fragile 2005

Genre : horreur, épouvante, fantastique 
Année : 2005
Durée : 1h33

Synopsis : Amy est une infirmière venue prêter main forte au sein d'un hôpital pour enfants sur le point de mettre la clé sous la porte. La situation est vraiment problématique car avec la fermeture imminente, les fournitures viennent à manquer et le personnel déserte peu à peu les lieux. De plus, la jeune femme ressent une étrange énergie qui ne la rassure pas du tout... 

 

La critique :

Certes, il n'aura pas fallu attendre le succès pharaonique de Rec (Jaume Balaguero et Paco Plaza, 2007) pour voir poindre le cinéma d'horreur espagnol. Déjà, dans les années 1970, le cinéma d'épouvante ibérique peut escompter sur une figure de proue. Son nom ? Les Révoltés de l'An 2000 (Narciso Ibanez Serrador, 1977). A défaut de s'inscrire dans la culture populaire et de traverser ses frontières, ce long-métrage sanguinolent peut au moins s'enhardir d'estourbir plusieurs générations de cinéastes et de thuriféraires. Par ailleurs, Jaume Balaguero et Paco Plaza (encore eux !) n'ont jamais caché leur engouement ni leur effervescence pour cette production licencieuse et indécente.
Les deux auteurs démiurgiques exposeront la quintessence du cinéma d'épouvante espagnol à la face du monde avec Rec (bis repetita), un film de zombies considéré comme novateur à l'époque.

Pourtant, Jaume Balaguero et Paco Plaza n'ont strictement rien inventé. Dixit les propres aveux des deux comparses, le scénario de Rec s'inspire d'un autre bréviaire, Démons (Lamberto Bava, 1987). Seule dissimilitude et pas des moindres, cette série B adventice se déroule dans une salle de cinéma, subrepticement assaillie par des morts-vivants anthropophages. Opportunistes, Jaume Balaguero et son fidèle prosélyte itéreront le même didactisme avec Rec... Sauf que cette fois, les belligérances s'ouvrent dans un immeuble enceint par les forces de police et lui aussi menacé par les échauffourées répétées de zombies affamés.
A raison, Jaume Balaguero et Paco Plaza exultent. Rec devient un véritable phénomène et s'expatrie dans le monde entier.

Charlotte

 

Hélas, ce premier chapitre connaît le même sortilège que toutes les franchises horrifiques à succès. Que ce soit Rec 2 (Jaume Balaguero et Paco Plaza, 2009), Rec 3 - Génesis (Paco Plaza, 2012), ou encore Rec 4 - Apocalypse (Jaume Balaguero, 2014), aucune de ces suites consécutives et alternatives ne réédite les fulgurations du premier volet. A partir du troisième opus, Jaume Balaguero et Paco Plaza décideront de faire cavalier seul et obliqueront vers de nouveaux desseins. Avant d'embrasser une carrière dans le noble et Septième Art, Jaume Balaguero s'affairera à des études de sciences de la communication. Il tangente alors vers la photographie, puis la radio et le journalisme.
Dans un premier temps, il bricole quelques petits courts-métrages, Alicia (1994) et Dias sin luz (1995), par ailleurs inconnus au bataillon et inédits dans nos contrées hexagonales.

A postériori, il enchaîne avec La Secte Sans Nom (1999), son tout premier long-métrage. Ce premier essai corrobore déjà cette dilection pour l'horreur. Les laudateurs du cinéma d'épouvante décèlent dans ce metteur en scène un immense potentiel. Même les critiques acclament sous les vivats cette production aventureuse. A ce jour, La Secte Sans Nom est encore considérée comme l'oeuvre la plus éloquente de Jaume Balaguero. Il confirme ses appétences pour l'effroi avec Darkness (2002), Malveillance (2012) et Muse (2017). Vient également s'additionner Fragile, sorti en 2005.
Certes, il s'agit d'un long-métrage espagnol, mais qui peut néanmoins s'enhardir de coaliser quelques noms issus de l'industrie hollywoodienne, notamment Calista Flockhart, Richard Roxburgh, Gemma Jones, Yasmin Murphy, Colin McFarlane, Michael Pennington et Daniel Ortiz.

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Seule la belle Elena Anaya fait figure d'exception. Certes, Fragile ne connaîtra pas une distribution massive dans nos contrées occidentales. Le film s'illustre néanmoins dans divers festivals, notamment à Barcelone et au Fantastic'Arts dans lesquels il s'arroge plusieurs récompenses sérénissimes. Derechef, la presse et les médias se montrent dithyrambiques et révèrent une production qui tergiverse entre l'horreur, le thriller, le huis clos et le fantastique. Reste à savoir si Fragile mérite - ou non - de telles courtisaneries. Réponse à venir dans les lignes de cette chronique...
Pour camper le rôle principal, celui d'Amy Nicholls, une infirmière frappée par la mélancolie et la contrition, Jaume Balaguero opte pour Calista Flockhart, une comédienne en verve depuis le succès de la série télévisée Ally McBeal.

Pourtant, avant d'officier dans cette série, l'actrice était plutôt coutumière des rôles dramatiques. Elle trouve donc dans Fragile un personnage à la mesure de son érudition. Mais trêve de palabres et de verbiages et passons à l'exégèse du film ! Attention, SPOILERS ! (1) Infirmière américaine au passé douloureux, Amy Nicholls est nommée dans l'hôpital pour enfants Mercy Falls, sur l'île de Wight, qui est sur le point d'être fermé pour cause d'insalubrité. Mais tandis que se prépare le départ des patients et du corps médical, d'étranges incidents ont lieu, dont les premières victimes sont les enfants. Rapidement, Amy se rend compte de l'existence d'une présence paranormale dans le mystérieux bâtiment. Elle se lie d'amitié avec Maggie, une jeune fille renfermée sur elle-même et sur le point de mourir à cause de sa maladie, qui dit connaître une certaine Charlotte avec qui elle communique par l'intermédiaire de cubes.

Delikat

 

Selon les propos de Maggie, Charlotte est "mécanique" et vit seule au deuxième étage de l'hôpital, pourtant condamné depuis 1959… (1) Indubitablement, Fragile n'est pas un film d'épouvante ordinaire. Le film louvoie incessamment entre le drame et l'horreur. Le long-métrage est sans cesse frappé par la douleur, la neurasthénie mentale, la mort et le travail de deuil. Impression accréditée lors du générique final. Jaume Balaguero adresse ce long-métrage nébuleux à une connaissance personnelle. En outre, le metteur en scène n'a jamais caché son extatisme pour les ambiances oppressantes.
Que ce soit Rec, Darkness, La Secte Sans Nom, ou encore Malveillance, toutes ces productions iconoclastes fonctionnent comme des huis clos anxiogènes. Ce n'est pas aléatoire si Jaume Balaguero se réclame du cinéma d'Alfred Hitchcock, un cinéaste à qui il a fait voeu d'obédience.

Fragile ne fait donc pas exception et nous transporter dans un hôpital en voie de déshérence et qui se vide de sa substance. L'intitulé du film fait évidemment référence à l'ostéogenèse imparfaite, soit la maladie des os de verre, et qui caractérise une fragilité osseuse excessive. Mais cette même fébrilité réverbère aussi l'état mental en décrépitude de son héroïne principale, inlassablement poursuivie par un passé ténébreux. Sur ces entrefaites, Fragile prend son temps pour planter son décor et ses divers protagonistes, un peu trop peut-être... Pour les louangeurs du cinéma d'épouvante, il faudra faire preuve de longanimité et patienter longtemps (très longtemps...) avant d'entrapercevoir les premiers balbutiements d'une saynète horrifique. Indiscutablement, Jaume Balaguero prise et affectionne le raffinement de la mise en scène. Seul bémol et pas des moindres, le cinéaste omet de mettre en exergue cette menace indicible qui se tapit quelque part dans les coursives de l'hôpital.

"La fille mécanique se trouve au deuxième étage", s'écrie l'un des jeunes protagonistes, lui aussi condamné à croupir par une maladie incurable. C'est aussi cela Fragile, à savoir cette lutte incessante contre une maladie et surtout un fatum que l'on sait inévitable. Le monstre de Fragile n'est pas une créature comme les autres. Elle aussi est assujettie à la souffrance, aux fêlures, aux excoriations et aux géhennes humaines. Avec davantage d'âpreté et d'hémoglobine, Fragile aurait pu prétendre à revêtir la couronne d'un film culte en devenir. En l'état, ce thriller horrifique se montre beaucoup trop timoré même s'il sied de rappeler ses qualités évidentes.
Calista Flockhart est totalement investie dans la peau de cette infirmière chagrinée. In fine, Fragile s'échine à malmener les fantasmagories oniriques de l'enfance. Dommage que Jaume Balaguero n'ait pas davantage obliqué pour l'horreur brute de décoffrage, sans quoi on tenait là le ou l'un des meilleurs films d'horreur des années 2000. Le potentiel de Fragile est irrécusable, mais on optera allègrement pour Rec, Malveillance et surtout pour La Secte Sans Nom du même réalisateur.

 

 

Note : 13/20

sparklehorse2 Alice In Oliver 

(1) Synopsis du film sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Fragile_(film,_2005)