dernière maison sur la plage

Genre : horreur, thriller, rape and revenge (interdit aux - 16 ans)
Année : 1978
Durée : 1h26

Synopsis : Trois criminels en fuite se réfugient dans une maison sur la plage. Ils y trouvent un groupe de jeunes femmes, venues répéter leur pièce de théâtre. Planqués, les trois brigands mèneront la vie dure aux filles retenues en otages... 

 

La critique :

Ce n'est pas la première fois que Cinéma Choc, votre blog favori (oui, vous avez le droit de vous gausser et de vous esclaffer...), se polarise sur le rape and revenge. Pour souvenance, c'est le film La Dernière Maison sur la Gauche (Wes Craven, 1972) qui acte et officialise la naissance de ce sous-registre du cinéma bis et d'exploitation. Ce dernier obéit - peu ou prou - à la même ritournelle. Une jeune femme frêle et pudibonde est victime des railleries, puis des satyriasis de voyous de passage. Laissée pour morte, cette dernière se relèvera de ses excoriations et de ses blessures.
Elle se transmute alors une femme furibonde et vindicative qui a juré haro sur ses vils oppresseurs. Pour l'anecdote superfétatoire, Wes Craven n'a jamais caché les corrélations matoises entre La Dernière Maison sur la Gauche et La Source (Ingmar Bergman, 1960), soit le film prodrome en matière de rape and revenge.

Mais c'est pourtant The Last House On Dead End Street qui remportera l'accessit et le précieux pactole. En raison de son barbarisme et de sa virulence, le long-métrage écope, de prime abord, d'une interdiction aux moins de 18 ans et n'échappe pas au couperet acéré de la censure. A contrario, cette polémique participe à ériger la notoriété de ce rape and revenge. La Dernière Maison sur la Gauche influence et génère toute une pléthore d'épigones. Les thuriféraires du genre n'omettront pas de stipuler des oeuvres telles que L'été meurtrier (Jean Becker, 1983), Le Vieux Fusil (197), Oeil pour Oeil (Meir Zarchi, 1978), La Traque (Serge Leroy, 1975), Crime à froid (Bo Arne Vibenius, 1974), Irréversible (Gaspar Noé, 2002), L'ange de la vengeance (Abel Ferrara, 1981), ou encore The Horseman (Steven Kastrissios, 2008) parmi les longs-métrages notables.

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En l'occurrence, la décennie 1970 est marquée par toute une floraison de rape and revenge. Cette époque est bouleversée par la mutation des moeurs. Le patriarcat et la phallocratie sont priés de se phagocyter au profit d'une gente féminine sévèrement courroucée et qui réclame davantage d'émancipation. Et c'est exactement ce que traduit, bon gré mal gré, le rape and revenge même s'il sied de notifier que le genre comporte toute une kyrielle d'oeuvres profondément misogynes. Preuve en est avec La Dernière Maison sur la Plage, soit La settima donna de son titre originel, et réalisé par la diligence de Francesco Prosperi en 1978.
Evidemment, vous aurez sans doute subodoré les contiguïtés mutines entre ce pur produit d'exploitation et La Dernière Maison sur la Gauche.

Opportunistes, les producteurs transalpins profitent de la vague du rape and revenge et de la notoriété du film de Wes Craven pour expatrier La Dernière Maison sur la Plage au-delà de ses frontières italiennes. Quant à Francesco Prosperi, le metteur en scène rital est issu du cinéma bis. On lui doit notamment Requiem pour une canaille (1968), Deux trouillards en vadrouille (1970), Le devoir conjugal (1970), Le coriace (1971), Les aventures incroyables d'Italiens en Russie (1973), L'autre côté du parrain (1973), ou encore L'Emprise des cannibales (1980). On tient donc là un véritable tâcheron chevronné (si j'ose dire...) de la série B.
En outre, La Dernière Maison sur la Plage reste sans doute son long-métrage le plus proverbial. 
Les avis et les critiques sont plutôt circonspects. 

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Si certains adulateurs du rape and revenge encensent les qualités erratiques de cette production impécunieuses, d'autres tancent et fustigent un thriller horrifique beaucoup trop académique. Reste à savoir si La Dernière Maison sur la Plage justifie - ou non - son visionnage. Réponse à venir dans les lignes éparses de cette chronique... Toujours est-il que le film de Francesco Prosperi écope d'une interdiction aux moins de 16 ans. Certes, La Dernière Maison sur la Plage fait davantage office de huis clos et de thriller. Pourtant, il est généralement répertorié dans la catégorique horrifique. La distribution de ce rape and revenge ne risque pas de vous évoquer grand-chose, à moins que vous connaissiez les noms de Florinda Bolkan, Ray Lovelock, Flavio Andreini, Stefano Cedrati, Sherry Buchanan, Laura Tanziani, Laura Trotter et Karina Verlier ; mais j'en doute...

Attention, SPOILERS ! (1) Après un braquage sanglant dans une banque s'achevant par la mort d'un passant (une femme mourra plus tard des suites de ses blessures), trois malfrats prennent la fuite à bord d'une DS Citroën. Leur butin en poche, les braqueurs ont besoin de trouver rapidement une planque avant la mise en place de barrages de police. Leur choix se porte sur une belle villa isolée au sommet d'une colline et au bord de la mer. Le trio, composé d'Aldo, Walter et Nino, doit aussi composer avec les ennuis mécaniques de leur véhicule. Ils ne savent pas encore que la propriété appartient à une institution religieuse, et que ses occupants du moment sont de jeunes étudiantes venues passer quelques jours dans cet endroit idyllique afin de préparer leurs examens de fin d'année. 
Elles sont cinq au total, plus une femme de ménage, sans oublier Soeur Cristina, chargée de l'encadrement.

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Les truands investissent les lieux. Dès lors, ils vont se livrer aux pires exactions envers les malheureuses : humiliations, viols, jusqu'au meurtre... (1). Si La dernière maison sur la plage entretient évidemment quelques accointances narquoises avec La Dernière Maison sur la Gauche, la métaphore s'arrête bien là. En termes de qualité, on se rapproche davantage de La Maison au fond du Parc (Ruggero Deodato, 1980), une oeuvre gore et trash qui ne restera pas vraiment dans les annales. Au niveau de sa matrice et de son référentiel, La Dernière Maison sur la Plage fait également voeu d'obédience à Orange Mécanique (Stanley Kubrick, 1971). Là encore, la comparaison s'arrête bien là.
Si le cheminement scénaristique du film est plutôt rudimentaire via un schéma narratif des plus prévisibles (un cambriolage, des truands qui assaillent la gente féminine, de la torture, du viol et une vengeance irréfragable), l'interprétation est loin d'être inoubliable.

Au mieux, les comédiens sont amorphes, voire monolithiques. Sur ces entrefaites, il est difficile d'adhérer aux inimitiés ambiantes, ainsi qu'à ces parties d'agapes et de priapées. Nonobstant son prologue final en apothéose, La Dernière Maison sur la Plage suinte la misogynie à plein nez. La conclusion finale n'est qu'une habile finauderie pour tenter d'esquiver les furibonderies des mouvements féministes. Pour le reste, La Dernière Maison sur la Plage s'approxime à une sorte de huis clos anxiogène qui louvoie incessamment entre le thriller, le home invasion l'horreur et les lascivités de circonstance. Côté gore, les aficionados les plus patentés du genre sont sommés de quitter prestement leur siège et de retourner gentiment dans leurs pénates. Que reste-t-il alors de La Dernière Maison sur la Plage ?
Réponse : un rape and revenge dans la tonalité et la filiation de ses illustres homologues, mais guère davantage. Maigre consolation, au détour de toutes ces belligérances, le spectateur probablement frustré pourra au moins se contenter d'un thriller turpide et malsain. 
Allez, par miséricorde, nous attribuerons une mention passable, mais le film mérite sans doute moins, beaucoup moins...

 

 

Note : 10/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : https://www.psychovision.net/films/critiques/fiche/2004-derniere-maison-sur-la-plage-la