bon brute et truand

Genre : western
Année : 1968
Durée : 2h41

Synopsis : Pendant la Guerre de Sécession, trois hommes, préférant s'intéresser à leur profit personnel, se lancent à la recherche d'un coffre contenant 200 000 dollars en pièces d'or volés à l'armée sudiste. Tuco sait que le trésor se trouve dans un cimetière, tandis que Joe connaît le nom inscrit sur la pierre tombale qui sert de cache. Chacun a besoin de l'autre. Mais un troisième homme entre dans la course : Setenza, une brute qui n'hésite pas à massacrer femmes et enfants pour parvenir à ses fins. 

 

La critique :

A tort, Cinéma Choc est souvent caricaturé à un blog uniquement transi par l'underground, le trash, la déviance et l'extrême. Certes, il est vrai que le blog prise et affectionne le gore, l'horreur et l'épouvante dans toutes ses rugosités et tortuosités. Mais votre site favori (rires !) scrute et analyse d'autres mouvances du noble Septième Art, notamment l'action, les arts martiaux, le fantastique, la science-fiction, l'érotisme voire la pornographie, les films ésotériques et expérimentaux, et parfois même le western. Certes, ce genre singulier et à part entière n'est pas forcément le registre de prédilection de Cinéma Choc et pour cause... Puisqu'il n'entre pas forcément dans la ligne narrative du blog...
Mais, de temps à autre, Cinéma Choc se permet quelques digressions chronophages à travers ses colonnes éparses...

C'est une façon comme une autre de diversifier sa matière grise et d'explorer les facettes versatiles du noble Septième Art. Si aujourd'hui, le western a perdu de sa verve et de sa luminescence, ce registre cinématographique a connu sa quintessence dès les tous premiers ânonnements du cinéma. Ainsi, le western s'empare du cinéma muet et flagorne l'industrie hollywoodienne, alors en pleine effervescence. Non seulement, ce registre cinématographique s'inspire de la conquête de l'Ouest, mais également de l'histoire des Etats-Unis, à la fois transie par la colonisation de l'homme blanc sur un nouveau territoire, et surtout par son comportement belliqueux envers les Indiens.
Puis, à postériori, les westerns épouseront les rudiments et les linéaments de la série B via des scénarii peu ou prou analogiques.

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Le cowboy, de préférence blanc et hétérosexuel, devient cette figure archétypale à la fois dotée de pugnacité, de vaillance et régie par les codes de la bienséance. Le western est alors empreint de manichéisme, de xénophobie latente et de moralines patriotiques. Ce registre cinéphilique dépeint avec solennité cette lutte - parfois fratricide - entre les "gentils" et les "méchants". Les shérifs préfigurent cet ordre hégémonique qui doit supplanter une voyoucratie en dissidence, mais aussi des Indiens qu'il faut à tout prix chasser, ostraciser, rabrouer et même exterminer.
Mais entre la fin des années 1950 et l'orée des années 1960, le public commence sérieusement à se lasser et à persifler contre ses trames scénaristiques peu ou prou analogues. 
Il est de temps de rectifier certaines carences.

La requête est enfin ouïe par Sergio Leone. Le réalisateur démiurgique réinvente alors le western spaghetti, un sous-genre qui peut se définir comme la coalescence entre diverses influences majeures.  Il n'est plus question d'adopter un point de vue inique et partial, avec d'un côté les "méchants" (les opprimés) et de l'autre les "gentils" (généralement les oppresseurs), mais de proposer des protagonistes retors, nébuleux et complexes. Le western spaghetti se montre beaucoup plus misanthrope en abordant des thématiques spinescentes. Ainsi, les films noirs pullulent et coudoient les affres de la désinvolture et de la turpitude. Le viol, la vindicte personnelle et la loi du Talion sont des sujets récurrents dans le western spaghetti. Cette fois-ci, la caméra se polarise davantage sur le faciès de personnages en déveine et condamnés à dépérir - un jour ou l'autre - sous les balles.

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En outre, Sergio Leone débutera sa carrière cinématographique en tant qu'assistant-réalisateur. Son influence prédominante se nomme John Ford, un metteur en scène auquel il fait voeu d'allégeance et d'obédience. Seule dissimilitude et pas des moindres, Sergio Leone se définit comme un pessimiste. Il s'aguerrit derrière la caméra sous les précieuses instigations de William Wyler durant le tournage de Ben-Hur (1959), et de Robert Aldrich avec Sodome et Gomorrhe (1962). Puis, vers l'orée des années 1960, il signe son tout premier long-métrage, Le Colosse de Rhodes (1961), un péplum et surtout un film de commande. Les producteurs exhortent Sergio Leone à poursuivre dans le péplum, mais le cinéaste n'a cure des injonctions de ses financeurs.
Il tourne alors Pour une poignée de dollars (1964), soit le premier volet de la Trilogie du Dollar.

Contre toute attente, cette production impécunieuse remporte les plébiscites du public et de critiques unanimement extatiques. Sergio Leone invente une nouvelle figure iconique : l'homme sans nom, une sorte de pistolero qui dégomme tout le monde et profite des belligérances entre deux clans rivaux. Le réalisateur transalpin poursuivra les animosités avec Et pour quelques dollars de plus (1965, Source : http://cinemachoc.canalblog.com/archives/2019/12/12/37669228.html) et Le Bon, la Brute et le Truand (1966). Grisé par ce succès, il enchaînera avec Il était une fois dans l'Ouest (1968), Il était une fois la Révolution (1971), Mon nom est Personne (1973) et Un génie, deux associés et une cloche (1975), avant d'obliquer vers un registre totalement divergent via Il était une fois en Amérique (1984). 

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Aujourd'hui, c'est le troisième et ultime volet de cette triade qui fait l'objet d'une chronique dans les colonnes de Cinéma ChocDixit les propres aveux des thuriféraires de westerns spaghetti, Le bon, la brute et le truand est souvent considéré comme le chapitre le plus proéminent de la Trilogie du Dollar. Mieux, Le bon, la brute et le truand s'est même octroyé la couronne de film culte, voire de classique voluptuaire avec les années. Reste à savoir si ce western mérite - ou non - de telles flagorneries. Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... Pour l'anecdote superfétatoire, Sergio Leone n'avait pas forcément pour aspérité de tourner un troisième chapitre.
Mais un producteur magnanime lui prodigue de précieux capitaux pour tourner Le bon, la brute et le truand.

Extatique, Sergio Leone s'affaire doctement à la tâche. Mais attention, Le bon, la brute et le truand ne sera pas seulement un western de commande, loin de là. Il s'agit, entre autres, d'apposer une dimension historique à l'ouvrage via la Guerre de Sécession Américaine. Mieux, si le film toise les firmaments de la gloire, il est même prévu de réaliser un quatrième opus dans la foulée. Certes, Le bon, la brute et le truand se soldera par un succès mirobolant lors de son exploitation dans les salles obscures. Cependant, Sergio Leone refusera de dévoyer la trilogie lucrative vers des épisodes futiles, voire subalternes, d'autant plus que Le bon, la brute et le truand conclut la franchise en apothéose. Sergio Leone sait qu'il ne réitérera plus de telles prouesses artistiques.
La distribution du film se compose de Clint Eastwood, Lee Van Cleef, Eli Wallach, Aldo Giuffré, Luigi Pistilli, Rada Rassimov, Mario Brega, Antonio Molino Rojo, Antonio Casale et Antonio Casas.

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Attention, SPOILERS ! Pendant la Guerre de Sécession, trois hommes, préférant s'intéresser à leur profit personnel, se lancent à la recherche d'un coffre contenant 200 000 dollars en pièces d'or volés à l'armée sudiste. Tuco sait que le trésor se trouve dans un cimetière, tandis que Joe connaît le nom inscrit sur la pierre tombale qui sert de cache. Chacun a besoin de l'autre. Mais un troisième homme entre dans la course : Setenza, une brute qui n'hésite pas à massacrer femmes et enfants pour parvenir à ses fins. Dans le second chapitre, Et pour quelques dollars de plus, on se souvient que Sergio Leone s'échinait à sonder ces visages harassés, ces faciès crevassés, ainsi que ces yeux déjà trépassés. Tout se jouait sur un regard furtif avant que la dernière absoute ne soit prononcée.
L'Ouest est un univers sans pitié, semblait déclamer un Sergio Leone dogmatique.

Avec Le Bon, la Brute et le Truand, l'auteur thaumaturgique se polarise moins sur les mines lézardées de ses trois principaux protagonistes. Sergio Leone préfère davantage se polariser sur la caractérisation de ses personnages. C'est même l'intitulé du film. Pourtant, ce n'est pas le "Bon" - affectueusement (si j'ose dire...) surnommé le "Blondin - qui transparaît comme le héros du film, encore moins la "Brute" qui est par ailleurs une figure archétypale, mais surtout le "Truand". Indubitablement, c'est Eli Wallach qui nous hypnotise parce qu'il coalise à lui seul toutes les carences et défectuosités de l'âme humaine. A la fois revêche, trivial, fallacieux, pingre et débonnaire, le bandit est paradoxalement le personnage le plus humain du film. Mieux, à travers les pérégrinations de ses protagonistes, Sergio Leone transmue le "Truand" en un personnage à la fois candide, tragique et comique.

Car la chasse au trésor, qui semble être le principal leitmotiv de ce western, n'est qu'une habile fomentation afin de mieux dissimuler cette Guerre de Sécession qui fait rage entre les hommes. Ainsi, pour la simple conquête d'un pont subsidiaire, Sudistes et Nordistes ont entamé les belligérances. Les trois protagonistes vont se retrouver, bon gré mal gré, au sein de ces diverses martialités. En ajoutant une dimension historique teintée de désenchantement et de mélancolie, Sergio Leone signe une oeuvre magistrale, qui plus est, magistralement interprétée (mention spéciale à Eli Wallach) et magnifiée par le lyrisme mélodique d'Ennio Morricone. Le cinéphile avisé s'entichera de toutes ces répliques cultissimes qui émaillent un western à couteaux tirés ("Le monde se divise en deux catégories", ou encore "La corde ne fait pas le pendu"). Sergio Leone poursuivra ce didactisme avec Il était une fois dans l'Ouest et Il était une fois la Révolution, deux autres classiques éminents et incontournables.

 

Note : 18/20

sparklehorse2 Alice In Oliver