Le_Viol_du_vampire

Genre : horreur, épouvante, érotique (interdit aux - 18 ans au moment de sa sortie, interdit aux - 16 ans à postériori, puis interdit aux - 12 ans aujourd'hui)
Année : 1968
Durée : 1h31

Synopsis : Trois hommes célibataires provenant de Paris échouent sans raison apparente devant un château. Les trois amis sont convaincus que les châtelaines sont déboussolées et ont besoin de leur aide.
Mais les forces du mal sont présentes dans le château... Tapie dans l'ombre des murs, une reine des vampires lesbienne attend de pouvoir se nourrir

 

La critique :

Aussi curieux que cela puisse paraître, Cinéma Choc n'avait pas encore abordé la filmographie de Jean Rollin dans ses colonnes diffuses, ou alors de façon dilatoire, notamment via la chronique de Dinosaur from the Deep (Norbert Moutier, 1994, Source : http://cinemachoc.canalblog.com/archives/2019/09/24/37509273.html), une série Z science-fictionnelle dans laquelle le producteur, scénariste, écrivain et cinéaste français (cocorico !) jouait les comédiens subalternes. La carrière de Jean Rollin démarre vers l'orée des années 1950, période pendant laquelle le metteur en scène apprend les rudiments de la profession sous les précieuses instigations du cinéaste espagnol Luis Bunuel.

Il réalise plusieurs courts-métrages, entre autres Les amours jaunes (1958), Ciel de cuivre (1961), Vivre en Espagne (1964), ou encore Les pays loin (1965). Après avoir épousé les dogmes, voire l'orthodoxie de la déconstruction et du surréalisme, Jean Rollin s'acoquine et s'énamoure de la figure vampirique vers les années 1960. La France connaît alors les tous premiers balbutiements du consumérisme. La mort du patriarcat, les prémices du féminisme et une sexualité de plus en plus débridée sont les principaux apanages d'un eudémonisme ad nauseam. Passionné par les figures lucifériennes, Jean Rollin signe et supervise des oeuvres telles que La Vampire Nue (1969), Le Frisson des vampires (1970), ou encore Requiem pour un vampire (1971).
Jean Rollin commence alors à devenir une figure incontournable du cinéma d'épouvante - voire fantastique - à la française, un genre hélas en désuétude dans notre paysage hexagonal.

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Stakhanoviste, le réalisateur oblique alors vers le cinéma bis. Il enchaîne avec des oeuvres telles que Les démoniaques (1974), Lèvres de sang (1975), Phantasmes (1975), Les raisins de la mort (1978), Fascination (1979), La nuit des traquées (1980), La morte vivante (1982), Killing Car (1993), La fiancée de Dracula (2002), La nuit des horloges (2007), ou encore Le Masque de la Méduse (2010). Jean Rollin décède en 2010, quelques mois seulement après le tournage de Le masque de la Méduse, et laisse derrière lui un cinéma horrifique français orphelin de sa principale figure emblématique. Autant l'annoncer sans ambages.
Si Cinéma Choc aborde si tardivement le cas - pour le moins singulier - de ce cinéaste dans ses colonnes éparses, c'est parce que le blog n'a jamais prisé ni encensé son style, pour le moins indolent, voire nonchalant.

Toutefois, il était temps - grand temps - de célébrer (enfin...) le travail et l'omniscience de ce cinéaste via la chronique de Le viol du vampire, sorti en 1968. Pour l'anecdote superfétatoire, Le Viol du Vampire constitue aussi le tout premier long-métrage de Jean Rollin. A l'époque, le metteur en scène est encore un noviciat dans la profession cinéphilique. A l'origine, Le Viol du Vampire est un moyen métrage de commande diligenté par un producteur français, Jean Lavie (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Viol_du_vampire).
A l'origine, Le Viol du Vampire ne dure qu'une trentaine de minutes. Présenté dans sa forme initiale à un financeur, Sam Selksy, ce dernier est immédiatement séduit par cette pellicule d'art et d'essai. Sam Selsky décèle dans ce moyen métrage un immense potentiel.

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Il enjoint Jean Rollin de réaliser au moins une heure supplémentaire. Néanmoins, le cinéaste ne souhaite pas dévoyer l'oeuvre originelle. Philanthrope, Sam Selksy attribue un budget de 200 000 francs, une véritable manne providentielle pour Jean Rollin. Précautionneux, ce dernier s'attèle doctement à l'ouvrage. Sur la forme, Le Viol du Vampire s'approxime à une série de saynètes à la fois lyriques et scabreuses sur des rituels sataniques et vampiriques, dans lesquels il est aussi question de morts-vivants putrescents. Jean Rollin décide d'apposer quelques séquences érotiques sur fond de saphisme et même de sadomasochisme.
Au moment de sa sortie, Le Viol du Vampire n'élude pas les acrimonies de circonstance. Cette oeuvre ésotérique et horrifique est vouée à l'opprobre et aux gémonies de la presse spécialisée. Les critiques crient haro contre cette oeuvre qu'elles jugent ignoble et même calamiteuse.

Le Viol du Vampire n'élude donc pas le couperet acéré de la censure, au grand dam de Jean Rollin. Ce dernier souhaite alors abandonner le noble Septième Art pour se consacrer entièrement à l'écriture et à la littérature. Pendant longtemps, Le Viol du Vampire ne trouvera aucun distributeur pour vanter ses mérites via le support vidéo. Les producteurs pusillanimes exècrent et abhorrent le format en noir et blanc, peu vendeur durant la décennie 1960. Pour les thuriféraires de Jean Rollin, il faudra faire preuve de longanimité et patienter jusqu'aux années 2000 pour voir apparaître Le Viol du Vampire en VHS plus de trente années après sa sortie.
La distribution du film se compose de Bernard Letrou, Marquis Polho, Catherine Devil, Solange Pradel, Ursule Pauly, Nicole Romain, Ariane Sapriel, Jacqueline Sieger et Doc Moyle.

Le viol du vampire (1)

Attention, SPOILERS ! (1) Un vieillard noble loge dans son château quatre jeunes femmes vampires. Thomas, accompagné de deux de ses amis Marc et Brigitte, mène l'enquête : il ne croit pas au vampirisme et est bien décidé à libérer les jeunes femmes. Il finit par comprendre son erreur : il est mordu par l'une d'elles dont il est tombé amoureux, et les deux amoureux sont abattus par Marc, rendu fou par la mort de Brigitte. La reine des vampires apparaît alors et tue le vieillard : il a échoué dans sa mission. Elle réunit après quelques péripéties tous les acteurs du drame dans une clinique où la secte vampirique s'adonne à des expériences sur les morts-vivants : Brigitte est l'un des nombreux cobayes (1).
Certes, sur la forme, Le Viol du Vampire est, comme son intitulé l'indique, un film de vampires. Pourtant, ce premier essai s'apparente davantage à une oeuvre éthérée et imprégnée par cette fascination pour le morbide et l'amphigourie.

Pour Jean Rollin, c'est aussi l'occasion d'amalgamer des décors sublimes et naturels dans lesquels évoluent ses divers protagonistes. Ici, le processus de transformation en vampire (on pourrait légitimement invoquer plusieurs cas de métempsychose...) obéit à des rites bien précis. L'érotisation des corps est omniprésente, ainsi que cette souffrance inhérente à cette nouvelle forme de métempsychose. Indubitablement, Jean Rollin fait preuve de solennité via cette mise en scène à la fois clinique et chirurgicale. On trouve déjà, dans Le Viol du Vampire, toutes les obsessions récurrentes du metteur en scène. Le Viol du Vampire flagornera avant tout les laudateurs du cinéaste.
Malencontreusement, ce premier ouvrage n'est pas exempt de tout grief, loin de là. Tout le casting est issu du milieu amateur. Le viol du vampire souffre, entre autres, d'une mise en scène archétypale, voire théâtrale. A cela, s'ajoute aussi une certaine obsolescence. Interdit au moins de 18 ans en son temps, Le Viol du Vampire fait office aujourd'hui d'oeuvre joliment désuète et décontenancera même les amateurs les plus irréductibles. En effet, difficile de ne pas se gausser ni s'esclaffer devant certaines approximations et carences qui nimbent un long-métrage épars et au mieux apathique, pour ne pas dire neurasthénique. Très honnêtement, je ne sais pas si j'aborderai d'autres films de Jean Rollin puisque je n'ai jamais apprécié (bis repetita) ce cinéaste... Quels que soient ses travaux et ses longs-métrages... Et Le Viol du Vampire ne déroge pas à la règle...

 

Note : 08.5/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : https://www.devildead.com/indexfilm.php3?FilmID=617&NamePage=viol-du-vampire--le