Stallone, 1979), Rocky 3 (Sylvester Stallone, 1982) et Rocky 4 (Sylvester Stallone, 1985) corroboreront l'omnipotence de la saga.
Corrélativement, Stallone enchaîne les succès avec Rambo (Ted Kotcheff, 1982) et Rambo 2 - La Mission (George Pan Cosmatos, 1985).

Mais la sortie de Rocky 5 (John G. Avildsen, 1990) sonne comme une sévère désillusion. A ce jour, Rocky 5 reste l'épisode le moins rentable de la série. Stallone n'est plus cette star clinquante des années 1980. Impression accréditée par les sorties, presque concomitantes, de L'embrouille est dans le sac (John Landis, 1991), Arrête ou ma mère va tirer ! (Roger Spottiswoode, 1992), L'Expert (Luis Llosa, 1994), ou encore Assassins (Richard Donner, 1995). Toutes ces productions subsidiaires essuient une rebuffade commerciale. Stallone fait alors office de vedette vacillante.
Avec la sortie de Judge Dredd, réalisé par la diligence de Danny Cannon en 1995, le comédien aspire à retrouver les éminences et les bonnes grâces du box-office américain. Une chimère... 
Si le long-métrage rembourse le budget imparti, la déconfiture est sévère même si les scores du film restent plutôt corrects lors de son exploitation sur le continent européen.

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Nouvelle débâcle pour Sylvester Stallone qui est même nommé dans la catégorie de la pire performance lors des Golden Raspberry Award. Même les critiques se montrent acrimonieuses et fustigent une série B grimée en blockbuster désincarné. Reste à savoir si Judge Dredd mérite - ou non - de tels anathèmes. Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... A l'origine, Judge Dredd est l'adaptation d'une série de comics éponymes. Quant à Danny Cannon, le cinéaste a essentiellement sévi derrière plusieurs séries télévisées notoires. Son parcours cinématographique est émaillé par des films comme Phoenix (1998), Souviens-toi... L'Eté Dernier 2 (1998), ou encore Goal ! (2005).
A ce jour, Judge Dredd reste donc sa production la plus proverbiale. Hormis Stallone, la distribution de ce long-métrage de science-fiction se compose d'Armand Assante, Diane Lane, Max Von Sydow, Rob Schneider, Balthazar Getty, Ewen Bremmer, James Remar et Joanna Miles.

Attention, SPOILERS ! (1) En 2139, après une apocalypse nucléaire, la civilisation humaine survit dans de rares mégalopoles surpeuplées, les Megacités, gangrénées par un taux de criminalité élevé. La population se replie derrière les remparts des Mégacités pour se protéger entre autres du monde extérieur, devenu radioactif, désertique et peuplé de créatures mutantes à la suite de la guerre, mais subit à l'intérieur une criminalité galopante. Au sein de ce cauchemar urbain patrouillent les Juges, un condensé de tout le processus légal de lutte contre le crime.
Les Juges sont à la fois « policiers, jurés et bourreaux » et, juchés au guidon de leur puissantes motos volantes, font régner l'ordre. Parmi les Juges, un individu émerge, le très respecté et craint Juge Dredd. 
Dredd est accusé du meurtre d'un journaliste à la suite d'un événement imprévisible. 

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Sa coéquipière, le Juge Hershey, tente d'aider Dredd à prouver son innocence, mais échoue. Condamné, Dredd est envoyé à la prison d'Aspen mais, en chemin, le transport aérien dans lequel il est conduit est attaqué. Débute alors pour lui une difficile aventure pour retourner en ville puis rétablir la vérité. Dredd découvre ensuite qu'il est le sujet d'une expérience génétique (le « projet Janus ») et que son ancien meilleur ami, le Juge Rico, qu'il a jadis jugé et envoyé en prison, est son frère jumeau partageant le même génome, issu tout comme lui de manipulations génétiques. Le crime dont on l'accuse a en fait été perpétré par Rico, celui-ci s'étant récemment évadé.
Rico a comme plan de contrôler la ville à l'aide de clones de lui-même, produits par la dernière version du projet Janus, s'en servant pour remplacer les Juges devenus trop peu nombreux pour s'opposer à lui (1).

Premier constat, on s'étonne de la présence de quatre scénaristes aguerris - dont la participation de Steven E. de Souza - derrière un script aussi alambiqué et nébuleux. D'une certaine façon, Judge Dredd s'inscrit dans le sillage et le continuum de Demolition Man (Marco Brambilla, 1993). A l'instar de son auguste devancier, Judge Dredd mise sur la profusion de saynètes d'action et d'effets pyrotechniques pour mieux camoufler un scénario au mieux indigent. Pourtant, le matériel d'origine possède un certain potentiel via cette dichotomie entre une voyoucratie en dissidence et un gouvernement qui s'est transmuté en Etat policier et potentat. Mais là où Demolion Man jouait la carte de la dystopie et de la satire politique avec une certaine truculence, Judge Dredd s'approxime à un blockbuster épars et aseptisé. C'est donc Demolition Man qui remporte la victoire par K.O., reléguant dare-dare ce Judge Dredd dans les affres de la désuétude et des oubliettes.

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Pis, cette transposition d'une série de comics se loupe complètement dans la description et le portrait atone de son personnage primordial. A aucun moment, Stallone ne parvient à transcender ce flic humanoïde et créé par les lois infrangibles de la science et de la génétique. Faute d'idées, Danny Cannon envoie son policier retors se ferrailler avec son propre frangin. Dans ce labyrinthe délesté de tout enjeu et toute tension dramatique, le film repose essentiellement sur la confrontation entre un Sylvester Stallone aux abois et un Armand Assante en mode cabotinage.
Même les seconds rôles peinent à exister. Mention spéciale à Diane Lane qui ne sert strictement à rien et à Rob Schneider qui revêt les oripeaux de trublion du village. Que reste-t-il alors de ce Judge Dredd ? Pas grand-chose ou alors peu ou prou. Si ce n'est une production amorphe qui échappe de justesse à la mention "nanar avarié". En filigrane, le métrage aborde avec frilosité les thématiques spinescentes de la loi et de l'autorité. "La loi ne fait jamais d'erreur", glose un Stallone en mode pilotage automatique. Dans ce salmigondis filmique, seules quelques saynètes d'action sauvent l'ensemble d'une certaine modicité.

 

Note : 08/20

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(1) Synopsis du film sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Judge_Dredd_(film)