ne-coupez-pas ! 2017

Genre : horreur, épouvante, comédie 
Année : 2017
Durée : 1h36

Synopsis : Le tournage d'un DTV horrifique bat son plein dans une usine désaffectée. Techniciens blasés, acteurs pas vraiment concernés, seul le réalisateur semble investi de l'énergie nécessaire pour donner vie à un énième film de zombies à petit budget. Pendant la préparation d'un plan particulièrement ingrat, le tournage est perturbé par l'irruption d'authentiques morts-vivants... 

 

La critique :

L'univers des zombies n'est pas aussi hétéroclite qu'il n'y paraît. En scrutant ce sous-registre du cinéma horrifique, on repère trois intempérances proéminentes : une allégorie sociologique de notre société en déliquescence (dont George A. Romero est l'illustre représentant), le gore lourdaud voire potache (un syllogisme amorcé par Dan O'Bannon vers le milieu des années 1980) et la comédie goguenarde (un tropisme préfiguré par le fameux Shaun of the Dead dès 2004). De facto, une petite piqûre de rappel s'impose. A la fin des années 1960, c'est une série B (série Z...) émanant de nulle part qui ébranle le cinéma d'épouvante. Son nom ?
La Nuit des morts-vivants (George A. Romero, 1968), une production digressive qui met en exergue, pour la première fois dans l'histoire du cinéma d'horreur américain, un comédien Afro-Américain (Duane Jones) aux prises avec des zombies anthropophagiques.

Quand il n'y a plus de place en Enfer, les morts reviennent sur la Terre... Tel semble être le didactisme morbide de La Nuit des Morts-Vivants. Mais le héros ne doit pas seulement ferrailler contre des zombies carnassiers. Il doit également se débattre avec ses propres congénères. Il devient alors la victime - bon gré mal gré - d'une xénophobie latente. George A. Romero poursuivra cette métaphore politique avec les deux chapitres suivants, Zombie (1978) et Le Jour des Morts-Vivants (1985). Mais, dès le milieu des années 1980, le public commence sérieusement à se lasser de toutes ces ellipses sociologiques. A raison, ce dernier réclame davantage de bravade et de rodomontade.
Ainsi, Le Jour des Morts-Vivants se fait chiper la vedette par Le Retour des Morts-Vivants (Dan O'Bannon, 1985).

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Le genre "zombiesque" oblique alors vers le gore et les parties d'agapes et de priapées sanguinolentes. Impression corroborée par Braindead (Peter Jackson, 1992) et sa profusion d'hémoglobine. Puis, encore, vers la fin des années nonante, les zombies tangentent vers une nouvelle route rédhibitoire. Moi, Zombie - Chronique de la Douleur (Andrew Parkinson, 1998) adopte un point de vue anthropocentrique et estourbit durablement les persistances rétiniennes. A raison, on croyait les zombies putréfiés et définitivement inhumés. Plus personne ou presque ne serait en mesure de revivifier un genre en désuétude. Une hérésie... Derechef, c'est le cinéma asiatique qui nous fait part de ses précieux atours. Preuve en est avec Ne Coupez Pas !, réalisé par la diligence de Shin'ichirô Ueda en 2017.
Dire que cette production émane du circuit indépendant est un doux euphémisme !

A l'origine, Ne coupez pas ! est diffusé dans une seule (et unique) salle de cinéma au pays du Soleil Levant. Pourtant, le public extatique répond doctement à l'appel et encense une pellicule qu'il juge iconoclaste. Conscient du potentiel de son matériel, Shin'ichirô Ueda présente son long-métrage dans divers festivals. A nouveau, les critiques adulent et sacralisent une production novatrice. Après toute une série d'atermoiements et de louvoiements, Ne Coupez Pas ! finit par franchir ses frontières nippones pour atterrir - dare-dare - dans nos contrées hexagonales.
Reste à savoir si Ne Coupez Pas ! mérite - ou non - sa stature de nouvel épiphénomène. Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... Il faut se rendre sur le site IMDb et en particulier sur le lien suivant (Source : https://www.imdb.com/name/nm4940051/) pour glaner et déceler quelques informations sur Shin'ichiro Ueda.

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Le metteur en scène n'est pas vraiment un noviciat puisque l'on doit Confession ranking of girlfriend (2014), Take 8 (2015), Special Actors (2019) et Aesop's Game (2019). Toutefois, à ce jour, c'est bien Ne Coupez Pas ! qui reste son long-métrage le plus proverbial. La distribution du film risque de ne pas vous évoquer grand-chose, à moins que vous connaissiez les noms d'Harumi Shuhama, Kazuaki Nagaya, Yoshiko Takehara, Takayuki Hamatsu, Mao et Yuzuki Akiyama. Attention, SPOILERS ! Le tournage d'un DTV horrifique bat son plein dans une usine désaffectée.
Techniciens blasés, acteurs pas vraiment concernés, seul le réalisateur semble investi de l'énergie nécessaire pour donner vie à un énième film de zombies à petit budget. Pendant la préparation d'un plan particulièrement ingrat, le tournage est perturbé par l'irruption d'authentiques morts-vivants... 

Autant l'annoncer sans ambages. Oui, le réalisateur, Shin'ichirô Ueda, réinvente le genre "zombiesque" à lui tout seul en proposant une toute nouvelle rhétorique. Pourtant, on croyait le genre désuet, amorphe et en sévère sénescence. Non, les zombies ne sont pas morts (enfin, pas dans le cinéma d'horreur...). Mieux, Shin'ichirô Ueda parvient à raviver un registre anémique avec un budget impécunieux et une équipe de bras cassés... Mais les apparences sont trompeuses. Ainsi, la première demi-heure de Ne Coupez Pas ! fonctionne comme un film de zombies classiques. 
Sur le tournage d'une série B désargentée, des comédiens doivent s'escrimer pour ne pas périr sous les crocs acérés de véritables zombies. Sur ces entrefaites, Ne Coupez Pas ! s'achemine vers une production lambda et délestée du moindre arc narratif. 

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C'est là que Shin'ichirô Ueda fait montre d'ingéniosité, voire d'omniscience en proposant une seconde partie aux antipodes de la première. En l'état, difficile d'en révéler davantage sans faire part des habiles matoiseries du film. Sachez simplement que Ne Coupez Pas ! débute réellement après 38 minutes de bobine. Sur la forme, le métrage de Shin'ichirô Ueda n'est pas sans réitérer les scansions de La Nuit Américaine (François Truffaut, 1973), soit un parangon de volupté et de mise en scène. Qui aurait gagé sur cette métaphore entre un film de zombies décrépits et un chef d'oeuvre du noble Septième Art ? Personne ou presque... Vous l'avez donc compris...
Tout du moins, subodoré... Lors de sa seconde segmentation, Ne Coupez Pas ! exploite avec subtilité le prisme du "film dans le film". Sur le fond, Ne Coupez Pas ! s'approxime à une sorte d'oaristys envers le cinéma en général et le cinéma d'horreur en particulier. On comprend mieux alors les concerts de louanges et de dithyrambes envers cette série B émanant de nulle part, si ce n'est du cerveau en effervescence de son auteur démiurgique. Astucieux, audacieux, finaud... Ce ne sont pas les épithètes qui manquent pour qualifier Ne Coupez Pas !. Nul doute que l'on reparlera de cette production dénotative et que cette oeuvre est appelée, un jour ou l'autre, à s'octroyer le statut de film culte.

 

Note : 16/20

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