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Genre : Animation, horreur (interdit aux - 12 ans)

Année : 2016

Durée : 1h32

 

Synopsis :

Suk-gyu est à la recherche de sa fille Hye-sun qui a fugué, il découvre qu'elle est devenue une prostituée. Alors qu'il est sur le point de la retrouver, une épidémie de zombies se répand dans Séoul.

 

La critique :

Les thuriféraires du blog qui se comptent par milliers (à la petite louche) doivent certainement savoir que le cinéma coréen a le vent en poupe ces temps-ci avec un arrivage chaque semaine de nouvelles pellicules dans les colonnes aussi variées qu'outrecuidantes. Evidemment, il faut remonter à la genèse même de Cinéma Choc pour déceler des premières traces de ce cinéma asiatique qui a su s'attirer au cours du temps les louanges, dithyrambes et autres satisfécits du monde entier. Toujours la même rengaine, rien de neuf sous le soleil. Toutefois, les films qui se sont le mieux exportés chez nous se résumaient essentiellement à des thrillers coup de poing, avec une composante horrifique ou non. Mais même parmi tout ça, il n'est pas si évident qu'on pourrait le croire de bénéficier d'une exploitation à l'internationale. L'ère des Bong Joon-ho, Kim Jee-woon, Na Hong-jin et Park Chan-wook règne sans partage et à juste titre au vu de leur érudition qu'il serait presque insultant de rappeler.
Conscient que se limiter à cette couche n'aurait pas été juste et connaissant ma petite curiosité qui se jette sur un peu tout ce qui passe, la rétrospective sur le cinéma coréen était née. Le but simple comme bonjour était de fournir une base de données suffisamment exhaustives sur le site, dans la limite de mes possibilités, cela va sans dire. 

Il y a déjà quatre ans, un homme réussit à faire sensation, d'abord chez lui puis hors de ses frontières. Les critiques exultaient, sa présence au Festival de Cannes fut correctement accueillie et même des critiques aussi pointilleuses que Les Cahiers du Cinéma étaient séduits par ce phénomène. On parlait presque du renouveau de film de zombies. Avec Dernier Train pour Busan, Yeon Sang-ho claquait à la face de tous les sceptiques que ces êtres puants et sanguinaires n'avaient pas encore dit leur dernier mot si on y mettait un peu de talent. Un concept original qui sera payant en raison de son très grand succès au box-office et des récompenses qui suivront dans la foulée.
Même si mes connaissances sont assez minces dans ce domaine, je ne me souviens pas avoir vu ces dernières années un film de zombies recueillir autant de congratulations. Que soit, il ne sera pas question de parler davantage du métrage susmentionné qui a déjà pu s'enorgueillir d'un billet dans nos colonnes il y a déjà un long moment. On s'attardera sur sa préquelle, car oui Dernier Train pour Busan avait une préquelle pour ceux qui ne le savaient pas. Et c'est là que ce petit tour à gambader en Corée du Sud sera original en son genre puisque nous voguerons dans le film d'animation. C'est rare mais ça arrive et c'est une première pour cette nation.

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ATTENTION SPOILERS : Suk-gyu est à la recherche de sa fille Hye-sun qui a fugué, il découvre qu'elle est devenue une prostituée. Alors qu'il est sur le point de la retrouver, une épidémie de zombies se répand dans Séoul.

Dans l'inconscient collectif, on relie le dessin animé à la jeunesse, l'innocence et l'insouciance. C'est pourtant balayer le fait que l'animation ne se résume pas à Dora l'Exploratrice et que certains ont décidé de le maturer pour un public adulte ou tout du moins adolescent. Le phénomène "japanimation" qui est arrivé dans les années 90 peut en témoigner. Mais qu'en est-il d'un dessin animé coréen ? Se rapproche-t-il de la patte graphique japonaise ? Une chose à la fois et tâchons de rappeler les faits. Dernier Train pour Busan voyait son histoire démarrer dans la Séoul nocturne, un père et sa petite fille prenaient le KTX pour rejoindre la mère quand une épidémie aussi incompréhensible qu'incontrôlable ne se déclarait. Chronologiquement, Seoul Station démarre sur une ville plongée dans la lueur du soleil couchant. Un SDF arpente les lieux publics, visiblement très mal en point, subissant les regards distants des passants. Pour ceux qui ont vu son Dernier Train pour Busan, vous avez sans doute pu être charmé par l'inexistence d'un fond creux comme c'est très très souvent le cas dans le film de zombies.
C'est un point qui a surpris les critiques qui l'ont davantage salué. Sang-ho a montré qu'il savait manier divertissement et intelligence. Sur fond de crise économique et sociale, des financiers se complaisaient dans des pratiques discutables pour sauver leurs intérêts. Quant à l'origine de la souche virale, elle aurait un lien avec des montages économiques mais nous n'en savons pas encore suffisamment.

Sans réitérer l'exploration des dérives du capitalisme, Seoul Station reste, néanmoins, focalisé sur le sujet essentiel de la société coréenne qui est selon lui déjà malade de base. Pas de corruption qui tienne mais un rejet banalisé des personnes en situation de précarité, les sans-abris en l'occurrence. L'incubation prend place dans un environnement anxiogène, individualiste où chaque élément rabroue celui (ou ceux) qui est plus bas que lui comme pour se rassurer de sa condition et gonfler son ego. Les boucs émissaires rêvés sont les SDF qui permettent à une personne de se créer un petit sentiment de supériorité, lui rappeler qu'il y a toujours pire et qu'il n'est pas le dernier du peloton.
Sang-ho aborde la laideur humaine de manière frontale en l'affichant comme narcissique, hypocrite, antipathique, égoïste et individualiste. Ces défauts sont les grands maux du monde actuel toujours plus noyé sous un flot continu de consumérisme. Toute personne qui vivra en marge des lois se fera ostraciser, les sans-abris étant les personnes les plus à risque car ce n'est pas qu'elles ne veulent pas adhérer à ce mode, c'est qu'elles n'y arrivent pas. 

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Lequel des zombies ou de ces visages narquois qui jubilent d'écraser les plus faibles sont les plus dangereux ? La question mérite d'être posée et quant à la réponse, on se montrera circonspect sur la prétendue évidence. A de nombreuses reprises, nous entendrons quelques remarques véhémentes sur les SDF. Les policiers, submergés par un attroupement de zombies, ne trouveront rien de mieux que de se dire que cela ne peut être que des "clochards" pour en arriver à des comportements pareils. Hélas, ce mal biologique touche n'importe quelle caste, mettant chaque individu contaminé sur le même plan, qu'il soit prolétaire ou bourgeois. Il n'y a pas de distinction dans cette société émergente, cette Faucheuse qui désintègre toute raison, conscience et libre-arbitre pour que seuls les instincts bestiaux et, dans l'absolu, cannibales soient l'unique vérité absolue. Oui, Seoul Station avait déjà posé les bases, Sang-ho ne tenant pas à claquer un simili Resident Evil sans fond. 

Dans cette trame, nous serons invités à suivre des personnages tantôt miséreux, tantôt vils dont le seul espoir est de garder ce qui fait d'eux des humains au sens propre du terme. Qu'on se le dise, ce choix de support assez original offre une petite bouffée d'air frais, loin des vrais acteurs et du "vrai" monde. Tourné clairement vers un public adulte au vu de sa maturité, de sa violence et de sa dimension horrifique, Sang-ho parvient à créer une histoire qui tienne la route, malgré quelques tares. Ainsi, les séances de jérémiades et autres pleurs intermittentes pourront en lasser plus d'un. Cela impactera forcément un film qui perd en émotions. De plus, on accusera une certaine répétitivité.
Chacun pense à se retrouver mais le récit ne décolle que rarement, en tout cas pas durant la première partie qui met pas mal de temps avant que l'invasion ne commence véritablement. Et même là, cette impression de fin du monde que nous ressentions dans Dernier Train pour Busan n'est pas de la partie. Séoul apparaît parfois étrangement calme.

 

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Enfin, une chose qui suscitait tout autant ma curiosité était la patte esthétique. Est-ce que la Corée du Sud a une maîtrise artistique différente, un cachet qui la différentie du Japon ? La réponse est oui comme en attestent les images qui semblent presque se rapprocher sur certains points d'une animation occidentale. Seoul Station ne suit pas le cahier de charges des Chevaliers du Zodiaque et Pokémon, se permettant un montage véritablement professionnel avec son lot de travellings et de caméras pivotant harmonieusement à 180 degrés dans certaines scènes de poursuite. On apprécie grandement. Pour la composition musicale, on a quelque chose de bon, sans que ça ne propulse nos oreilles dans le Jardin d'Eden. Enfin, vous vous doutez que l'on ne s'attardera pas sur un casting vu qu'il n'y a aucun acteur. Mentionnons, néanmoins, que l'animation des personnages est fluide et que leurs expressions faciales sont cohérentes. Après, il conviendra à chacun de s'y attacher, certains se montrant parfois insipides.

N'étant pas du tout un connaisseur en anime, je ne saurais effectuer une comparaison entre ceux appartenant aux domaines des zombies dégueulasses et pas beaux. Généralement, ils ne sont conçus qu'à but de défouloir et de larguer la dose d'hémoglobine. Il n'y a pas de programme de dénonciation ou de quelconque critique. Sang-ho n'est pas de ceux-là puisqu'il a préféré aux 2000 L de sang de zombies une histoire intelligente qui illustre toutes les tares de son pays qui a épousé le capitalisme de l'Oncle Sam. Dédaigneux envers leurs compatriotes qui n'ont pas eu de chance dans la vie, les coréens fracturent eux-mêmes leur société où chacun finit par ne plus penser qu'à sa gueule. Alors, oui il y a des défauts qui atténuent considérablement la qualité du soft.
Oui certains ne se montreront pas convaincus par le principe même du dessin animé. Ce qui peut se comprendre. Mais martelons que Seoul Station reste une pellicule de bonne qualité, qui ne fera pas date certes mais qui a au moins le mérite d'avoir créé une ébauche d'une "licence" de qualité. Vivement Peninsula en août ! 

 

Note : 13/20

 

 

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