téléchargement

Genre : horreur, épouvante, gore, science-fiction (interdit aux - 16 ans)
Année : 1992
Durée : 1h18

Synopsis : (1) Nous voici "transportés" dans la petite ville de Comète Valley, où un jeune géologue est amené à enquêter sur des retombées de météorites dans la région. Les habitants s'y montrent soit paranos, soit étranges au point d'être suspicieux ; soit chiants au point de raconter leur vie pour remplir un petit bout de pelloche. Peut-être sont-ils, comme le prétendent certains, des Glutors, des Tumblers et des Sailors, des plantes carnivores animées des plus mauvaises intentions qui prennent forme humaine et notamment l'enveloppe corporelle de certains habitants. Leur but ? Féconder pour gouverner le monde ! Leur complot à toutes les chances de réussir si quelques humains éclairés ne trouvent pas le moyen de les stopper... (1)

 

La critique :

Il faut sans doute remonter à l'orée des années 1950 pour déceler les premiers ânonnements d'une invasion extraterrestre au cinéma. A l'époque, le monde vit dans la peur d'une Troisième Guerre mondiale putative. Les Etats-Unis et l'U.R.S.S. se sont enlisés dans une série de martialités. La guerre froide entre les deux nations luxuriantes est déclarée. Désormais, les belligérances se dérouleront sous les stridulations de l'arme nucléaire. Les villes de Nagasaki et d'Hiroshima ont été les premières villes victimaires des radiations nucléaires, ne laissant derrière elles que destruction, cadavres et désolation. Deux idéologies antagonistes s'opposent : le communisme contre le capitalisme, la faucille et le marteau contre le drapeau étoilé de l'Oncle Sam.

Les extraterrestres sont évidemment des figures comminatoires et allégoriques. Durant la décennie 1950, les témoignages sur les OVNI (objets volants non-identifiés) abondent. Nos chers petits hommes verts ne sont pas nantis d'intentions pacifistes, loin de là... Via Le Jour où la Terre s'arrêta (1951), le réalisateur, Robert Wise, appréhende déjà cette nouvelle dynamique comminatoire. Un extraterrestre de complexion anthropomorphe débarque sur la Terre et est accompagné par un cyborg de taille gargantuesque. Sa venue n'est pas aléatoire. A ses yeux, les humains sont une race spécieuse et fallacieuse qui ne mérite pas d'exister dans notre vaste univers.
Il faut donc nous éradiquer de l'horizon stellaire. Seconde option, un peu moins rédhibitoire tout de même, nos gouvernements antinomiques sont sommés de parlementer et de s'entendre.

Glutors

 

D'autres productions mettent en exergue cette peur intangible du nucléaire ou d'une éventuelle menace émanant d'un autre système solaire. Les thuriféraires du genre n'omettront pas de stipuler des oeuvres telles que La Guerre des Mondes (Byron Haskin, 1953), La chose d'un autre monde (Christian Nyby, 1951), L'invasion des profanateurs de sépultures (Don Siegel, 1956), ou encore Les envahisseurs de la planète rouge (Wiliam Cameron Menzies, 1953) parmi les métrages notables et éventuellement notoires. Puis, à partir de la fin des années 1970, l'invasion extraterrestre s'acoquine à la fois avec la science-fiction et l'horreur via Alien - Le Huitième Passager (Ridley Scott, 1979). Un alien s'introduit par inadvertance dans un vaisseau en partance vers notre planète.
Son nom ? Le xénomorphe. Deux catégories d'individus s'opposent. Ceux qui souhaitent détruire cette créature carnassière et ceux qui souhaitent précieusement la conserver au nom de la science et de futures martialités.

Toutefois, il serait particulièrement réducteur de vulgariser Alien - Le Huitième Passager à une série de rixes entre un monstre hétéromorphe et ses passagers, hélas condamnés à dépérir (à la seule exception d'Ellen Ripley). Sur le fond comme sur la forme, Alien - Le Huitième Passager s'approxime à une métaphore de notre peur incoercible pour l'intrusion, et plus largement pour l'étranger. Ainsi, des entités malveillantes se tapissent quelque part dans notre voûte céleste et parmi les étoiles scintillantes. Il s'agit donc de scruter et de se préparer à lutter contre cette menace ineffable ; un nouveau didactisme amorcé dès le milieu des années 1980 avec Le blob (Chuck Russell, 1988). Cette bisserie adventice est en réalité un remake d'un vieux film des années 1950, Danger Planétaire (Irvin Yeaworth, 1958). Parfois aussi, nos chers envahisseurs ourdissent de savants complots et prolifèrent en préemptant la faune et la flore terrestre. 

im10a

Cette nouvelle rhétorique deviendra le principal leitmotiv de L'invasion des profanateurs (Philip Kaufman, 1978), lui aussi un remake de L'invasion des profanateurs de sépultures (déjà susdénommé dans ses lignes). Mais, la plupart du temps, l'invasion extraterrestre est en concomitance avec le cinéma bis. Preuve en est avec Glutors, réalisé par la diligence de Peter Manoogian en 1992. En l'occurrence, le cinéaste américain est un pur produit du cinéma bis puisque l'on lui doit, entre autres, Eliminators (1986), Territoire Ennemi (1987), The Dungeonmaster (1984), ou encore Jouets démoniaques (1992). Il n'est pas surprenant de retrouver Charles Band derrière la production de Glutors. Lui aussi est un véritable parangon de la série B.
Des films tels que Trancers (1984), Le cerveau de la famille (1996), Hideous ! (1997), Blood Dolls (1999), Decadent Evil (2005), ou encore The Gingerdeadman (2005) sont autant de productions qui sont passés par la case "DTV" (direct-to-video).

Glutors ne déroge pas à la règle. Que retenir alors de Glutors, si ce n'est que cette production impécunieuse semble sourdre de nulle part ? Pourtant, le film est régulièrement encensé par les amateurs patentés du cinéma bis. En sus, le métrage se pare d'une oriflamme pour le moins iconoclaste via des créatures nanties de yeux luminescents. Dixit les propres aveux de Peter Manoogian, Glutors serait à la fois un condensé entre Alien - Le Huitième Passager, Le Blob et L'invasion des profanateurs. Voilà de bien belles références auxquelles Glutors semble faire voeu d'allégeance. Mais une telle série B est-elle en mesure de faire ciller l'hégémonie rogue de ces classiques voluptuaires ? Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... La distribution du film se compose de Sam Hennings, Andrea Roth, Dane Witherspoon, Bernard Kates, Holly Fields et John Mooney.  

im05a

Attention, SPOILERS ! (1) Nous voici "transportés" dans la petite ville de Comète Valley, où un jeune géologue est amené à enquêter sur des retombées de météorites dans la région. Les habitants s'y montrent soit paranos, soit étranges au point d'être suspicieux ; soit chiants au point de raconter leur vie pour remplir un petit bout de pelloche. Peut-être sont-ils, comme le prétendent certains, des Glutors, des Tumblers et des Sailors, des plantes carnivores animées des plus mauvaises intentions qui prennent forme humaine et notamment l'enveloppe corporelle de certains habitants. Leur but ? Féconder pour gouverner le monde ! Leur complot à toutes les chances de réussir si quelques humains éclairés ne trouvent pas le moyen de les stopper... (1)
Autant l'annoncer sans ambages. On n'attendait rien - ou alors peu ou prou - de Glutors, soit Seed People dans l'idiome de Shakespeare.

Oui, cette série B subsidiaire psalmodie à la fois Le Blob, Alien - Le Huitième Passager, The Thing (John Carpenter, 1982) et L'invasion des profanateursMais, au moins, Glutors fait preuve d'entregent et de déférence à l'égard de ces classiques sérénissimes. Mieux, cette série B respecte doctement le cahier des charges. Certes, ce n'est pas cette modeste production qui ravive un genre en désuétude et exploré sous toutes les coutures. Sous l'aval et l'érudition de Peter Manoogian, Glutors reste une série B à la fois probe, honorable et même tout à fait recommandable. Les laudateurs du cinéma bis seront en terrain connu et quasiment conquis.
En outre, le long-métrage de Peter Manoogian louvoie davantage vers l'horreur que la science-fiction. Les créatures de Glutors se régénèrent grâce notre faune et notre flore. Mutins, les monstres s'emparent de notre esprit pour mieux nous gouverner et instaurer un régime potentat. Pas de doute, l'invasion est en marche... Inexorablement... 
Si la mise en scène est plutôt académique, force est de constater que le rythme est suffisamment soutenu pour attiser notre appétence. Glutors peut également escompter sur une interprétation correcte, Sam Hennings en tête. 
Toutefois, le film n'est pas exempt de tout grief. Faute de budget, Glutors doit composer avec les moyens du bord, soit la totalité d'un SMIC albanais. Pas question de recourir à la technique de la stop-motion pour animer des créatures en caoutchouc et qui suintent l'obsolescence des années 1980 ! Mais ne soyons pas trop vachards. On n'attendait pas forcément un résultat aussi probant de la part de cette série B horrifique. 

 

Note : 12.5/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : https://www.psychovision.net/films/critiques/fiche/2318-glutors