godfathers of mondo

Genre : documentaire, horreur, gore, trash, extrême, shockumentary, "Mondo" (interdit aux - 18 ans)
Année : 2003
Durée : 1h29

Synopsis : Un regard sur les carrières concomitantes de Gualtiero Jacopetti et Franco Prosperi qui ont inventé le genre "Mondo" via la réalisation de Mondo Cane (1962). Ce tout premier "documenteur" sera à la fois la manne providentielle et une véritable calamité pour ses auteurs. Les deux comparses n'éludent pas les quolibets ni les persiflages de circonstance. Ils corroboreront ce tropisme pour la polémique avec leurs films suivants jusqu'à leur séparation après la sortie de Les Négriers en 1971. 

 

La critique :

Pour ceux et celles qui suivent (encore...) l'actualité et la ligne rédactrice de Cinéma Choc, ils doivent sans doute maudire le blog pour son appétence pour le "Mondo", le death movie et le shockumentary. Indubitablement, depuis quelques semaines, quelques mois, presqu'une année maintenant, ces genres rutilants prolifèrent sur le site. Il était donc logique, voir inhérent, de se polariser un jour ou l'autre sur ces sous-registres du cinéma underground et d'exploitation. A l'origine, le "Mondo" a pour vocation de dénoncer et de semoncer toutes les turpitudes du genre humain.
Une chimère... En montrant la violence de façon brutale, nihiliste et radicale, le "Mondo" flatte davantage nos tropismes pour l'hédonisme et cette scopophilie maladive. Notre engouement pour le consumérisme s'affinera encore davantage avec l'essor de la globalisation quelques années plus tard.

Et c'est ce qu'ont parfaitement compris Gualtiero Jacopetti, Franco Prosperi et Max Cavala en leur temps via Mondo Cane (1962). Avec le recul, ce "documenteur" d'avant-garde reste un long-métrage proéminent et qui laissé derrière lui des cicatrices et des fêlures indélébiles. C'est ce que tente de discerner l'excellent documentaire, intitulé The Godfathers of Mondo, réalisé par la diligence de David Gregory en 2003. En outre, ce metteur en scène est loin d'être un noviciat dans l'industrie cinématographique. David Gregory a fait du documentaire son principal leitmotiv.
On lui doit notamment des oeuvres telles que The Joe Spinell Story (2001), Raquel Welch in the valley of the dinosaurs (2002), Discovering Evil Dead (2002), Alien arrives on Earth (2003), Lloyd Kaufman goes Hollywood (2004), Memories of Russ (2006), Sexo Canibal (2008), ou encore le segment "Sweets" pour le film The Theatre Bizarre (2011).

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Pas besoin d'être un extralucide pour subodorer l'effervescence de David Gregory pour le cinéma horrifique en général et pour le cinéma bis en particulier. Il n'est pas surprenant de retrouver le cinéaste derrière un documentaire consacré entièrement aux "Mondo", et plus précisément sur la carrière de Gualtiero Jacopetti et Franco Prosperi. A juste titre, ces journalistes, grimés en réalisateurs pour l'occasion, sont aujourd'hui considérés comme les augustes patriarches du "Mondo". John Alan Schwartz (le réalisateur de Faces of Death), Todd Tjersland (l'auteur démiurgique de la saga Faces of Gore) et autres Damon Fox (le producteur de la série Traces of Death) peuvent logiquement déifier et sacraliser ce duo atypique et iconoclaste. Mais trêve de palabres et de verbiages, et passons à l'exégèse de The Godfathers of Mondo ! Attention, SPOILERS ! Un regard sur les carrières concomitantes de Gualtiero Jacopetti et Franco Prosperi qui ont inventé le genre "Mondo" via la réalisation de Mondo Cane (1962).

Ce tout premier "documenteur" sera à la fois la manne providentielle et une véritable calamité pour ses auteurs. Les deux comparses n'éludent pas les quolibets ni les persiflages de circonstance. Ils corroboreront cette intempérance pour la polémique avec leurs films suivants jusqu'à leur séparation, après la sortie de Les Négriers (soit Goodbye Oncle Tom de son titre originel) en 1971. Certes, on pourrait sans doute s'amuser à répertorier tous les "documenteurs" qui ont fait voeu d'allégeance à Mondo Cane. Qu'ils se nomment Mondo Freudo (Lee Frost, 1966), Mondo Topless (Russ Meyer, 1966), Mondo Oscenità (Joseph P. Mawra, 1966), Mondo Nudo (Francesco de Feo, 1963), ou encore Mondo Balordo (Roberto Bianchi Montero, 1964), toutes ces pellicules licencieuses et indécentes ne sont, in fine, que des palimpsestes dévoyés de Mondo Cane.

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Ce "documenteur" prodrome en la matière a donc influencé et engendré toute une pléthore d'épigones, au grand dam de Gualtiero Jacopetti et de ses fidèles prosélytes. Sur ces entrefaites, The Godfathers of Mondo se polarise sur les commentaires et les interviews de ces auteurs démiurgiques. A l'exception de Max Cavalara, décédé en 1982, Gualtiero Jacopetti et Franco Prosperi reviennent sur cette collaboration exceptionnelle et surtout sur le concept de Mondo Cane. A l'origine, le syllogisme du film leur est soufflé par un Stelvio Massi avide d'appâter le public via de faux documentaires, mais le réalisateur italien vaque déjà sur d'autres projets.
Qu'à cela ne tienne. Gualtiero Jacopetti, Franco Prosperi et Max Cavalara ont pour dessein de filmer plusieurs oaristys amoureux à travers le monde, mais les producteurs estiment l'idée un peu trop aventureuse.

Que soit. Les trois journalistes prennent leur caméra et entament leur périple autour du monde. Ils découvrent alors des traditions à la fois séculaires et pour le moins singulières. C'est ainsi que se formalise le scénario de Mondo Cane. La suite, vous la connaissez... Stelvio Massi visionne Mondo Cane en avant-première et exhorte Gualtiero Jacopetti et ses pairs à présenter le "documenteur" au festival de Cannes. Si ce shockumentary n'élude pas le couperet acéré de la censure et de la polémique, il s'arroge subrepticement la couronne de fameux Saint-Graal.
Mondo Cane devient expressément un véritable phénomène, non seulement dans ses contrées transalpines, mais également sur la scène internationale. 
Bon gré mal gré, Gualtiero Jacopetti écope du statut - peu enviable - de réalisateur à scandale. 

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On lui prête alors une idylle amoureuse avec une adulescente de 16 ou 17 ans. Plus discret, le nom de Franco Prosperi disparaît des oriflammes, nonobstant sa collaboration active lors du tournage de Mondo CaneGrisés par ce succès inopiné, les producteurs instiguent les deux comparses à renouveler les belligérances via un inévitable Mondo Cane 2 - L'incroyable vérité (1963). Dixit les propres aveux de Jacopetti et Prosperi, les deux journalistes rabrouent et renient l'existence même de ce second chapitre. Il s'agit d'un pur produit d'exploitation qui marche dans le sillage et le continuum de leur auguste antécesseur. Finalement, Jacopetti et Prosperi reviennent à leur projet initial, celui de filmer l'amour à travers le monde. C'est ainsi que naît leur nouvelle collaboration, La femme à travers le monde (1963), un "Mondo" plutôt oubliable et dispensable par ailleurs.

Les deux cinéastes sont sommés de signer un "documenteur" à vocation féministe. Moins âpre et virulent que Mondo Cane, La femme à travers le monde se montre suffisamment affable en termes de lubricités et de protubérances pour flagorner un public lascif et en plein péché de concupiscence. Ce "documenteur" préfigure déjà à l'époque les premiers ânonnements de la libération sexuelle. Mais Jacopetti et Prosperi aspirent à réaliser une oeuvre beaucoup plus véhémente. Ils partent alors en direction de l'Afrique, alors en plein chambardement pour des raisons essentiellement politiques.
Gualtiero Jacopetti et Franco Prosperi risqueront plusieurs fois leur vie pour prendre et enregistrer les futures séquences du terrible Africa Addio en 1966. En termes de "Mondo" et de shockumentary, Africa Addio fait office de "documenteur" tutélaire.

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Via cette nouvelle forfaiture sur pellicule, le "Mondo" franchit une marche supplémentaire dans le gore, le stupre et l'érubescence. Ce shockumentary amalgame sans fard des exécutions sadiques, les effets délétères de la colonisation, la paupérisation massive de l'Afrique noire et toute une litanie de snuffs animaliers. Interdit aux moins de 18 ans, banni et voué à l'opprobre et aux gémonies, Africa Addio devient la nouvelle cible à abattre. Pis, en raison de ses saynètes outrancières, Africa Addio est taxé de "documenteur" xénophobe, alors que le film a justement pour vocation de tancer les exactions commises par les gouvernements occidentaux.
Lors de sa sortie au Royaume-Uni,
Africa Addio se transmute en Africa Blood and Guts, une façon comme une autre de soudoyer le propos originel du film.

Plusieurs décennies après la sortie de ce "documenteur", Gualtiero Jacopetti et Franco Prosperi érigent Africa Addio comme leur plus belle réussite. La rhétorique d'Africa Addio pourrait se résumer en cinq mots : définitivement un monde de chiens... En ce sens, Africa Addio poursuit la dialectique de Mondo CaneSuite au succès pharaonique de ce shockumentary, d'autres "Mondo" se centrent sur la déréliction de l'Afrique, que ce soit Africa Ama (Angelo et Alfredo Castiglioni, 1971), Mondo Magic (Angelo et Alfredo Castiglioni, 1975), ou encore Addio Ultimo Uomo (Angelo et Alfredo Castiglioni, 1978). En réponse aux accusations de xénophobie dont ils font l'objet, Gualtiero Jacopetti et Franco Prosperi réalisent alors Les Négriers (1971), une reconstitution historique sur les travers de l'esclavagisme. Mais, là encore, les critiques pleuvent et agonisent d'injures un "documenteur" qu'ils jugent fallacieux et opportuniste.

Exténués, Franco Prosperi et Gualtiero Jacopetti cessent leur collaboration, toutefois en toute amicalité. Bien des décennies se sont écoulées depuis la sortie de Mondo Cane, mais les deux compères vouent pour l'autre une véritable déférence. Vous l'avez donc compris. Pour ceux qui apprécient et divinisent le "Mondo", The Godfathers of Mondo fait office de fameux Saint Graal qui permet de mieux discerner cet épiphénomène du cinéma trash. Par son barbarisme et son primitivisme, le "Mondo" préfigure le futur avènement du death movie. Sans Mondo Cane et Africa Addio, la plupart des films underground actuels n'auraient sans doute jamais vu le jour.
Toutefois, The Godfathers of Mondo s'adresse à un public particulièrement averti puisqu'il retranscrit sans fard certaines séquences sanguinolentes déjà entrevues dans Mondo Cane et surtout dans le terrible Africa Addio. L'interdiction aux moins de 18 ans est donc de rigueur.

Note : 15/20

sparklehorse2 Alice In Oliver