urge to kill

Genre : horreur, érotique, inclassable, expérimental (interdit aux - 16 ans)
Année : 1989
Durée : 1h22

Synopsis : (1) Les aventures sexuelles de Bono Zoro, un producteur de disques comptant profiter de sa position pour palper de jeunes chanteuses en devenir. Mais en plus du sens des affaires, notre homme a le vice de l'informatique. Un ordinateur qu'il nomme S.E.X.Y. gère entièrement sa garçonnière, de la douche au magnétoscope, en passant par les lampes à bronzer, répondant au doigt et à l’œil aux attentes de son propriétaire, enregistrant même ses performances charnelles. Manque de chance, l'incessant ballet de gourdes et prostituées finit par saturer la mémoire de la brave machine. S.E.X.Y. devient possessive au point de vouloir effacer toutes potentielles rivales de chair et de sang ... Et se permet même d’apparaître sous la forme d’une bimbo futuriste peinte de dorure verdâtre à même la peau (1). 

 

La critique :

Le cinéma underground recèle de pellicules régressives, transgressives et dénotatives. Ce n'est pas aléatoire si l'éditeur Uncut Movies s'est spécialisé dans les films trash, et en particulier vers des productions rarissimes et singulières. Il suffit de regarder leur catalogue et leur collection pour se rendre compte de l'éclectisme du cinéma underground. Par exemple, le cinéma gore germanique tient une place prépondérante dans le catalogue Uncut Movies. Ainsi, des auteurs tels qu'Andreas Bethmann (Exitus Interruptus, Demon Terror et Angel of Death 2), Timo Rose (Barricade) et Andreas Schnaas (Antropophagous 2000) sont des auteurs plébiscités par Uncut Movies.
Les productions Troma viennent également s'additionner aux inimitiés via l'inénarrable Poultrygeist - Night of the Chicken Dead (Lloyd Kaufman, 2006).

La particularité d'Uncut Movies ? Tous les films répertoriés dans leur catalogue ont été édités à seulement mille exemplaires et sont généralement soumis à l'ultime réprobation, soit une interdiction aux moins de 18 ans. Parmi toutes ces productions rutilantes, on trouve à la fois des séries B, des séries Z, ainsi que des longs-métrages amphigouriques et probablement réalisés lors de soirées un peu trop avinées. Preuve en est avec Urge To Kill, aussi connu sous le nom d'Attack of the Killer Computer, et réalisé par la diligence de Derek Ford en 1989.
Ce metteur en scène britannique est loin d'être un néophyte dans l'industrie cinématographique. En l'occurrence, on tient ici un véritable parangon du cinéma d'exploitation, en particulier dans les "sexy movies", et donc dans des productions qui louvoient entre épouvante et érotisme. Tout un programme !

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Les thuriféraires du cinéaste (mais enfin, qui sont-ils ?) n'omettront pas de stipuler des oeuvres telles que This, That and the Other (1969), Groupie Girl (1970), The Wife Swappers (1970), Secret Rites (1971), Suburban Wives (1971), Commuter Husbands (1972), Sex Express (1975), The Sexplorer (1975), ou encore What's Up Superdoc ! (1978) parmi les longs-métrages notables et éventuellement notoires... Toutefois, cette susdite notoriété est évidemment à minorer puisqu'aucun des films notifiés n'a connu une distribution - même élusive - dans nos contrées hexagonales. A ce jour, Urge To Kill reste sans aucun doute le métrage le plus proverbial de Derek Ford.
Vous l'avez sans doute compris, renâclé et même subodoré. On tient là un véritable tâcheron du cinéma bis et d'exploitation.

Quant à Urge To Kill, les avis des adulateurs du cinéma trash sont plutôt pondérés. Si certaines critiques extatiques louent et déifient le film pour son aspect à la fois bordélique et iconoclaste, d'autres contempteurs se montrent beaucoup plus dubitatifs. Ces mêmes dépréciateurs brocardent et admonestent une pellicule, certes inconvenante, mais qui manque singulièrement d'hémoglobine et de barbaque pour satisfaire son audimat. Reste à savoir si Urge To Kill mérite - ou non - le visionnage. Réponse à venir dans les lignes éparses de cette chronique...
En outre, le long-métrage de Derek Ford a écopé d'une interdiction aux moins de 16 ans. Toutefois, il est vrai qu'à l'aune des belligérances, Urge To Kill ne mérite pas une telle réprobation. Il doit sa réputation sulfureuse sa seule présence dans le catalogue Uncut Movies et jouit d'une réputation plutôt flatteuse auprès de certains invétérés du cinéma underground.

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La distribution de cette bisserie impécunieuse risque de ne pas vous évoquer grand-chose, à moins que vous connaissiez les noms de Peter Gordeno, Sarah Hope Walker, Jeremy Mark, Tiga Adams, Sarah Jane Palmer, Sally Ann Balaam, Maria Harper et Joanne Breck ; mais j'en doute... Attention, SPOILERS ! (1) Les aventures sexuelles de Bono Zoro, un producteur de disques comptant profiter de sa position pour palper de jeunes chanteuses en devenir. Mais en plus du sens des affaires, notre homme a le vice de l'informatique. Un ordinateur qu'il nomme S.E.X.Y. gère entièrement sa garçonnière, de la douche au magnétoscope, en passant par les lampes à bronzer, répondant au doigt et à l’œil aux attentes de son propriétaire, enregistrant même ses performances charnelles.
Manque de chance, l'incessant ballet de gourdes et prostituées finit par saturer la mémoire de la brave machine.

S.E.X.Y. devient possessive au point de vouloir effacer toutes potentielles rivales de chair et de sang ... Et se permet même d’apparaître sous la forme d’une bimbo futuriste peinte de dorure verdâtre à même la peau (1). Non, l'avènement du numérique et de l'informatique n'est pas le seul leitmotiv du cinéma de science-fiction. Dans le cas d'Urge To Kill - Attack of the Killer Computer, on pourrait à la fois invoquer une oeuvre qui louvoie entre l'anticipation (mais très peu, finalement), l'horreur (toujours de façon évasive), l'érotisme fleur bleue, l'ésotérisme et l'expérimental.
Indubitablement, Urge To Kill est un film marqué et scellé à tout jamais par la décennie 1980. Ici, les couleurs sont à la fois criardes, irisées et fluorescentes. De facto, merci d'oblitérer l'affiche du film ! Certes, cette oriflamme rougeoyante arbore une jeune femme qui se sustente de quelques gouttelettes de sang imprégnant le bout d'une hache.

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Un argument de vente comme un autre... Seul bémol et pas des moindre, les aficionados de gore et de tripailles risquent d'être sérieusement décontenancés par l'absence de toute érubescence. Côté trash, Urge To Kill se montre particulièrement parcimonieux. Les amateurs patentés de boyaux et d'éviscérations à tous crins sont donc priés de quitter expressément leur siège et de retourner gentiment dans leurs pénates. Formellement, Urge To Kill n'a pas de telle velléités sanguinolentes. En outre, Urge To Kill suinte avant tout le dilettantisme à plein nez.
Derek Ford a toutes les peines du monde à diriger ses comédiens, très en peine pour évoquer la moindre expression faciale. Mention particulièrement à Peter Gordeno et son sourire cabotin. Non, Urge To Kill n'est pas cette oeuvre soyeuse qui imprimera et estourbira le noble Septième Art, loin de là.

Le long-métrage de Derek Ford se situe à la lisière du nanar et du navet patenté. En l'occurrence, le film échappe de justesse à notre courroux fatidique par cette curieuse fascination qu'il procure. Cette même dilection se trouve sans doute dans cette diatribe du consumérisme que le métrage déploie en filigrane. Au niveau scénaristique, Urge To Kill - Attack of the Killer Computer narre, in fine, les tribulations d'un producteur à l'ère du numérique. Bon gré mal gré, ce long-métrage préfigure notre appétence pour la technologie, le confort, l'eudémonisme et cette vie de farniente. Ce n'est pas aléatoire si le film s'approxime à une sorte de huis clos faussement anxiogène, et se déroulant exclusivement dans l'appartement opulent de son héros principal.
En l'occurrence, le producteur débonnaire paiera cher pour son oisiveté et cette recherche avide de placidité. Hélas, ces thématiques, pourtant captivantes, auraient mérité un bien meilleur étayage. A raison, les adeptes du cinéma d'horreur n'y verront qu'un film joyeusement obsolescent, voire lénifiant. Les autres trouveront peut-être dans cette oeuvre quelques arguties à revendre. Mais, dans l'ensemble, Urge To Kill reste tout de même un film indolent, aussi curieux que désappointant. Ma note finale fera donc preuve de miséricorde...

Note : 09/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : http://www.ecranbis.com/2014/01/the-urge-to-kill-critique-et-test-dvd.html