brutes and savages

Genre : "Mondo", shockumentary, documentaire, "documenteur", horreur, gore, trash, extrême (interdit aux - 18 ans) 
Année : 1978
Durée : 1h47

Synopsis : Un nouveau "Mondo" qui s'inscrit dans le sillage et le continuum de Mondo Cane. Cette fois-ci, c'est un explorateur, Arthur Davis, qui emmène son équipage et sa caméra à la découverte des territoires méconnus de l'Afrique, tout en obliquant du côté de l'Amérique du Sud. Brutes et Savages scrute et filme les us et les coutumes de peuplades éculées et archaïques, des rituels tantôt transis par la truculence, tantôt par les déviances, et tantôt par les impudicités. 

 

La critique :

Oui, je sais ce que vous allez arguer, ergoter et ratiociner... Probablement à raison... Encore un "Mondo" dans les lignes et les colonnes éparses de Cinéma Choc ! A notre décharge, ce genre impudent n'était plus apparu dans nos rubriques diffuses depuis plusieurs semaines. Il était donc temps de ranimer cette flamme incandescente, pour le plus grand désarroi des laudateurs (mais enfin, qui sont-ils ?) de Cinéma Choc. Nous ne commettrons pas non plus l'offense de réitérer l'historique du "Mondo" pour l'avoir déjà invoqué à moult reprises. Toujours est-il qu'il nous apparaît opportun d'itérer sa genèse. Le "Mondo" acte et officialise sa naissance via Mondo Cane (Gualtiero Jacopetti, Franco Prosperi et Max Cavalara, 1962). Le syllogisme scénaristique est aussi simplissime que lapidaire et consister à filmer les us et les coutumes de diverses peuplades séculaires à travers le monde.

Mondo Cane fonctionne donc comme un documentaire anthropologique, sociologique et transi de véracité. Pourtant, toutes les saynètes - qu'elles soient âpres, pittoresques ou virulentes - sont éhontément falsifiées et interprétées par des comédiens amateurs et/ou anonymes. Présenté en compétition au festival de Cannes, Mondo Cane révulse et estourbit durablement les persistances rétiniennes. Grisés par ce succès inopiné, Gualtiero Jacopetti et Franco Prosperi revêtissent derechef les oripeaux de journalistes pour proposer - peu ou prou - le même programme mortifère via un inévitable Mondo Cane 2 (1963). En vérité, le "Mondo" n'a pas vraiment pour aspérité de discerner nos propres appétences pour les lubricités et les turpitudes, mais plutôt de flagorner notre scopophilie obsessionnelle, voire maladive. Ainsi, le "Mondo" enjôle le documentaire vérité pour enjôler nos pulsions primitives et archaïques. 

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Ce n'est pas aléatoire si ce sous-registre du cinéma d'exploitation contient plusieurs séquences de snuff animalier. Impression corroborée par les sorties d'Africa Addio (Franco Prosperi et Gualtiero Jacopetti, 1966), Shocking Asia (Rolf Olsen, 1974), L'Amérique Interdite (Romano Vanderbes, 1977), Africa Ama (Angelo et Alfredo Castiglioni, 1971), Addio Ultimo Uomo (Angelo et Alfredo Castiglioni, 1978), ou encore Mondo Magic (Alfredo et Angelo Castiglioni, 1975). Durant la décennie 1970, le "Mondo" est en pleine effervescence. Vient également s'additionner Brutes and Savages, soit Fureur Sauvage dans la langue de Molière, et réalisé par la diligence d'Arthur Davis en 1978.
Autant l'annoncer sans ambages. Cet ixième shockumentary marche dans le sillage et le continuum d'Africa Addio et de ses innombrables consortiums en se polarisant - notamment - sur la paupérisation et la décrépitude de l'Afrique.

Concernant Arthur Davis, on ne glane aucune information sur la Toile. Hormis Brutes and Savages, le metteur en scène reste donc totalement méconnu du bataillon. Ce "Mondo" est souvent répertorié parmi les shocumentaries les plus virulents de sa catégorie. Ce shockumentary est logiquement soumis à l'ultime animadversion, soit une interdiction aux moins de 18 ans. En raison de sa brutalité, de son âpreté et de ses saynètes de lascivités, Brutes and Savages n'a évidemment pas bénéficié d'une distribution dans les salles obscures. Aujourd'hui, ce "Mondo" fait office de fameux Saint Graal, activement prisé, adoubé et recherché par les collectionneurs les plus patentés.
Il s'agit donc d'une "pièce" (si j'ose dire...) rarissime et quasiment introuvable, même en recourant au support vidéo.

Reste à savoir si Brutes and Savages parvient - ou non - à se départir parmi une concurrence apoplectique en termes de gore et d'érubescence. Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... Attention, SPOILERS ! Brutes and Savages est un nouveau "Mondo" qui s'inscrit dans le didactisme et la rhétorique de Mondo Cane. Cette fois-ci, c'est un explorateur, Arthur Davis, qui emmène son équipage et sa caméra à la découverte des territoires méconnus de l'Afrique, tout en obliquant vers les contrées éculées de l'Amérique du Sud. Brutes et Savages scrute et filme les us et les coutumes de peuplades primitives et archaïques à travers des rituels à la fois transis par la truculence, les déviances et les impudicités de circonstance. Un peu à la manière de Gualtiero Jacopetti et Franco Prosperi en leur temps, Arthur Davis revêt les frusques soyeuses de journaliste pour explorer les territoires encore inexplorés de l'Afrique, mais pas seulement... 

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Comme le stipule le synopsis, le Pérou et la Bolivie sont d'autres panoramas visités par le reporter. Pour le reste, pas de surprise au programme, pour le peu que vous soyez coutumiers du cinéma underground. Cependant, Brutes and Savages s'adresse à un public particulièrement averti et se montre beaucoup plus philanthrope qu'un Shocking Asia ou qu'un Mondo Cane. Formellement, Brutes and Savages s'approxime davantage à une sorte de palimpseste d'Africa Addio, Africa Ama, Addio Ultimo Uomo et Mondo Magic, soit autant de shockumentaries auxquels il semble faire voeu d'obédience et d'allégeance. Dès le préambule, Brutes and Savages a le mérite de présenter les belligérances puisqu'il propose un condensé des diverses animosités.
Les concupiscences font également partie des tristes réjouissances et louvoient entre l'indécence, le fétichisme, le candaulisme, la polygamie, le saphisme, l'érotisme hard et la pornographie soft.

Brutes and Savages affine néanmoins cette appétence pour la bestialité puisque ce shockumentary se polarise, en guise de prologue final, sur cette zoophilie ostentatoire et communément appliquée dans certaines contrées éculées du Pérou. Ainsi, le spectateur éberlué assiste à une séance de copulation entre un paysan et un lama étrangement docile. Certes, cette fameuse saynète outrageante n'est pas explicitement étayée, mais "seulement" suggérée, tout du moins filmée en arrière-plan. Le snuff animalier vient lui aussi s'agréger aux inimitiés. Ainsi, nous assistons, hébétés, à l'écurage et à l'équarrissage d'un autre lama, un animal destiné au commerce de la fourrure.
Puis, au détour d'une partie de chasse, c'est un indigène qui est happé, puis tortoré par un crocodilien. La bestialité est immanente à la nature humaine.

Tel semble être le principal leitmotiv de Brutes and Savages. Vous l'avez donc compris. Brutes and Savages ne badine pas avec la barbaque et la tripaille. Sur ce dernier point, Arthur Davis s'affaire allègrement à l'ouvrage. Cependant, ce "Mondo" n'est pas exempt de tout grief. D'une durée d'une heure et 47 minutes de bobine, Brutes and Savages n'élude pas les carences inhérentes au "Mondo". Ce shockumentary s'étale un peu trop ardemment sur la longueur et aurait mérité d'être écourté d'une bonne quinzaine de minutes. In fine, Brutes and Savages n'élude pas les séquences archétypales sur fond de colonialisme et de xénophobie latente.
En l'état, ce "Mondo" n'appâtera que les aficionados et les amateurs les plus invétérés du genre, tout du moins si ces derniers existent encore... 

Note : 10.5/20

sparklehorse2 Alice In Oliver