La_Quatrieme_Dimension film

Genre : fantastique, épouvante
Année : 1983
Durée : 1h42

Synopsis : Quatre épisodes de La Quatrième dimension revisités par quatre grands cinéastes hollywoodiens... 

 

La critique :

"Il existe une dimension au-delà de ce qui est connu de l'Homme ; c'est une Dimension aussi vaste que l'Univers et aussi éternelle que l'Infini : elle est à la croisée de l'ombre et de la lumière, de la science et de la superstition, elle est le point de rencontre des ténèbres crées par les peurs ancestrales de l'Homme et de la lumière de son savoir, c'est la dimension de l'imagination, un domaine que nous avons baptisé... La quatrième dimension". Telle est la longue emphase liminaire de la série La Quatrième Dimension, soit The Twilight Zone dans l'idiome de Shakespeare.
Produite entre 1959 et 1964, cette série télévisée fantastique et d'épouvante, réalisée par la diligence de Rod Serling, sera diffusée pour la première fois sur la chaîne de télévision américaine CBS. Dixit les propres aveux de son auteur démiurgique, La Quatrième Dimension a pour principal leitmotiv "de frapper le téléspectateur, de le choquer par la chute toujours inattendue, surprenante et singulière de chacune de ces histoires".

Ainsi, cette série télévisée se fragmente en cinq saisons, soit 138 épisodes de 25 minutes et 18 épisodes de 50 minutes. Il serait évidemment fastidieux de décortiquer chaque saison, ainsi que chaque épisode de The Twilight Zone, d'autant plus que ce n'est pas le but de cette chronique. Toujours est-il que cette série fantastique et horrifique aborde déjà, avec beaucoup de prescience et de finauderie, les nouvelles tares d'une société encore tarabustée par la fin de la Seconde Guerre mondiale et surtout par les premiers balbutiements de la Guerre Froide. Dans La Quatrième Dimension, les principales thématiques oscillent entre la peur du nucléaire et d'une Troisième Guerre mondiale putative, de la folie des hommes, de notre propre esseulement et condition humaine.
Il s'agit d'amener le spectateur à ergoter et ratiociner sur des questions à la fois objectives, normatives et métaphysiques.

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Par ailleurs, le concept même de quatrième dimension renvoie notamment à l'astronomie et plus largement à la science quantique. Pour Rod Serling, la quatrième dimension correspondrait à un univers ineffable, où il est à la fois question de temps, de philosophie et d'esprit. Or, ce même concept coalise un champ beaucoup plus vaste et hétéroclite. Beaucoup d'épisodes vont estourbir les persistances rétiniennes et marquer plusieurs générations de cinéphiles et de cinéastes. Parmi les épisodes les plus référencés, on peut notamment stipuler les titres suivants : "Comment servir l'homme" (Saison 3, épisode 24), "Solitude" (Saison 1, épisode 1), "L'Abri" (Saison 3, épisode 3), "Les envahisseurs" (Saison 2, épisode 15), ou encore "Cinq personnages en quête d'une sortie" (Saison 3, épisode 14).
Chaque épisode de La Quatrième Dimension part d'une situation à priori anodine qui débouche subrepticement vers le fantastique, le fantasmagorique et le paranormal.

Même les plus éminents cinéastes américains ont fait voeu d'allégeance à cette série prédominante et incontournable. Il était donc logique, qu'un jour où l'autre, John Landis, Steven Spielberg, Joe Dante et George Miller s'associent pour produire et réaliser La Quatrième Dimension - Le Film, sorti en 1983. Contre toute attente, cette adaptation de la célèbre série télévisée n'éludera pas le couperet du scandale et de la polémique. Lors du tournage, l'acteur Vic Morrow et deux enfants vietnamiens décèdent dans un accident d'hélicoptère.
John Landis est sommé de d'expliquer devant les tribunaux. Après de longs louvoiements et atermoiements, le metteur en scène sera finalement acquitté. Pour le reste, La Quatrième Dimension - Le Film a reçu un accueil plutôt mitigé de la part des critiques et des médias spécialisés. 

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En outre, les principales saillies admonestent une adaptation un peu trop timorée. Avec John Landis, George Miller, Steven Spielberg et Joe Dante derrière la caméra, les spectateurs étaient légitimement en droit d'attendre une adaptation beaucoup plus probante et soyeuse. Or, La Quatrième Dimension - Le Film se contente benoîtement de mimer et de psalmodier certains épisodes de la série originelle. Or, une telle adaptation méritait sans doute un peu plus de malice et d'imagination. Telle serait sans doute la leçon dogmatique prodiguée par Rod Serling lui-même à l'aune de ce long-métrage. Reste à savoir si La Quatrième Dimension - Le Film mérite - ou non - de telles circonspections. Réponse à venir dans les lignes de cette chronique...
Ainsi, cette adaptation se fractionne en plusieurs segmentations bien distinctes : un prologue, puis quatre sketches à vocation horrifique.

La distribution de ce long-métrage se compose de Dan Aykroyd, Albert Brooks, Scatman Crothers, Bill Quinn, Kathleen Quinlan, Dick Miller, Nancy Cartwright et John Lithgow. Attention, SPOILERS ! (1) Prologue : Une route déserte, au beau milieu de la nuit. Dans une voiture, deux hommes jouent à se faire peur. Evidemment, la situation dérape lorsque le conducteur pénètre dans la quatrième dimension... Premier épisode (Remake de l'épisode "La grandeur du pardon") : En sortant d'un bar où il a émis haut et fort ses opinions racistes, Bill se retrouve dans la peau d'un Juif en France occupée, dans celle d'un Noir pourchassé par le Ku Klux Klan et dans celle d'un Asiatique en pleine guerre du Viêt Nam. Son cauchemar se termine dans un train en route pour un camp de concentration.
Seconde épisode (remake de l'épisode "Jeux d'enfants") : Dans un hospice de vieillards, un certain monsieur Bloom réapprend l'enfance aux pensionnaires, qui retrouvent miraculeusement l'apparence de leur enfance.

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Troisième épisode (remake de l'épisode "C'est une belle vie") : Un jeune garçon utilise d'étranges pouvoirs pour retenir prisonnier dans un univers de dessin animé un groupe de gens qu'il force à jouer sa famille. Quatrième et dernier épisode (remake de l'épisode "Cauchemar à 20 000 pieds") : Un homme paniqué de prendre l'avion, voit une étrange créature (gremlin en anglais) juchée sur l'aile, en train de dépecer le moteur. En tirant un coup de feu à travers le hublot, il met en fuite le monstre. À l'atterrissage, on constate que Valentin n'est pas aussi fou qu'il en a l'air. Il quitte l'aéroport dans une ambulance conduite par le passager du prologue (1).
Depuis la sortie de La Quatrième Dimension entre la fin des années 1950 et l'orée des années 1960, nombreuses sont les séries à avoir paraphrasé la série mythique de Rod Serling.

Même le noble Septième Art tentera lui aussi de s'immiscer dans cette dimension énigmatique. Le found footage, les Paranormal Activity, ou le cinéma d'épouvante de James Wan doivent leurs principaux atours à La Quatrième Dimension. Hélas, personne ni aucun film n'est parvenu à réitérer la frousse ni l'effroi de cette série anthologique. Pas même La Quatrième Dimension - Le Film. Pourtant, le prologue inaugure une adaptation affable et munificente. Contre toute attente, John Landis et son consortium de réalisateurs pourtant aguerris sabordent l'essence même de la série de Rod Serling. Pour souvenance, The Twilight Zone (la série) reposait - entre autres - sur une conclusion finale en apothéose, serinant inlassablement le spectateur par sa turpitude.
Or, à l'exception du chapitre final de ce long-métrage, le bien nommé "Cauchemar à 20 000 pieds", La Quatrième Dimension - Le Film se montre beaucoup trop doucereux et croquignolet pour convaincre sur la durée.

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"Vous voulez vraiment claquer des dents ?", telle est la question posée lors d'un préambule plutôt efficace. Hélas, la suite s'achemine sur une route escarpée. Faute d'effroi et de tressaillements, le long-métrage gage surtout sur les épigrammes et les gaudrioles. Sous l'égide de "Spielby" et de son équipe, le matériel de Rod Serling se transmue en satire sardonique. Non seulement, les quatre courts-métrages prodigués ne reproduisent absolument pas le choc des épisodes qu'ils rabâchent à satiété, mais en plus les diverses segmentations manquent singulièrement d'éloquence. Certes, certains thuriféraires de longue date apprécieront peut-être cette adaptation en mode référentiel, ainsi que de nombreux clins d'oeil qui mentionnent la série de Rod Serling.
Mais, en l'occurrence, le spectateur hébété devra se contenter de vaches maigres et d'une adaptation à la fois pingre et frugale. On aurait aimé que Steven Spielberg et ses prosélytes nous surprennent en nous conviant dans l'antre du fantastique et de l'horreur. Sur ce dernier point, Steven Spielberg et ses ouailles nous entraînent dans une adaptation plutôt honorable qui ravira peut-être les néophytes. 
A raison, les adulateurs de longue date préféreront derechef se polariser sur la série. Sinon, c'est tout ? Oui, c'est tout...

Note : 11.5/20

 

 

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(1) Synopsis du film : https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Quatri%C3%A8me_Dimension_(film)