Desire_Of_The_Innocent_Blood

Genre : Horreur, épouvante, érotisme, expérimental (interdit aux - 16 ans)

Année : 2002

Durée : 1h13

 

Synopsis :

Une jeune femme, avec un voile blanc sur le visage, se traîne entre les arbres et les feuilles soulevées par le vent, insouciante de la pluie qui coule. L'obscurité pâle ne cache pas sa silhouette qui revient lentement et sans relâche chez elle, dans la maison où elle vivait avec son jeune mari, avant que la mort ne dévore son corps.

 

La critique :

On le sait et toute personne un minimum connaisseur en films d'horreur vous dira que le mythe du vampire est devenu, au fil des ans, une véritable institution. Un grand classique qui a été nombre de fois utilisé par toute une pléthore de cinéastes plus ou moins talentueux. Bien sûr, le vampire originel ne provient pas de l'écrivain britannique Bram Stoker et son célébrissime ouvrage Dracula. En effet, on retrouvait déjà des traces de ce nom et de ses caractéristiques physionomiques dès le début du XVIIIème siècle. On évitera de détailler le vampire en tant que tel car cela serait sacrilège vis-à-vis d'un public aficionados des monstres. Et puis, aficionados ou pas, tout le monde connaît la répulsion du vampire à l'ail et à l'eau bénite. Bref, le vampire se voit porté à l'écran pour la première fois dans le grand classique Nosferatu de Friedrich Murnau qui fera sensation à sa sortie.
Quelques années plus tard, et de manière plus ou moins concomitante, débarquèrent le Dracula de Tod Browning et Vampyr de Carl Theodor Dreyer qui sont considérés à juste titre comme des films cultes, des immanquables pour tout amoureux de l'horreur qui se respecte. La suite, nous la connaissons tous. La légende s'est transposée autant de la Scandinavie à l'Asie en passant par les USA. Les titres ne manquent pas entre Morse, Thirst, ceci est mon sang, Underworld, Daybreakers, 30 Jours de Nuit, Dracula (la version de Francis Ford Coppola) et hum... hum... la saga Twilight. Chaque cinéaste tente un peu d'adapter le monstre aux dents longues à sa sauce avec le risque de cassage de gueule de surcroît.

Toutefois, et vous vous en serez douté, le vampire a son quart d'heure de gloire sur la scène underground dont les navets sur le sujet pullulent en masse. Ainsi, en 2002, naquit Desire Of The Innocent Blood, réalisé par Sami Haavisto. Point d'importance, on tient là son premier long-métrage. Deuxième point d'importance, ce petit inconnu pour le commun des mortels n'a jamais caché son extatisme pour les histoires démonologiques comme en attestent Rites Of Blood, Black Blooded Brides Of Satan ou dernièrement The Curse Of The Witches Blood, qui est son cinquième et dernier long-métrage en date. Finalement, le troisième point est que Cinéma Choc voit la première apparition d'une création finlandaise. Qui parmi nous a déjà eu la Finlande dans son collimateur pour un approfondissement de sa cinématographie ? Certainement très peu car ce n'est pas le genre de pays qui va nous sauter aux yeux si l'on excepte la notoriété de Aki Kaurismäki. Quoi qu'il en soit, vous ne serez pas surpris de son inexistence sur le Web français. Pareillement pour la Toile anglaise guère éloquente.
Comment j'ai mis la main dessus ? Je pense que vous connaissez la réponse (SPOIL : Wipfilm). Hélas, ma curiosité m'a parfois joué de vilains tours sur ce site, indirectement responsable de certains billets peu flatteurs sur des métrages qui m'ont attiré pour une raison inconnue. Mais que voulez-vous, ça ne me freine pas pour m'y jeter de temps en temps.

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ATTENTION SPOILERS : Une jeune femme avec un voile blanc sur le visage se traîne entre les arbres et les feuilles soulevées par le vent, insouciante de la pluie qui coule. L'obscurité pâle ne cache pas sa silhouette qui revient lentement et sans relâche chez elle, dans la maison où elle vivait avec son jeune mari, avant que la mort ne dévore son corps.

Haavisto, audacieux dans son approche, va revisiter la dimension vampirique en l'adaptant au contexte d'une histoire amoureuse désolée. Divisée en plusieurs segments, on suivra l'itinéraire compliqué d'un couple qui ira d'abord à la première rencontre dans une campagne bucolique pour se solder plus tard par une situation intenable. La femme, persuadée qu'elle allait vivre dans l'opulence et le luxe à l'overdose, fait part de sa rancune à son homme qui semble ne pas y faire plus attention que ça. La rupture est inévitable et au détour d'une sordide taverne, Elise, de son nom, après qu'on ait soupçonné qu'elle fut droguée, sombrera dans une relation érotico-lesbienne avec une jeune blonde qui se trouve être un vampire. Mais Elise que l'on pense être morte n'a pas dit son dernier mot, tandis que la blonde s'est mise avec l'ex-mari de sa bien malheureuse victime. Autant dire que le cinéaste a de la suite dans les idées, tient à repousser son bébé au-delà de l'amateurisme qui frappe un nombre incalculable de pellicules du milieu. Oui, Desire Of The Innocent Blood nous coupe l'herbe sous le pied, nous qui nous attendions à quelque chose de moins creusé. L'intrigue, bien qu'elle suive un cheminement classique, est compréhensible, se suit de manière polie sans trop s'attarder sur les événements, si l'on excepte juste la redondance de la séquence dans la taverne. Néanmoins, si l'affiche laisse présager un film âpre et déviant, autant dire que vous risquez fort bien de rester sur votre faim car Haavisto n'a pas pour but de délivrer la barbaque.

Outre le fait que durant 35 minutes, il ne se passe rien de violent, on assistera ni plus ni moins qu'à un érotisme mêlé de crocs plantés dans le cou. La suite du film verra, plus tard, un pieu enfoncé dans le coeur et une décapitation, le tout avec quelques scènes d'épouvante qui fonctionnent bien. C'est bien maigre pour combler les adulateurs d'hémoglobine et d'extrême. De là à dire qu'il y a tromperie sur la marchandise à la vue de la pochette, il y a un pas que je ne franchirai pas mais on était en droit de s'attendre à un peu plus couillu. En soit, ce que je dis là n'est pas du tout dommageable car Desire Of The Innocent Blood se suffit à son récit et à son ambiance irréelle où l'on y ressent toute l'implication pour créer un univers propre, désenchanté et semblant être en dehors du temps.
Renâclant dans différents genres, il se construit avec une dextérité bien présente qui nous ravit et redonne espoir envers l'expérimental quand on voit le dédain de tâcherons qui n'accordent aucune importance à donner une identité à leur film. Cependant, ça n'excuse pas les quelques points dommageables qui ne concerneront pas la structure scénaristique, mais plutôt le choix de montage d'Haavisto.

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Saluons le finlandais d'avoir eu le courage de faire revivre le cinéma muet le temps de 73 minutes. Vous vous dites alors que c'est juste une question de ne pas attribuer de dialogues au film tout simplement sans se prendre la tête. Oui mais non puisque Haavisto n'a pas hésité à insérer des intertitres entre les dialogues avec une petite customisation faite sur Power Point. La première rencontre se soldant alors par un mouvement d'yeux surpris, le sourire non dissimulable. Le noir et blanc se rajoute par-dessus le marché pour nous plonger dans ces années passées, début XXème siècle comme l'environnement nous le rappelle. Seulement, on est un peu dépité de voir que l'accent sur les plans majestueux et les décors, comme ont su si bien le faire les thaumaturges en leur temps, n'est pas de la partie.
La caméra est rudimentaire et frôle parfois le mauvais goût en zigzaguant dans tous les sens comme lorsque Elise perd conscience dans le café. De plus, on aura un peu de mal à être convaincu à l'aune de ces accoutrements peu probants, et qui semblent avoir été achetés au magasin de costumes du coin. Enfin, les acteurs principaux, s'ils ont chacun une présence propre, ne voient pas leur prestation en accord avec le Septième Art muet d'époque où on surjouait. Là encore, il y a une fracture qui est causée. On citera les trois principaux qui sont Ana Ciaran, Mika Vattulainen et Kirsi Vahomäki.

Quoi qu'il en soit, quel étrange et étonnant titre que Desire Of The Innocent Blood ! Nous attendant à un porno-trash guère éloquent, Haavisto nous fait du vrai cinéma avec un scénario basique mais efficace, une atmosphère de qualité, des innovations plaisantes bien qu'imparfaites et surtout une excellente bande son baroque en total accord avec l'aura indéfinissable du monstre suceur de sang. Face à une concurrence apoplectique typée vampire discount, Desire Of The Innocent Blood a les attributs pour devenir un certain ponte dans le Septième Art vampirique à petit budget. Pas besoin de claquer des dizaines de milliers d'euros dans des CGI quand on peut accrocher le cinéphile avec un travail d'ambiance. Cela nécessite bien sûr d'être un minimum professionnel, ouvert d'esprit et imaginatif.
En reste une petite pellicule attachante, qui ne pète pas plus haut que son cul, modeste dans ses intentions qu'elle confirme. N'ayant bien sûr pas vu ses longs-métrages suivants, je ne saurais dire mais il y a fort à parier qu'Haavisto pourrait être l'un de ces trop rares réalisateurs confirmés du cinéma underground. Reste à voir si la qualité constante de sa filmographie fait honneur à son premier cru.

 

Note : 12/20

 

 

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