kz9

Genre : horreur, gore, trash, "Nazisploitation", extrême (interdit aux - 18 ans au moment de sa sortie, interdit aux - 16 ans aujourd'hui) 
Année : 1977
Durée : 1h37

Synopsis : Transféré de Ravensbrück au camp KZ9, un groupe de femmes va subir les viols et les tortures des SS. L'une des prisonnières va devenir l'assistante d'un médecin, lui aussi déporté, et tenter de s'enfuir avec lui.   

 

La critique :

Retour à la "Nazisploitation", l'un des sous-registres du cinéma bis et d'exploitation ! A tort ou à raison, c'est souvent le film Portier de Nuit (Liliana Cavani, 1974) qui acte et officialise la naissance de ce genre délictueux et impudent. Pourtant, le long-métrage de Liliana Cavani reste avant tout un drame à la fois mélancolique, austère et mortifère qui mérite par ailleurs les plébiscites, ainsi que les concerts de louanges. En raison de succès impromptu et de son sujet pour le moins spinescent, Portier de Nuit inspire et engendre toute une pléthore d'épigones.
Certains producteurs et réalisateurs avides et mercantilistes y voient surtout l'opportunité de dévoyer le beau film de Liliana Cavani via toute une kyrielle de bacchanales, d'ignominies et d'impudicités itérées à satiété. Salo ou les 120 Journées de Sodome (Pier Paolo Pasolini, 1975), qui sort un an après, connaît - peu ou prou - le même sortilège.

A l'instar de Portier de Nuit, Salo ou les 120 Journées de Sodome ne partage, nonobstant certaines contiguïtés matoises, que peu d'accointances avec la "Nazisploitation". Ce film testament de Pier Paolo Pasolini reste avant tout une critique au vitriol sur la nature humaine, le metteur en scène italien crachant toute sa bile à la face du monde. Que soit. Les exactions, les avanies et les vilenies du Troisième Reich deviennent le nouveau filon (si j'ose dire...) de la "Nazisploitation". Que ce soit la saga Ilsa (Ilsa - La louve des SS, Ilsa - La gardienne du Harem, Ilsa - La Tigresse du Goulag et Greta - La Tortionnaire de Wrede), Des filles pour le bourreau (Cesare Canevari, 1977), Nathalie dans l'enfer nazi (Alain Payet, 1978), ou encore Les déportées de la section spéciale SS (Rino di Silvestro, 1976), toutes ces productions licencieuses et indécentes ne sont, in fine, que des palimpsestes soudoyés de Portier de Nuit et de Salo ou les 120 Journées de Sodome.

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Souvent imité et jamais égalé. Telle est la scansion dogmatique à retenir... Autant l'annoncer sans ambages. Les bons films de genre sont rares, hormis Salon Kitty (Tinto Brass, 1976), ainsi que les deux premiers épisodes de la saga Ilsa (dans une moindre mesure...). Pour le reste, les longs-métrages honorables se comptent sur les doigts atrophiés de la main. Evidemment, ce phénomène de la "Nazisploitation" ne pouvait pas escarper bien longtemps à l'oeil avisé de Bruno Mattei, le roi hégémonique du nanar ! On ne présente plus le metteur en scène transalpin sur ce blog.
Réalisateur, scénariste et producteur éclectique, Bruno Mattei empruntera différents pseudonymes pour expatrier ces bisseries adventices en dehors de ses frontières ritales. Son credo ? Reprendre les films succès et les transmuter en une sorte de salmigondis filmique s'inspirant à la fois de Predator, d'Alien, le huitième passager, Les dents de la Mer, Zombie, Rambo, Orange Mécanique ou encore Mad Max.

Bruno Mattei débute sa carrière cinématographique vers la fin des années 1960 via Les Brûlantes (1968), un long-métrage qu'il coréalise avec l'érudition de Jesùs Franco. Après un bref détour vers le cinéma érotique (Emmanuelle et Françoise en 1975), il oblique une première fois vers la "Nazisploitation" avec Hôtel du plaisir pour SS (1977), un essai peu probant et qui ne laisse pas un souvenir indélébile, loin de là... Autant dire que l'on n'attendait rien ou presque de KZ9 - Camp d'Extermination, sorti en 1977. Contre toute attente, cette série B subalterne reste sans doute l'un des rares films honorables de Bruno Mattei. Si, si... Il en a réalisé quelques-uns...
Mieux, si l'on fait fi de certaines carences et omissions inhérentes à la "Nazisploitation", KZ9 - Camp d'Extermination fait même partie des meilleurs crus de ce tropisme infrangible pour les abjections et les turpitudes fomentées par le régime "nazillard".

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Pour l'anecdote superfétatoire, le scénario de KZ9 s'inspire partiellement des infamies perpétrées dans les camps de concentration germaniques, en particulier dans les camps de Treblinka et de Ravensbrück. Toutefois, une telle information reste à minorer tant KZ9 se déleste de toute velléité historique, à l'exception de sa conclusion en apothéose... Sujet sur lequel nous reviendrons ultérieurement... A l'instar de la majorité des films nantis de la mention "Nazisploitation", KZ9 n'échappera pas à l'ultime animadversion, soit une interdiction aux moins de 18 ans. Aujourd'hui, ce pur produit d'exploitation est "seulement" (si j'ose dire...) interdit aux moins de 16 ans.
La distribution du film risque de ne pas vous évoquer grand-chose, à moins que vous connaissiez les noms d'Ivano StaccioliRia De SimoneNello RivièGabriele Carrara et Giovanni Attanasio ; mais j'en doute...  

Attention, SPOILERS ! Un groupe de jeunes femmes est transféré du camp de Ravensbruck au camp KZ9. A peine arrivées, elles seront matées à coups de fouet, certaines gazées tandis que beaucoup d'entre elles serviront de cobayes pour les expériences que pratiquent les SS. Gloria, une des détenues, grâce à ses connaissances scientifiques, va assister un de docteurs, déporté lui aussi. Dégoutés par ces expériences abjectes, ils vont tenter de fuir cet enfer fait de tortures et de viols... Sur la forme comme sur le fond, KZ9 - Camp d'Extermination n'apporte rien - ou alors peu ou prou - à un genre qui a déjà semoncé et vilipendé toutes les atrocités et abominations du Troisième Reich.
A contrario, les aficionados de la "Nazisploitation" (mais enfin, qui sont-ils ?) seront en terrain connu et quasiment conquis.

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Formellement, KZ9 fonctionne sur une trame narrative des plus simplissimes et lapidaires. Des jeunes femmes, promises à une mort atroce et certaine, sont déportées dans le camp KZ9. Claustrées, suppliciées, violées et rudoyées, elles sont condamnées à subir les roueries et les lubricités de tortionnaires aux pulsions satyriasiques. Bruno Mattei ne nous épargne aucun détail. Les sévices sont ici poussés jusqu'à leur paroxysme. Pour les bourreaux "nazillards", il ne s'agit pas seulement de tester et d'expérimenter la résilience du corps humain via toute une salve de décharges électrique et de tortures ignominieuses, mais aussi d'éprouver notre appétence pour le péché de concupiscence.
Indubitablement, Bruno Mattei se montre plutôt philanthrope en termes de barbaques et de tripailles rutilantes.

Au détour d'une saynète rougeoyante, c'est une pauvre détentionnaire qui voit son placenta arraché et cisaillé par des scientifiques peu amènes. Puis, lors d'une partie d'agapes et de priapées, des captifs homosexuels sont sommés de copuler avec la gente féminine. Bruno Mattei ne fait pas vraiment dans la dentelle, mais le cinéaste n'a jamais été spécialement réputé pour son raffinement ni sa bienséance. De surcroît, KZ9 - Camp d'Extermination n'élude pas les archétypes habituels. Le long-métrage se loupe presque totalement sur ses divers protagonistes humains.
On se gausse impérialement des pérégrinations de ses deux médicastres qui s'énamourent avant de croupir et d'agonir sous les railleries et les quolibets de leurs tortionnaires. Seul le prologue final, d'une mélancolie ineffable, permet enfin de concilier tous ces supplices scabreux à une once d'authenticité historique. Si KZ9 souffre inévitablement de la métaphore avec Portier de Nuit, il n'en demeure pas moins une série B probe et recommandable, une première pour Bruno Mattei, surtout dans les colonnes éparses de Cinéma Choc !

Note : 12/20

sparklehorse2 Alice In Oliver