devil's candy

Genre : horreur, épouvante (interdit aux - 16 ans) 
Année : 2015
Durée : 1h19

Synopsis : Un artiste et sa famille s’installent dans la maison de leurs rêves. Des forces démoniaques se mettent peu à peu à envahir les tableaux du peintre et à devenir une menace pour ses proches…  

 

La critique :

Cela fait désormais une dizaine d'années que les activités parapsychologiques ont effectué leur résurgence sur nos écrans. La saga Paranormal Activity, initiée par Oren Peli, relance l'engouement du public pour les spectres, le mal et les limbes infernaux de l'enfer. Rapidement, le paranormal s'accointe avec le found footage et certaines séries B adventices toisent les firmaments des oriflammes via le support vidéo. Preuve en est avec Grave Encounters (The Vicious Brothers, 2011), que personne n'attendait au tournant, et qui marche dans le sillage et le continuum de Le Projet Blair Witch.
Que soit. C'est pourtant la franchise Paranormal Activity (bis repetita...) qui fait figure d'épiphénomène et remporte le précieux pactole. A chaque nouvel épisode, le public docile s'amoncelle et se précipite dans les salles obscures.

Toutefois, la proéminence de cette saga sur le cinéma d'épouvante sera évanescente. Corrélativement, un autre metteur en scène s'impose dans la sphère du cinéma horrifique. Son nom ? James Wan. Après avoir renâclé brièvement du côté du thriller et du torture porn (Saw en 2004), James Wan corrobore sa dilection pour les activités lucifériennes via le méconnu Dead Silence (2007). Il enchaîne alors avec Insidious (2011), Conjuring - Les Dossiers Warren (2013), Insidious - Chapitre 2 (2013) et Conjuring - Le Cas Endfield (2016). Toutes ces pellicules terrifiantes lui permettent de préempter la couronne du nouveau maître de l'épouvante.
Evidemment, les succès pharaoniques et concomitants des sagas Conjuring et Paranormal Activity ont influencé et généré toute une pléthore d'épigones. 

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Les thuriféraires n'omettront pas de stipuler des oeuvres telles que La Nonne (Corin Hardy, 2018), La malédiction de la dame blanche (Michael Chaves, 2019), la trilogie Annabelle, Dans le Noir (David F. Sandberg, 2016), ou encore Sinister (Scott Derrickson, 2012) parmi les longs-métrages notables et éventuellement notoires. Paradoxalement, Oren Peli et James Wan n'ont rien inventé. Les deux auteurs démiurgiques n'ont jamais caché leur engouement, ni leur effervescence pour certains classiques sérénissimes, notamment Amityville - La Maison du Diable (Stuart Rosenberg, 1979) et surtout Poltergeist (Tobe Hooper, 1982).
Surtout, les activités parapsychiques illustrent avec brio l'anémie du cinéma d'épouvante actuel. Avec le succès mirobolant de Conjuring, James Wan a transmuté son diptyque en un univers fastidieux, lucratif et mercantiliste.

Sur la forme, Conjuring et sa panoplie de consortiums s'apparentent - peu ou prou - au même long-métrage analogique. Certains aficionados de naguère préfigurent déjà la dernière absoute du cinéma d'épouvante, condamné - à court ou moyen terme - à croupir vers les oraisons funèbres. La faute incombe à toutes ces productions hollywoodiennes qui ressassent inlassablement la même antienne. Sur ce triste constat, inutile de préciser que l'on n'attendait rien - ou presque - de The Devil's Candy, réalisé par la diligence de Sean Byrne en 2015. A la fois cinéaste et scénariste australien, Sean Byrne fait presque office de noviciat dans l'industrie cinématographique.
The Devil's Candy constitue seulement sa seconde réalisation juste après The Loved Ones (2009). Mais ce tout premier essai s'était déjà fait remarquer lors de sa présentation (en compétition) dans divers festivals (Toronto et Gérardmer principalement) en glanant le prix du public, ainsi que le grand prix du jury.

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Les laudateurs du cinéma d'horreur décèlent déjà dans ce metteur en scène un immense potentiel. Production indépendante oblige, The Devil's Candy ne connaîtra qu'une distribution élusive dans les salles obscures. A l'instar de The Loved Ones, lui aussi concourt dans les festivals et accrédite l'érudition de Sean Byrne derrière la caméra. Là aussi, les critiques se montrent unanimement panégyristes et encensent ce second effort. Reste à savoir si The Devil's Candy mérite - ou non - de telles flagorneries. Réponse à venir dans les lignes de cette chronique...
Toujours est-il que cette ixième production d'épouvante se solde par une interdiction aux moins de 16 ans. Sean Byrne n'a cure des objurgations de ses producteurs qui le somment d'euphémiser ses ardeurs au profit d'une production beaucoup plus doucereuse et croquignolette.

La distribution du film se compose d'Ethan Embry, Shiri Appleby, Kiara Glasco, Pruitt Taylor Vince, Craig Nigh, Marco Perella, Oryan West, Mylinda Royer et Leland Orser. Attention, SPOILERS ! Un artiste peintre (Jess Hellman), sa femme (Astrid) et sa fille (Zooey) s’installent dans la maison de leurs rêves. Des forces démoniaques se mettent peu à peu à envahir les tableaux du peintre et à devenir une menace pour ses proches… Une nuit, Ray, le fils des anciens propriétaires, apparaît sur le pas de la porte. Il souhaite tout simplement rentrer chez lui…
A fortiori, rien ne distingue The Devil's Candy de l'apathie des productions d'épouvante actuelles. A la lecture de cette exégèse évasive, The Devil's Candy s'approxime à une nouvelle copie éhontée de Conjuring et de sa litanie de productions analogues.

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Gravissime erreur... Certes, par certaines contiguïtés matoises, The Devil's Candy emprunte quelques références à Poltergeist et Amityville - La Maison du DiableToutefois, la métaphore s'arrête bien là. Dès le préambule, The Devil's Candy affiche ostensiblement son tempérament acariâtre via les vrombissements frénétiques d'une guitare heavy metal. Les comminations des forces du mal se dérouleront sous les stridulations démoniaques de la musique du groupe Motörhead. Rien que pour cela, The Devil's Candy mérite au moins les appétences de Cinéma Choc...
Attention, ce film d'épouvante n'est pas une énième relecture de Poltergeist, Conjuring et autres Paranormal Activity. En réalité, The Devil's Candy s'abouche davantage avec certaines thématiques spinescentes du cinéma social et indépendant américain, via cette appétence pour cette mélancolie immanente à la "middle class" américaine.

Par certaines corrélations et incantations macabres, The Devil's Candy n'est pas sans réitérer les fulgurations de certains films de Rob Zombie (The Devil's Rejects, 2006), The Girl Next Door (Gregory Wilson, 2007), The Woman (Lucky McKee, 2011), ou encore Get Out (Jordan Peele, 2017). Pour Sean Byrne, le mal se tapit à la fois dans les moeurs, les failles, les excoriations et les fêlures de la "middle class" américaine. A ce titre, la famille Hellman en est la parfaite symbiose, le condensé ad-oc. Mais le mal ne s'incarne pas seulement à travers une partie de Ouija ou encore à travers les murs disparates d'une demeure opulente. Le mal se sustente également de nos fantasmagories funèbres et s'emploie à tarabuster notre esprit en déliquescence. 
Ainsi, la famille Hellman devra se colleter et se départir avec un bibendum schizophrène et qui a jeté son dévolu sur Astrid, une jeune jouvencelle en délicatesse avec le milieu scolaire. 

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C'est cette même dichotomie qui transparaît à travers les circonlocutions de The Devil's Candy, à savoir ce fameux hiatus entre la norme (et plus précisément les comportements idoines attendus par la société) et cette dilection pour les déviances (ici, la musique rock et métal préfigure ce goût immodéré pour la violence, le mal et plus largement le satanisme). Certes, les contempteurs pourront tonner et maronner contre une présentation un peu trop prolixe. Indubitablement, Sean Byrne prend son temps pour planter le décor, ainsi que ses divers protagonistes. Mais une fois les animosités en place, The Devil's Candy balaie le spectateur de son souffle dévastateur et nous plonge littéralement dans des flammes incandescentes. En l'état, difficile d'en révéler davantage...
Toujours est-il que
The Devil's Candy cogne, rudoie et estampe là où ça fait mal, martelant ses sonorités retorses comme une sorte de cacophonie générale. Ce film d'épouvante estourbit à lui tout seul la majorité des productions d'épouvante actuelles et démontre que ce cinéma - certes moribond - n'est pas mort, en tout cas pas encore... Bref, si Sean Byrne ne se laisse pas soudoyer par l'oligarchie hollywoodienne, on peut aisément lui prédire une carrière pérenne, voire luxuriante. Si l'on omet une introduction un peu trop timorée, The Devil's Candy possède toutes les arguties pour s'ériger parmi les productions horrifiques les plus éloquentes de la décennie 2010. Nul doute que l'on reparlera - un jour ou l'autre - de ce film...

 

Note : 15/20

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