Death-Powder

Genre : Horreur, thriller, science-fiction (interdit aux - 12 ans)

Année : 1986

Durée : 1h02

 

Synopsis :

Dans un monde cyberpunk, une humanoïde femelle est détenue dans un entrepôt désaffecté.

 

La critique :

Après le coup de massue nauséabond de la dernière fois, je me suis dit que revenir vers quelque chose de plus sage nous permettrait de repartir vous, votre estomac et moi sur de meilleures bases. Enfin, "sage" est un bien grand mot car je me demande comment ai-je pu mobiliser suffisamment de courage pour parler de ce que j'ai vu hier soir en dernière partie de soirée. Car il est franchement bien difficile de mettre des mots sur ma pensée arrivé à la fin, le cerveau et mes facultés de raisonnement semblant avoir été propulsés dans une centrifugeuse géante. Il faut reconnaître que le milieu fascinant du cyberpunk japonais est quelque chose de particulièrement spécial dans sa finalité et qu'il convient de prendre d'extrêmes précautions avant de vouloir tenter le coup.
A une époque de standardisation, ce genre de réalisations ne peut que susciter la polémique entre les tenanciers de l'innovation et ceux de l'uniformisation. Toujours est-il que le scénario est propice au grand n'importe quoi qui en retournerait le contenant gastrique de plus d'une personne en état d'ébriété. Si l'on attribue la naissance de ce style underground au maître Shinya Tsukamoto qui s'est bien sûr fait connaître avec le chef d'oeuvre absolu Tetsuo, popularisant ainsi le cyberpunk, on se retrouve bien obligé de dire que cette paternité ne peut être fondée à force d'en apprendre toujours plus du cinéma nippon.

Il est toujours difficile d'attribuer l'oeuvre prodrome d'un courant particulier, mais il semblerait que Shigeru Izumiya ait posé les premières pierres avec son Death Powder. Très étonnant d'ailleurs sa très faible présence sur le Web français quand on songe à son importance d'un point de vue historique. Le fait est qu'il est l'une de ces victimes à avoir sombré dans les affres de la solitude et qu'il est nécessaire d'essayer de lui apporter un minimum de popularité sur le Net de la langue de Voltaire. Comme avec un certain nombre de métrages, sa rencontre se fit par l'intermédiaire du célébrissime site Wipfilms.net qui aguicha ma curiosité avec sa petite pochette intrigante.
Le fait que l'on se retrouve dans du cyberpunk a certainement dû jouer quand même, au vu de mon intérêt assez indéfinissable sur la chose. Toutefois, on trouve beaucoup de déchets dans ce Septième Art avant-gardiste où certains tâcherons partent dans tous les sens avec des CGI minables à la clé, voire même se désolidarisent d'une mise en scène volontairement speed. Je repense encore à l'escroquerie Meatball Machine dont je n'en attendais heureusement pas grand-chose. Quoi qu'il en soit, une telle expérience ne pouvait échapper à notre oeil avisé. L'absence de chronique relevant plus de l'hérésie qu'autre chose. 

deathpowder05

ATTENTION SPOILERS : Dans un monde cyberpunk, une humanoïde femelle est détenue dans un entrepôt désaffecté.

Vraisemblablement pas d'exploitation française et ni de sous-titrage français existant. Même les sous-titres anglais sont assez erratiques vu que certains dialogues n'ont été traduits qu'en chinois. Bref, on officie là dans une confidentialité de tout premier ordre ne confirmant sa popularité que chez les laudateurs du cyberpunk japonais. Mais que raconte ce Death Powder ? Le verbe "raconter" est un bien grand mot car tout du moins dans les 15 premières minutes, l'intrigue suit un cheminement scénaristique relativement cohérent. Dans un avenir proche, une androïde femelle du nom de Guernica est retenue et attachée dans une salle obscure. Conçue sans que l'on ne sache trop comment, on a dû lui couvrir la bouche car elle est capable de libérer une poudre mortelle transformant physiquement l'être atteint et le faisant sombrer dans un état hallucinogène profond, traversant un monde de cauchemars.
Voilà pour les très grandes lignes mais guère d'inquiétudes car vous ne comprendrez de toute façon strictement rien à ce qu'il se passera fréquemment. Izumiya sombre rapidement dans un maëlstrom d'images obscures et de flashbacks d'un temps passé à un point que l'on en vient à se demander si nous ne sommes pas sous un trip LSD. Plus tard, on assiste à l'intégration d'une petite communauté étrange sans visage et voyant sa chair se disloquer. Est-ce une maladie génétique ? Bien naïf serait celui qui espérerait une réponse à cela.

Pourtant, si nous pouvons mettre aisément de côté une trame narrative qui n'a aucun intérêt à être racontée tant elle est ambiguë et absconse, il y a matière à discuter sur le propos sous-jacent. A l'instar de Tetsuo qui alertait la civilisation sur les dangers de la technologie pernicieuse infiltrant tous les aspects de la société jusqu'à l'Homme lui-même, Death Powder ne déroge pas à la règle et suivait déjà avant l'heure Tsukamoto cette thématique. La prétendue poudre mortelle a comme signification la technologie s'immisçant partout autour de nous sans que l'on ne puisse guère faire quoi que ce soit. A une époque où la robotisation et la digitalisation ne font que progresser, il va sans dire que nous nous retrouvons devant un produit visionnaire dépeignant un monde où l'être humain est envahi par la technologie, ne sait plus se défaire d'elle et s'infiltre dans sa vie avec son accord ou non.
Les progrès technologiques sont tels que l'Homme en est arrivé à un point où il a réussi à fabriquer un simulacre d'humanité, synthétique, artificielle, semblant être dotée de conscience mais restant avant tout une création fabriquée de toute pièce. La machine arbore les traits humains et en se répandant comme une traînée volatile, elle arrive à fusionner avec la chair. La société a accompli son objectif de ne faire qu'un avec la machine, pour le meilleur mais surtout pour le pire.

 

Death-Powder-1986-movie-Shigeru-Izumiya-1

Cette transmutation a fait sombrer l'être le plus "intelligent" sur Terre, voyant son intelligence technologique s'être retournée contre lui. C'est une lutte perdue où l'humanité bien vivante est supplantée par sa propre technique. Elle finit par mourir lentement à mesure qu'elle se fond dans sa technologie pour s'achever sur une masse informe, repoussante, semblant être d'origine extraterrestre, qui n'a plus rien à voir avec l'humain, qui n'est ni vivante, ni morte. L'Homme a ainsi perdu sa superbe, ses caractéristiques physiologiques pour ne ressembler à rien tant il a voulu se surpasser, repousser toujours plus ses limites. Une chimère qui renvoie immanquablement au mythe d'Icare où l'individu cherchait à dépasser sa condition humaine. Des questionnements ontologiques fleurissent sur la notion de mort et sur l'existence d'une vie après celle-ci, tout ceci étant issu de Guernica.
Un nom qui n'a pas été choisi au hasard car il se réfère au chaos, à la mort et à la souffrance. Le danger ne vient cette fois-ci plus du ciel mais d'en bas, soit la zone qui a été bombardée par les avions (qui sont une technologie humaine en fin de compte) dans l'histoire véridique. Ici c'est cette zone qui se bombarde elle-même. Elle s'autodétruit de par sa grandiloquence. 

Pour en revenir aux interrogations posées, celles-ci sont très intéressantes, en ce sens qu'elles émanent d'un organisme artificiel qui n'a pas de fonction de vie telle que nous nous la représentons. Pourtant, elle est dotée d'une grande intelligence, semblant être le fruit du perfectionnement de l'informatique quantique. Nous serions tentés de dire que Guernica n'est pas vivante car nous raisonnons depuis toujours sur le fait que seuls les êtres organiques sont vivants. Pourtant, ceux-ci, et nous par la même occasion, sommes tout autant des créations. C'est là que cette communauté d'êtres à la chair disloquée va avoir son utilité. La vie aurait sa raison d'être si l'entité est faite de chair (ne prenons pas en compte les végétaux et autres organismes plus "simples") mais si ce vivant perd sa chair, que se passe-t-il donc ? Est-il vu malgré tout comme quelque chose de vivant ?
Si l'on se base sur le fait que oui car il a, malgré tout, des capacités de logique et de réflexion, alors cela concernerait également l'androïde. C'est le théorème du serpent qui se mord la queue. Viendra un moment où la machine sera tellement puissante et perfectionnée qu'elle égalera l'intelligence humaine, voire qu'elle surpassera ses créateurs (l'exemple des super calculateurs pour n'en choisir qu'un) puisque, par exemple, la dimension de la vieillesse ne s'applique pas à elle. Elle peut devenir obsolète mais pas mourir de vieillesse. Elle n'est pas touchée par les pathogènes et toute forme de maladies qui concernent le vivant. Elle est plus résistante et s'élève au-dessus de cela. 

Death-Powder-1986-movie-Shigeru-Izumiya-4

Si on se trouve séduit par toute cette profondeur tout ce qu'il y a de plus inattendue, le tableau est nettement plus contrasté pour le visuel. Difficile de dire si toutes les copies présentes sur le marché ont un rendu aussi en dents-de-scie. Outre la problématique du sous-titrage partiel nuisant à la compréhension de tous les dialogues (même si avec ça, on ne comprend toujours rien à l'histoire), la caméra n'offre pas une belle expérience esthétique. Vieillotte, de basse qualité, obsolète et pixellisée, on a du mal à distinguer tous les détails alors que, dans l'absolu, avec un beau travail de restauration, on aurait eu droit à quelque chose de très joli à la vue.
Les CGI pour leur part, malgré le budget restreint, se débrouillent bien comme en atteste la dilatation du visage de cet homme ayant osé respirer la poudre fatale. La composition musicale relève le niveau avec des sonorités d'outre-tombe collant bien à l'atmosphère poisseuse, hostile et dérangeante. Pour les acteurs, on ne sait pas quoi dire vraiment sur leur jeu. Ca passe mais voilà on ne sait donc vraiment pas quoi dire. On citera justement Shigeru Izumiya revêtant aussi les oripeaux d'acteur mais aussi Takichi Inukai, Rikako Murakami, Mari Natsuki et Kyoshiro Imawano.

Je me vois alors très étonné d'avoir su disserter aussi longtemps sur quelque chose d'aussi invraisemblable que cet OFNI surpuissant et très particulier qu'est Death Powder. Tenter d'interpréter de manière conventionnelle cette chose ne peut mener qu'à la désillusion tant il triture toute cohérence, tout fil conducteur, pulvérisant des sommets d'ambiguïté record qui en lasserait plus d'un. Autant dire que les thuriféraires de films à scénario risquent fort bien de stopper la projection déviant vite dans le n'importe quoi généralisé. Qui plus est, la mise en scène va à contre-sens de la rapidité d'un Tetsuo ou d'un Rubber's Lover en se montrant plus posée, tout en se rattrapant dans la puissance fantasmagorique des images. Ce qui fait que nous tenons là un cru très certainement parmi les plus radicaux, étranges et jusqu'au-boutistes du cyberpunk qui causera plus d'une sueur froide au cinéphile aventurier. Cru qui interpellera ceux qui se décideront à franchir le pas en extrapolant le propos à un environnement favorisant toujours plus l'intégration de la machine.
Death Powder, en dépit d'une tendance un peu trop facile à martyriser les neurones du spectateur, fait partie de cette caste de films nihilistes et devins nous inquiétant sur notre sort futur. Inquiétudes d'autant plus grandes qu'aucune réelle opposition de grande ampleur ne s'élève en faveur d'une régulation de ce marché toujours plus croissant. La fusion homme-machine pour demain ?

 

Note : ??? 

 

 

orange-mecanique   Taratata