The_Man_from_Nowhere

Genre : Thriller, action (interdit aux - 16 ans)

Année : 2010

Durée : 1h59

 

Synopsis :

Le seul lien avec l’extérieur de l’ancien agent spécial Tae-sik est une petite fille, So-mi, qui habite à côté de chez lui. La mère de la fillette vend de la drogue à son compte sans informer l’organisation criminelle pour laquelle elle est censée travailler. Elle confie un jour un sac de marchandise à Taesik sans l’avertir du contenu. Les trafiquants se rendent compte de la supercherie et kidnappent la mère et sa fille. Ils sont prêts à les relâcher si Tae-sik accepte de faire une livraison pour eux.

 

La critique :

Non, ce n'est pas encore aujourd'hui que les films coréens péricliteront sur Cinéma Choc ! Et il y a même fort à parier que cette rétrospective que, je n'en doute pas, vous chérissez risque de s'étaler encore un bon moment. Car tout cycle digne de ce nom se doit d'être précis et relativement complet. Ainsi est ma politique, même si je dois reconnaître avoir craqué assez vite en me lançant dans un, pour le coup, microscopique cycle de la Cat III que j'ai vite abrégé, lassé de sa qualité au ras des pâquerettes. Au gré des découvertes, des pellicules oubliées ou déjà mises sur une liste poussiéreuse, la Corée du Sud s'imbrique durablement dans les fondamentaux du blog. Mais est-il toujours nécessaire de louanger ce pays asiatique qui a fini par être au fil des ans the place to be pour les aficionados de thrillers, fatigués de l'aseptisation et du manque d'originalité des sorties occidentales plus ou moins récentes.
A elle seule, la Corée du Sud mériterait un tag dans nos colonnes qui se verraient encore enrichies d'un nouvel élément. Curieux me direz-vous de ne pas avoir plus tôt parler de The Man From Nowhere. Ceci est désormais chose faite. Et avec ça un nouveau réalisateur dont je vais parler qui est Lee Jeong-beom, bien connu pour prendre son temps entre deux films. Ayant amorcé sa carrière en 2006 avec Cruel Winter Blues, il n'a sorti que quatre oeuvres jusqu'ici, avec un intervalle moyen de 4 ans entre chaque film. Dernièrement, c'est Jo Pil-Ho : Souffle de Rage qui sortit en 2019. 

Mais Jeong-beom n'est pas ce thaumaturge qui peut se fritter à l'hégémonie des Kim Jee-woon, Bong Joon-ho, Na Hong-jin et Park Chan-wook. Il est en retrait, ayant signé des métrages corrects mais sans plus tout au long de sa carrière. The Man From Nowhere apparaît alors comme son oeuvre proéminente qui lui permet de se faire une réputation à l'internationale suite à son gigantesque succès en Corée. Outre le fait qu'il soit le plus gros succès au box-office de son pays, il rafle un nombre assez astronomique de récompenses. Très vite, il devient ce produit prisé sur la Toile occidentale, persuadée de tenir le nouveau chef d'oeuvre qui tiendrait tête aux grands classiques coréens que nous ne citons plus. Malheureusement, ce ne sera pas tout à fait le cas puisque la très grande majorité des récompenses sont coréennes et que The Man From Nowhere n'a pas aussi déchaîné les passions à l'étranger.
Si les critiques à son encontre sont positives, il n'est pas ce nouvel objet louangé, bien qu'il ait rejoint la catégorie des thrillers coréens incontournables ou tout du moins à voir. Certains le trouvant même surestimé. En sera-t-il de même sur ce site ?

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ATTENTION SPOILERS : Le seul lien avec l’extérieur de l’ancien agent spécial Tae-sik est une petite fille, So-mi, qui habite à côté de chez lui. La mère de la fillette vend de la drogue à son compte sans informer l’organisation criminelle pour laquelle elle est censée travailler. Elle confie un jour un sac de marchandise à Taesik sans l’avertir du contenu. Les trafiquants se rendent compte de la supercherie et kidnappent la mère et sa fille. Ils sont prêts à les relâcher si Tae-sik accepte de faire une livraison pour eux.

La vengeance est très certainement la thématique de prédilection des films coréens qui s'y sont spécialisés avec un grand souci de se démarquer de la concurrence et de proposer une histoire nouvelle. Bref, tout le contraire de la politique d'uniformisation que nous observons dans notre paysage. Mais faut-il recracher encore ce leitmotiv ? Certes, Jeong-beom traite du récurrent trafic de drogue, en l'occurrence de l'héroïne dans le cas présent, mais va aussi approcher le thème spinescent du trafic d'organes, peu abordé dans le Septième Art. Ce qui explique sans doute en partie l'interdiction aux moins de 16 ans qui frappe The Man From Nowhere. Face à ces organisations aux multiples ramifications, de ces personnalités psychopathiques n'hésitant pas à recourir à la violence et au meurtre pour servir et protéger leurs intérêts, un homme va bien malgré lui s'élever contre une organisation impliquée dans ces deux merdiers. Ancien agent spécial redoutable, Tae-sik s'est reconverti en prêteur sur gages solitaire à peine cliché dans son genre avec l'air mystérieux, taiseux et les longs cheveux.
Il ne laisse pas transparaître ses émotions, pas même à la petite So-mi qui s'est liée d'amitié avec lui. On peut postuler que le temps passé avec Tae-sik est une échappatoire de son foyer familial caractérisé par une mère danseuse de boîte héroïnomane et un père absent. 

Tae-sik cache en lui les séquelles d'un douloureux passé que nous ne percevrons pas dans l'immédiat mais qui prendront tout leur sens quand on se rend compte de ce qui lui a fait quitter les forces spéciales. So-mi est pour lui autant un réconfort qu'une crainte. Il a à la fois peur de s'attacher à elle et peur de la perdre pour ne pas devoir affronter une fois de plus le choc vécu auparavant. Son enlèvement va confirmer cela puisqu'il va mettre en oeuvre tout le nécessaire pour la récupérer, quitte à accepter de faire une transaction douteuse pour une organisation mafieuse, qui tournera, vous vous en doutez, à la catastrophe. Tae-sik doit alors se frotter à la mafia coréenne et à la police lancée sur ses trousses après avoir obtenu son identité. Il va alors plonger dans un monde déshumanisé qui approvisionne des personnes faibles d'esprit en les faisant accéder à un bonheur évanescent et artificiel via l'héroïne.
Cette drogue que nous connaissons tous et qui est un laisser-passer vers la mort sans prise en charge médicale. Pour porter les colis, une armada de gosses cachés dans ce qui s'appelle une fourmilière sont sollicités pour ça car ces figures angéliques n'éveillent pas les soupçons auprès des forces de l'ordre. Enfin, les activités lucratives se font aussi en charcutant des victimes, leur prélevant les organes d'intérêt, qu'elles soient adultes et visiblement enfants lorsqu'ils sont trop amochés suite au travail forcé dans les laboratoires clandestins. Sympathique n'est-ce pas ?

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Misanthrope, Tae-sik ne doit son lien à l'humanité que par l'intermédiaire de So-mi qui est la dernière étincelle en lui, la dernière personne en qui il éprouve un attachement. Quelque part, cette quête éperdue et sanglante va faire office de voyage initiatique pour définir ce qu'il ressent pour elle. Héros invincible, il maîtrise les arts martiaux qui vont lui permettre de reprendre le contrôle de la situation tout en éliminant de manière létale ou non ceux qui se dresseront sur son passage. Autant dire que The Man From Nowhere ne lésine pas sur l'action, les combats, les poursuites, le sang et la cruauté humaine capable des pires choses tant qu'elle lui permet de s'enrichir. Il y a là une amère critique du capitalisme qui voit les dominants tuer, à court ou long-terme, sans vergogne les dominés.
Et face à Tae-sik, ces "humains" sont déterminés par tous les moyens à garder leurs privilèges. Etonnamment, Jeong-beom élude la corruption des forces de l'ordre dont certains fonctionnaires sont arrosés en pots-de-vin pour que la pérennité des triades perdure toujours. Quand on connaît la police coréenne pas toujours intègre, c'est un petit peu surprenant. D'ailleurs, on a tendance à voir en ce cinéaste un homme qui élude beaucoup de choses.

On aurait par exemple aimé un peu plus de jusqu'au boutisme dans la vision du trafic d'organes qui nous dit plus de choses par les paroles et témoignages que par des actes concrets et explicites, plutôt peu nombreux. Certains pesteront sans doute que The Man From Nowhere est suffisamment noir en son genre que pour repousser davantage les limites de l'intolérable. Mais quand on se décide à parler d'un sujet abominable, il faut être conscient d'être exhaustif, précis et ne pas avoir peur de montrer des scènes particulièrement choquantes et ultraviolentes. De même, on est parfois surpris de certaines ellipses mal convenues pour faciliter la tâche du héros qui tâtonne peu et avance rapidement. Et probablement le point le plus frustrant qui ruine la noirceur du récit de A jusqu'à presque Z est ce retournement de situation débile offrant un quasi happy-end à The Man From Nowhere qui n'en avait aucunement besoin. Une petite envie de faire du niais comme l'Occident a souvent l'habitude de le faire sur la question du thriller récent ? Mais malgré tout ça, on suit avec plaisir cette intrigue bien menée, sans temps mort et offrant un spectacle continu durant 2 petites heures. 

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Fin des points désobligeants (ou presque) et place au visuel de The Man From Nowhere qui, autant le dire, est de toute beauté. Les plans, les décors, les éclairages et les environnements variés font amplement mouche au point d'en faire un vrai régal visuel si on a la chance de le voir en qualité Blu-ray. J'insiste bien sur les éclairages car ils contribueront en grande partie à la beauté des lieux nocturnes. En revanche, un point noir à attribuer à certaines séquences où la caméra part dans tous les sens, dont la plus emblématique est quand le personnage court après la voiture qui vient d'enlever So-mi et sa mère. Pour la bande son, on reste dans du correct, sans que ça ne casse trois pattes à un canard. Et finalement, on peut saluer la belle performance d'acteurs avec un Won Bin très en forme qui a insisté pour effectuer toutes les scènes de cascade de son héros. Ceinture noire de taekwondo, il a tout de même dû suivre une formation de trois mois en raison de l'utilisation d'armes.
S'il s'en est sorti sans accident(s) ou blessure(s), une scène de fusillade au bruit très élevé l'a tout de même laissé partiellement malentendant durant quelques temps. On sera aussi satisfait de la prestation de Kim Sae-ron en petite So-mi. On citera aussi Kim Tae-hoon, Kim Hee-woon, Lee Jong-pil, Thanayong Wongtrakul et Kim Hyo-Seo. Mention au géniallissime Kim Sung-oh maniant à la perfection la belle tête d'enfant sage et le sadique notoire n'ayant pas la moindre pitié, même pour des enfants qu'il met en contact avec des substances toxiques et les envoie à l'abattoir s'ils ne sont plus rentables. 

En conclusion, malgré son succès pharaonique, on a bien du mal à hisser au même niveau The Man From Nowhere avec les grandes pontes du thriller vengeresse style I Saw The Devil, The Chaser, Old Boy ou A Bittersweet Life. La faute, bien sûr, au fait que Jeong-beom n'est pas un grand cinéaste qui sait manier de manière chirurgicale une intrigue. S'il évite soigneusement le mélodrame lors des scènes de désespoir de la petite So-mi (à regarder en VOSTFR car son doublage est affreux), il commet quelques bourdes assez fâcheuses, à commencer par un manque de consistance du milieu traité. On ressent aussi que toute l'attention est portée sur Tae-sik à lui seul et pas suffisamment sur le microcosme qu'il traverse. Parfois, Jeong-beom va renâcler çà et là quelques idées sur la concurrence sans verser pour autant dans l'opportunisme. A la fin, on en vient à sourire de son combat avec Ramrowan sur lequel a très certainement dû s'inspirer Gareth Evans pour son finish dans The Raid 2.
Toutefois, ne boudons pas notre déplaisir car The Man From Nowhere est un thriller malin, distrayant, bouleversant et très violent, campé par des acteurs de haute volée dont certains tenteront parfois de faire de l'humour tombant souvent à l'eau. L'humour est donc aussi à revoir pour ce cinéaste. Malgré ma circonspection, gageons que si on avait plus souvent des thrillers de cette facture chez nous (non je ne parle pas du remake américain annoncé), notre présence au cinéma serait, à n'en point douter, plus grande. 

 

Note : 14/20

 

 

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