quatrième dimension solitude

Genre : fantastique
Année : 1959
Durée : 25 minutes

Synopsis : (1) Un homme, seul et amnésique, erre depuis quelque temps dans une petite ville abandonnée. Son angoisse augmente au fur et à mesure qu'il constate qu’il est le seul être vivant de cet endroit énigmatique, malgré des traces évidentes d'activité humaine très récente. Comment est-il arrivé ici ? La ville est-elle réellement déserte ? L'homme finit par craquer nerveusement et l'expérience s'arrête : c'étaient des militaires qui testaient sa résistance au confinement en vue de vols spatiaux vers la Lune et l'isolement lui a causé des hallucinations (1).

 

La critique :

 

"Il existe une dimension au-delà de ce qui est connu de l'Homme ; c'est une Dimension aussi vaste que l'Univers et aussi éternelle que l'Infini : elle est à la croisée de l'ombre et de la lumière, de la science et de la superstition, elle est le point de rencontre des ténèbres crées par les peurs ancestrales de l'Homme et de la lumière de son savoir, c'est la dimension de l'imagination, un domaine que nous avons baptisé... La quatrième dimension"Telle est la longue emphase liminaire de la série La Quatrième Dimension, soit The Twilight Zone dans l'idiome de William Shakespeare.
Produite entre 1959 et 1964, cette série télévisée fantastique et d'épouvante, réalisée par la diligence de Rod Serling, sera diffusée pour la première fois sur la chaîne de télévision américaine CBS. Dixit les propres aveux de son auteur démiurgique, La Quatrième Dimension a pour principal leitmotiv "de frapper le téléspectateur, de le choquer par la chute toujours inattendue, surprenante et singulière de chacune de ces histoires". 

C'est désormais inscrit dans le marbre, presque comme une évidence. De temps à autre, Cinéma Choc consacre quelques chroniques dilatoires sur la série télévisée La Quatrième DimensionDe temps à autre, Cinéma Choc consacre quelques chroniques dilatoires sur la série télévisée La Quatrième Dimension. Aujourd'hui, on ne compte plus les avatars de cette série télévisée notoire. Vers le milieu des années 1980, Steven Spielberg, Joe Dante, George Miller et Joe Dante se coalisent pour réaliser une version cinéma, un film homonyme qui se subdivise lui aussi en plusieurs courts-métrages et qui réitère certains épisodes de la série susdénommée.
Autant l'annoncer sans fard. Le long-métrage de "Spielby" et ses fidèles prosélytes n'a pas laissé un souvenir impérissable, loin de là. 

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Puis, vers le milieu des années 1990, c'est un téléfilm, La Quatrième Dimension - L'ultime Voyage (Robert Markowitz, 1994) qui fait voeu d'obédience et d'allégeance au matériel originel. D'autres séries peu ou prou analogiques verront le jour dans la foulée.  C'est par exemple le cas de La Cinquième Dimension (Rod Serling, 1985 - 1989) et de La Treizième Dimension (Rod Serling, 2002 - 2003), deux nouvelles versions qui ne réitéreront pas le climat anxiogène de leur auguste antécesseur. Soixante ans après le premier épisode de la série télévisée (le bien nommé "Solitude"et sur lequel nous reviendrons ultérieurement), La Quatrième Dimension renaîtra subrepticement de ses cendres via une nouvelle série éponyme et prodiguée par les soins de Marco Ramirez et sous l'aval de Jordan Peele, le célèbre réalisateur de Get Out (2017) et Us (2019). 

Vous l'avez donc compris. On n'a pas fini de parler de La Quatrième Dimension, y compris dans les lignes diffuses de Cinéma Choc ! Désormais, cette série appartient à la culture populaire, en particulier aux Etats-Unis, où elle a imprimé plusieurs générations de cinéphiles et de cinéastes. Naguère, Cinéma Choc s'était déjà attelé à la chronique de plusieurs épisodes de la série originelle, notamment La petite fille perdue, Le Menteur, Le petit peuple, Le géant qui vient du ciel, Personne Inconnue, C'est une belle vie, Le soleil de minuit et Pour les anges. Aujourd'hui, le blog vous propose une critique et une analyse de l'épisode intitulé Solitude (Episode 1, saison 1). 
La réalisation est diligentée par l'érudition de Robert Stevens. Ce metteur en scène a surtout officié pour le monde de la télévision puisqu'on lui doit les séries Alfred Hitchcock présente (1956 - 1961) et Histoires Fantastiques (1987).

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Pour le cinéma, Robert Stevens signera quelques productions impécunieuses et indépendantes, notamment The Big Caper (1957), Never love a stranger (1958), Choc en retour (1962), Dans la douceur du jour (1963), ou encore Change of mind (1969), par ailleurs inconnus du bataillon et inédits dans nos contrées hexagonales. Pour le reste, le casting de l'épisode intitulé Solitude se compose d'Earl Holliman, James Gregory, Paul Langton, James McCallion, John Conwell, Jay Overholt, Carter Mullaly, Garry Walberg et Jim Johnson. Attention, SPOILERS ! (1) Un homme, seul et amnésique, erre depuis quelque temps dans une petite ville abandonnée.
Son angoisse augmente au fur et à mesure qu'il constate qu’il est le seul être vivant de cet endroit énigmatique, malgré des traces évidentes d'activité humaine très récente.

Comment est-il arrivé ici ? La ville est-elle réellement déserte ? L'homme finit par craquer nerveusement et l'expérience s'arrête : c'étaient des militaires qui testaient sa résistance au confinement en vue de vols spatiaux vers la Lune et l'isolement lui a causé des hallucinations (1). Il sait sans doute vain, voire futile de réitérer toutes les thématiques abordées par La Quatrième Dimension. En outre, les thuriféraires de longue date évoquent une série télévisée avant-gardiste. Une décennie avant l'avènement de la société de consommation, The Twilight Zone préfigure déjà notre intempérance pour l'égotisme et l'eudémonisme. The Twilight Zone peut également s'approximer à une toute une série de paraboles et de métaphores sur toutes les tares et carences qui nimbent notre Humanité en déliquescence, à savoir cet individu esseulé et isolé dans une société de plus en plus individualiste.

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Telle est, par ailleurs, la thématique prédominante dans le bien nommé Solitude. Pour l'anecdote superfétatoire, "Rod Serling avait, à l'origine, écrit un épisode appelé Happy Place, dans lequel les personnes qui fêtaient leurs soixante-dix ans étaient déclarées comme inutiles et exécutées. Cette histoire fut déclarée trop pessimiste et rejetée" (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Saison_1_de_La_Quatri%C3%A8me_Dimension#%C3%89pisode_1_:_Solitude). Bien sûr, cet épisode pilote contient déjà tous les relents et linéaments de la Guerre Froide, sur fond de menace nucléaire et atomique.
Mais, sur la forme comme sur le fond, Solitude revêt les oripeaux d'une parabole - voire une hyperbole sur cette guerre spatiale que la Russie et les Etats-Unis se sont nûment déclarés, une guerre spatiale qui doit se solder par la conquête de la Lune ; une façon comme une autre d'affermir son hégémonie à travers le monde.

N'oublions pas que dix ans plus tard, après une lutte acharnée, ce sont les Américains qui remporteront la première bataille en envoyant le premier homme (Neil Armstrong) sur l'astre sélénite. Plusieurs hommes - volontaires ou non - serviront de cobayes pour fomenter un voyage lunaire déjà dans les projets des deux forces antagonistes. Désormais, la guerre ne sera plus seulement sur terre ou dans les airs, mais également dans l'espace. De nouvelles martialités sont en marche... Mais dans Solitude, il n'est pas seulement question de cet affrontement immanent entre les Américains et les Soviétiques. Un homme, Mike Ferris, évolue dans une ville désertique.
L'individu souffre d'amnésie. Il ne sait pas d'où il provient et pourquoi il se retrouve - manu militari - au sein d'un décor vidé de sa substance. 
Au fil de ses pérégrinations, il ne rencontrera que tristesse et désolation, comme si la Terre avait été délestée de tous ses habitants. Solitude s'apparente également à une métaphore sur notre future société exsangue. Il ne s'agit pas vraiment de la fin du monde, mais plutôt de la fin d'un monde. Pour survivre, l'homme devra seulement compter sur lui-même et adopter un point de vue anthropocentrique. Ce choix, à la fois conscient et déconcertant, ne pourra que le conduire vers une spirale de géhennes et de résipiscence.
Bref, vous l'avez compris. On tient là un épisode pilote particulièrement prometteur et qui annonce déjà des jours cléments - mais nimbés par les ténèbres - pour La Quatrième Dimension !

 

Note : 15.5/20

(1) Synopsis de l'épisode sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Saison_1_de_La_Quatri%C3%A8me_Dimension#%C3%89pisode_1_:_Solitude



sparklehorse2 Alice In Oliver