paris interdit film

Genre : documentaire, "documenteur", shockumentary, "Mondo", érotique (interdit aux - 18 ans au moment de sa sortie, interdit aux moins de 16 ans aujourd'hui)
Année : 1969
Durée : 1h20

Synopsis : Mélange de documentaire et de fiction, une suite de saynètes sur un mariage de travestis, une chorale de freaks et une conductrice nue au volant de sa voiture… 

 

La critique :

Vous l'avez sans doute remarqué, voire subodoré. Depuis quelques semaines, quelques mois, voire quasiment depuis une année, Cinéma Choc a fait du "Mondo", du shockumentary et du death movie ses principaux leitmotivs. A travers différentes chroniques, le nom de Mondo Cane (Gualtiero Jacopetti, Franco Prosperi et Max Cavalara, 1962) est apparu à moult reprises et a dû logiquement imprimer vos persistances rétiniennes. Via ce "documenteur" transi de véracité (un oxymore...), Mondo Cane acte et officialise la naissance du "Mondo" dans le cinéma underground.
Le principe de ce shockumentary consiste à scruter et à discerner les us et les coutumes de peuplades séculaires à travers le monde. Sur la forme, Mondo Cane revêt à la fois les oripeaux d'un documentaire anthropologique et d'un long-métrage iréniste.

A priori, l'objectif de Gualtiero Jacopetti et ses fidèles prosélytes est de sonder toute la cruauté et l'obséquiosité du genre humain. Certes, plusieurs milliers d'années se sont écoulés. Certes, la technologie et la science nous ont permis d'éradiquer certaines maladies malignes et d'améliorer considérablement nos modes de vie. A contrario, nonobstant ce progrès scientifique, l'homme est toujours assujetti à son cerveau pulsionnel et archaïque. Ce n'est pas aléatoire si le titre "Mondo Cane", traduit de l'italien, signifie "un monde de chiens". Grisés par ce succès inopiné, Gualtiero Jacopetti et Franco Prosperi réitèreront la même rhétorique scopophile l'année suivante via Mondo Cane 2 - L'Incroyable Vérité (1963). A l'instar de son auguste antécesseur, Mondo Cane 2 s'ébaudit de cette frontière ténue entre la fiction et la réalité. Toutes les saynètes tournées, sans exception, sont savamment fomentées par Gualtiero Jacopetti et son acolyte.

Les susdites peuplades sont en réalité des comédiens anonymes et amateurs. Dixit les propres aveux de leurs auteurs, la plupart des séquences de Mondo Cane 2 sont des chutes qui n'ont pas été retenues pour le premier volet. Mais peu importe. Quelques années plus tard, le "Mondo" franchira encore un palier supplémentaire dans l'indécence et la scabrosité en obliquant vers la paupérisation du continent africain. Ainsi, Africa Addio (Gualtiero Jacopetti et Franco Prosperi, 1966), Africa Ama (Angelo et Alfredo Castiglioni, 1971), Mondo Magic (Angelo et Alfredo Castiglioni, 1975), Les Négriers (Gualtiero Jacopetti et Franco Prosperi, 1971), ou encore Addio Ultimo Uomo (Angelo et Alfredo Castiglioni, 1978) dénoncent et semoncent l'exploitation de l'Afrique via le mondialisme et les effets délétères de la colonisation. Cette fois-ci, le "Mondo" dérive vers la pornographie, la torture ad nauseam et les snuffs animaliers. 

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D'autres contrées exotiques seront visitées par des réalisateurs peu scrupuleux et adeptes de l'opportunisme. A cet égard, les thuriféraires de ce sous-registre du cinéma trash et d'exploitation n'omettront pas de stipuler des oeuvres telles que Shocking Asia (Rolf Olsen, 1974), Naked and Cruel (Bitto Albertini, 1984), L'Amérique Interdite (Rolf Olsen, 1977), Savage Man Savage Beast (Antonio Climatti et Mario Morra, 1975) ou encore l'inénarrable Saint-Tropez Interdit (José Bénazéraf et Georges Cachoux, 1984) sont autant de tentatives, plus ou moins probantes, de soudoyer le public vers davantage de lascivités. Même notre capitale parisienne n'échappera pas à l'oeil scoptophile du "Mondo" et du shockumentary. Autrement dit, il était temps (ou pas...) de se focaliser à la fois sur les folies, les élucubrations et les extravagances parisiennes.

Ainsi, Paris Secret (Edouard Logereau, 1964), Paris Top Secret (Pierre Roustang, 1969) et Paris Interdit (Jean-Louis van Belle, 1969) forment une sorte de trilogie du vice, du stupre et de la turpitude concentrés sur pellicule. Autant exploiter le filon jusqu'à plus soif ! Aujourd'hui, c'est le cas de Paris Interdit qui fait l'objet d'une chronique dans nos colonnes éparses ! Pour ceux qui révèrent et sacralisent - à raison - le site Nanarland, ils trouveront quelques informations supplémentaires sur ce nanar filmique venu d'une autre planète en cliquant sur le lien suivant (Source : http://www.nanarland.com/glossaire-definition-112-M-comme-mondo-ou-mondo-movie.html).
A la fois acteur, cinéaste, scénariste et producteur, Jean-Louis van Belle a essentiellement sévi dans le cinéma bis. 

Les adulateurs du metteur en scène (mais enfin, qui sont-ils ???) n'omettront pas de mentionner des oeuvres telles que Perverse et docile (1971), Le sadique aux dents rouges (1971), Les singes font la grimace (1972), Pervertissima (1972), ou encore Dédé la tendresse (1974) parmi les métrages notables et éventuellement notoires. Autant l'annoncer sans ambages. Via Paris Interdit, on tient là l'une des plus belles duperies et supercheries en matière de "Mondo". Hasard ou pas, on retrouve le nom de Thierry Ardisson derrière cette forfaiture sur pellicule. Evidemment, à l'instar de Mondo Cane en son temps, les séquences de Paris Interdit ne sont pas réelles, mais interprétées par des acteurs à la dérive. Par ailleurs, Jean-Louis van Bell vient lui aussi s'additionner dans ce casting de bras cassés. Contre toute attente, Paris Interdit n'éludera pas le couperet acéré de la polémique et de la censure. 

 

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Au moment de sa sortie, ce pseudo shockumentary écope de l'ultime animadversion, soit d'une interdiction aux moins de 18 ans. Sévèrement effarouché, le gouvernement français de l'époque exhorte Jean-Louis van Belle à retirer plusieurs séquences, jugées trop âpres et virulentes à l'époque. Mais trêve de palabres et de verbiages, et passons à l'exégèse du film. Attention, SPOILERS ! Paris Interdit est, comme son intitulé l'indique, un "Mondo" parisien. Au détour des pérégrinations de Jean-Louis van Belle, quinze portraits différents sont analysés.
Ainsi, le préambule de ce "documenteur" s'ouvre sur une jeune femme adepte du nudisme et qui circule sur les Champs Elysées complètement dévêtue. Pour le reste, le spectateur éberlué assistera à la résurgence d'un vampire qui se délecte du sang d'un bovidé pour calmer ses ardeurs sanguinolentes.

Viennent également s'agréger une thérapie de groupe qui s'adresse à des "freaks" et à des personnes handicapées, un coiffeur pour morts, un couple qui se pare de précieux atours en caoutchouc pour échapper à la fin du monde et à la menace d'une troisième guerre nucléaire, une réunion d'anciens nazis qui sombre dans les brimades, les expectorations et les persiflages ; ou encore à un père de famille qui s'adonne au transformisme devant les yeux médusés de son entourage et de quelques enfants hilares. Voilà pour l'ensemble des inimitiés ambiantes ! Sur ces entrefaites, inutile de préciser que Paris Interdit a bien souffert du poids des années.
Surtout, ce "documenteur" ne recule derrière aucune excentricité. Mention spéciale à cette femme sexagénaire qui commandite les services d'un taxidermiste pour empailler son chien.

Certes, Paris Interdit oblique alors vers le snuff animalier. La séance sera intégralement filmée par la caméra opportuniste de Jean-Louis van Belle. Hélas, cette relative scabrosité sera expressément minorée lorsque le taxidermiste enregistrera les aboiements du canidé, une façon comme une autre de ne pas oublier le plus fidèle ami de l'homme ! Paris Interdit n'a donc pas usurpé son statut de nanar ubuesque et racoleur ! Paradoxalement, au détour de toutes ses facéties involontaires, ce "documenteur" met en exergue une société française en pleine permutation sociologique et sociétale. Déjà, à l'époque, on voit poindre les premiers ânonnements du consumérisme à tous crins, les premiers balbutiements du féminisme, ainsi que l'effondrement du patriarcat.
En ce sens, Paris Interdit reste un "Mondo" instructif malgré lui, à condition de faire fi de sa mise en scène soporifique, de ses saynètes funambulesques et de son aspect suranné et obsolescent.

Côte : Nanar

sparklehorse2 Alice In Oliver