tone deaf

Genre : horreur, thriller (interdit aux - 16 ans) 
Année : 2019
Durée : 1h27

Synopsis : Une femme part à la campagne pour passer un week-end au calme, après avoir perdu son travail et avoir fait imploser sa dernière relation compliquée. Elle loue une maison de campagne à un veuf démodé, qui lutte pour cacher ses tendances pyschopathiques... 

 

La critique :

Indubitablement, le déclin de la "middle class" américaine, le délitement des moeurs, la décrépitude de la populace et le marasme sociologique qui étrillent l'Amérique depuis la Guerre en Iraq ne sont pas les principaux apanages du cinéma dramatique. De temps à autre, le cinéma gore et d'épouvante réactive les plaies béantes et algiques d'une Amérique atone et pusillanime. Et cette débonnaireté ne remonte pas à la Guerre en Iraq, mais probablement à l'orée des années 1970, une décennie qui a vu poindre l'avènement du capitalisme mondialisé.
Déjà, avec The Devil's Reject's (2006), le réalisateur, Rob Zombie, égratignait et brocardait un Oncle Sam sérieusement moribond. Par ailleurs, le metteur en scène poursuivra dans ce didactisme via son remake (très personnel...) d'Halloween en 2007.

Corrélativement, d'autres longs-métrages horrifiques mettent en exergue cette déréliction ostensible. Récemment encore, Get Out (Jordan Peele, 2017) vitupérait cette Amérique encore transie par les démons de l'intolérance et del a xénophobie. Jordan Peele corroborera ce tropisme pour le nationalisme et le colonialisme via le terrifiant Us (2019), un second essai qui s'appesantit davantage sur l'apathie de la classe Afro-Américaine. Comme quoi, l'explosion de la cellule familiale, l'avènement du consumérisme fou, la mort du patriarcat, la crise écologique et surtout l'inflation démographique ne concernent pas seulement les peuplades occidentales, mais le monde dans son ensemble.
Cette amertume généralisée touche toutes les classes sociales. C'est, par ailleurs, ce que tentait de discerner Lucky McKee avec l'effroyable The Woman (2011).

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Un jour ou l'autre, nos comportements normatifs et socialisés tangenteront derechef vers nos pulsions archaïques et primitives. Triste constat... Celui d'une société égotiste qui ostracise et adule à la fois les personnalités sociopathiques les plus notoires. Un oxymore... Qu'ils se nomment Albert Fish, Ted Bundy, Jeffrey Dahmer, John Wayne Gacy ou encore Dennis Rader, tous connaîtront les firmaments de la gloire via les médias et les réseaux sociaux. La vérité, c'est que nous sommes en réalité révulsés, mais surtout fascinés par ces êtres vaniteux, spécieux, fallacieux et turpides qui bravent - sans fard - tous les tabous ultimes de la société civilisée...
A nouveau, ce sont les Etats-Unis qui détiennent le triste record d'individus aux tendances psychopathologiques, nonobstant l'application de la peine capitale. On pourrait gloser, pérorer et disserter incessamment sur les raisons - sociologiques, politiques et sociétales - qui ont conduit l'Oncle Sam vers la sénilité en mode terminale.

Toujours est-il que cette décadence fait également partie des principaux apanages du cinéma d'épouvante. Et c'est ce qu'a parfaitement compris Richard Bates Jr., un metteur en scène qui sévit essentiellement dans le cinéma indépendant. Sa carrière cinématographique débute vers la fin des années 2000 via un court-métrage, Excision (2008). Contre toute attente, ce court-métrage remporte les plébiscites et les satisfécits dans divers festivals. Grisé par ce succès inopiné, Richard Bates Jr. transmute ce format court en un long-métrage éponyme, lui aussi destiné à écumer le marché vidéo. Pourtant, Excision (le film cette fois...) recueille les vivats et les acclamations des thuriféraires du cinéma underground. Excision propose une plongée dans l'horreur psychologique en proposant de sonder l'esprit écervelé de Pauline, une jeune femme de 18 ans, victime d'affabulations oniriques dans lesquelles il est question - entre autres - d'éviscérations chirurgicales. 

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Sur ces entrefaites, Excision honnit et abhorre cette Amérique amorphe, ainsi que cette parentèle qui s'est sciemment éloignée de sa progéniture. Richard Bates Jr. analysera de nouveau cette apoplexie cérébrale à travers Suburban Gothic (2014) et Trash Fire (2016). Vient également s'additionner Tone-Deaf, sorti en 2019. A l'instar des précédents méfaits de Richard Bates Jr., Tone-Deaf n'a pas bénéficié d'une exploitation dans les salles obscures... Ou alors de façon élusive... Mais, via cette nouvelle réalisation en date, Richard Bates Jr. affine son appétence pour des personnages désoeuvrés et en sévère déperdition. En l'espace d'une décennie, le metteur en scène américain s'est donc taillé une solide réputation dans le cinéma indépendant, en particulier dans le cinéma gore ; milieu dans lequel il peut escompter sur toute une pléthore d'aficionados. 

Pourtant, force est de constater qu'il n'a jamais réellement confirmé depuis la sortie d'Excision et que l'on attend désormais ce fameux bréviaire. Reste à savoir si Tone-Deaf est apte - ou non - à devenir cette oeuvre proéminente et référentielle. Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... La distribution du film se compose d'Amanda Crew, Robert Patrick, Hayley Marie Norman, Johnny Pemberton, Nancy Linehan Charles, AnnaLynne McCord, Ray Wise et Kim Delaney. Si Tone-Deaf n'a pas bénéficié d'une diffusion dans les salles obscures (bis repetita...), le long-métrage s'est néanmoins illustré dans divers festivals. D'une manière générale, la presse s'est montrée plutôt avenante et dithyrambique à l'égard de Tone-Deaf. Mais trêve de palabres et de verbiages et passons à l'exégèse du film ! 
Attention, SPOILERS ! (1) Olive vient tout juste de vivre une rupture en plus de perdre son emploi. 

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Confuse et exaspérée, elle écoute le conseil de sa mère et, via un site Internet, loue une demeure en campagne pour la fin de semaine. Lorsqu’elle obtient les clés du propriétaire, Harvey, ce dernier commence à croire que c’est finalement le bon moment de cocher « meurtre » sur sa liste de choses à faire avant qu’il meure (1). Après la mort de sa matriarche, le veuf démodé se transmue subrepticement en psychopathe acariâtre et intarissable... Autant l'annoncer sans ambages. Tone-Deaf se situe dans le sillage et le continuum de la filmographie de Richard Bates Jr. Là aussi, il est question de neurasthénie mentale et d'un homme (Harvey), issu de la plèbe, qui sait ses jours s'égrener...
Inexorablement... Dès lors, le maniaque nous invective de ses interminables facondes sur une société eudémoniste qui s'est enlisée dans l'indifférence, le cosmopolitisme et l'hédonisme à tous crins.

"Frêles existences..." déclame et sermonne le sociopathe désenchanté... Indubitablement, Tone-Deaf opte pour un humour corrosif et sarcastique. Le cinéphile avisé n'aura aucune peine à subodorer cette diatribe - en filigrane - de l'Amérique de Donald Trump. Le duo formé par Amanda Crew et Robert Patrick - par ailleurs en mode antagoniste - fonctionne à merveille. Mention spéciale au comédien Robert Patrick qui retrouve enfin les premiers rôles. L'acteur, en pilotage automatique, porte le film à tout seul sur ses épaules désormais graciles et crépitantes.
Sans lui, Tone-Deaf ne présenterait presque aucun intérêt et serait probablement imbriqué dans les affres de la fastidiosité. En outre, on a toutes les peines du monde à discerner le style affûté de Richard Bates Jr. Parcimonieux, le metteur en scène esquisse quelques thématiques sociologiques et psychasthéniques en filigrane. Formellement, Tone-Deaf se montre beaucoup plus pondéré qu'à l'accoutumée. On se demande comment Richard Bates Jr. a pu se laisser soudoyer par ce scénario indolent tant Tone-Deaf dénote par sa redondance et sa bénignité. 
C'est donc le désappointement qui émane lors du générique final. Se serait-on leurré à ce point sur les réelles aptitudes de Richard Bates Jr. ? Par miséricorde, on préférera oblitérer cette série B adventice et visionner encore (et encore...) le superbe Excision...


Note :
 09/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : https://www.films-horreur.com/movies/tone-deaf/