contagion 2011

Genre : anticipation, science-fiction, drame
Année : 2011
Durée : 1h46

Synopsis : Une pandémie dévastatrice explose à l’échelle du globe… Au Centre de Prévention et de Contrôle des Maladies, des équipes se mobilisent pour tenter de décrypter le génome du mystérieux virus, qui ne cesse de muter. Le Sous-Directeur Cheever, confronté à un vent de panique collective, est obligé d’exposer la vie d’une jeune et courageuse doctoresse. Tandis que les grands groupes pharmaceutiques se livrent une bataille acharnée pour la mise au point d’un vaccin, le Dr. Leonora Orantes, de l’OMS, s’efforce de remonter aux sources du fléau. Les cas mortels se multiplient, jusqu’à mettre en péril les fondements de la société, et un blogueur militant suscite une panique aussi dangereuse que le virus en déclarant qu’on "cache la vérité" à la population…  

La critique :

La fin du monde, l'Armageddon et d'une façon générale l'Apocalypse ont toujours inspiré le noble Septième Art. Dès les années 1910, le cinéma se focalise sur cette menace potentielle et putative qui guette patiemment notre planète, rayant au passage l'intégralité de l'humanité. Les cinéphiles les plus avisés mentionneront sans barguigner le bien nommé La Fin du Monde (August Blom, 1916). Depuis, les temps funestes et eschatologiques sont incessamment réactivés, soit par le passage imminent d'une météorite de taille cyclopéenne (Armageddon, Michael Bay, 1998), une Troisième Guerre mondiale sous l'égide de l'atome et du nucléaire (Le Jour d'Après, Nicholas Meyer, 1983), une humanité en péril qui se délite et se désagrège sans explication rationnelle (Le Sacrifice, Andreï Tarkovski, 1986), des terres infertiles qui paupérisent et affament l'Humanité toute entière (Interstellar, Christopher Nolan, 2014), ou encore par l'arrivée massive et inexpugnable de zombies anthropophages (La Nuit des Morts-Vivants, George A. Romero, 1968).

Mais parfois, la menace n'est pas toujours perceptible. Pis, elle peut même parfois atteindre une taille infinitésimale, en particulier sous une forme virale, par ailleurs capable de muter à une vitesse exponentielle ; et décimant la quasi intégralité de l'humanité. Dans cette optique microbienne, toute une pléthore de longs-métrages existent. Là aussi, les laudateurs les plus avisés n'omettront pas de notifier des oeuvres telles que La Jetée (Chris Marker, 1962), L'armée des 12 singes (Terry Gilliam, 1995), le bien nommé Virus (Kinju Fukasaku, 1980), Alerte ! (Wolfgang Peterson, 1995), Pandemic (John Suits, 2016), Le mystère Andromède (Robert Wise, 1971), ou encore Infectés (Alex et David Pastor, 2009).
Tous ces films stipulés nous ont alerté - avec plus ou moins de finauderie et de sagacité - sur le risque d'épidémie mondiale (ou pandémie)

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Mais, selon les cinéphiles les plus chevronnés, c'est sans doute le bien nommé (lui aussi...) Contagion, et réalisé par la diligence de Steven Soderbergh en 2011, qui reste le film le plus réaliste (et crédible) sur ce sujet spinescent. Il faut bien l'admettre et même le reconnaître. Depuis sa sortie cinéma (presque dix ans maintenant...), on avait oublié et phagocyté cette oeuvre à la fois préventive, eschatologique et plutôt bien documentée sur le sujet. Mais avec notre triste actualité, elle aussi nimbée par les ténèbres, Contagion a glané le statut de film culte et surtout ravivé certaines réminiscences. En effet, on décèle de nombreuses contiguïtés entre le film et notre triste réalité.
Qu'elles soient réelles ou fictives, les deux pandémies (celle invoquée par le film et le coronavirus) trouvent leur source et leur genèse sur le sol chinois.

Selon certaines sources, elles seraient également générées par la chauve-souris et surtout par les effets délétères d'une mondialisation sauvage. A l'instar du film, l'anamnèse du coronavirus laisse songer à des symptômes similaires à la grippe, atteignant principalement les voies respiratoires. Mais les conséquences ne sont pas seulement médicales, sanitaires et sociales. Elles résonnent sur la politique et même sur la scène internationale. C'est probablement la raison pour laquelle Contagion atteint le dixième rang des films les plus téléchargés sur le site iTunes. "
Le scénariste Scott Z. Burns indique ne pas être surpris de ces similarités, rappelant que les experts qu'il avait sollicités pour l'écriture étaient convaincus de la survenue d'un tel épisode à terme" (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Contagion_(film)

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En effet, pour l'écriture du film, Steven Soderbergh requiert l'omniscience de plusieurs experts épidémiologistes. En outre, ces derniers s'inspirent d'un véritable cas d'épidémie de grippe survenu en 1918 et décimant tout un pan de la population mondiale. Aujourd'hui, certains thuriféraires évoquent carrément un film visionnaire, là où Contagion était jugé beaucoup trop alarmiste au moment de sa sortie. Un oxymore... Reste à savoir si Contagion justifie - ou non - son visionnage. Réponse à venir dans les lignes éparses de cette chronique... La distribution du film se compose de Marion Cotillard, Matt Damon, Laurence Fishburne, Jude Law, Gwyneth Paltrow, Kate Winslet, Jennifer Ehle, John Hawkes, Elliot Gould, Sanaa Lathan, Bryan Cranston, Demetri Martin et Monique Gabriella Curnen.
Attention, SPOILERS ! Une pandémie dévastatrice explose à l’échelle du globe…

Au Centre de Prévention et de Contrôle des Maladies, des équipes se mobilisent pour tenter de décrypter le génome du mystérieux virus, qui ne cesse de muter. Le Sous-Directeur Cheever, confronté à un vent de panique collective, est obligé d’exposer la vie d’une jeune et courageuse doctoresse. Tandis que les grands groupes pharmaceutiques se livrent une bataille acharnée pour la mise au point d’un vaccin, le Docteur Leonora Orantes, de l’OMS (organisation mondiale de la santé), s’efforce de remonter aux sources du fléau pandémique. Les cas mortels se multiplient, jusqu’à mettre en péril les fondements de la société, et un blogueur militant suscite une panique aussi dangereuse que le virus en déclarant qu’on "cache la vérité" à la population… Le cinéma d'antipation et de science-fiction avait déjà exploré cette probabilité anxiogène. Oui, nonobstant sa capacité de recherche et de technologie, l'humanité sera dépassée, disloquée et désemparée par un organisme viral d'une taille infinitésimale.

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Curieux paradoxe - pour le moins péremptoire - qui témoigne, bon gré mal gré, de la fébrilité de nos sociétés. Oui, dans cette lutte acharnée, il y aura des pays vainqueurs (essentiellement le continent asiatique) et ceux qui seront sur la voie de la paupérisation de masse (l'Europe comme nouvel épicentre). Il est d'ailleurs amusant de notifier que ce serait la France (grimaces de circonstance...) qui posséderait la panacée contre le virus dans le film... Une lapalissade... Au moins, l'Apocalypse de Steven Soderbergh ne verse jamais dans la redondance ni la complaisance. Non, vous n'assisterez pas à un déluge, voire à un spicilège, d'explosions ni de déflagrations.
Contagion s'écarte sciemment des blockbusters américains habituels pour obliquer vers d'autres rhétoriques et considérations politiques.

En l'occurrence, Contagion s'approxime à une sorte de documentaire ultra réaliste sur un chaos d'ordre planétaire. C'est probablement ce dernier aspect qui confère au film une aura dramatique, presque médiumnique et très ancrée dans notre société contemporaine. Ici, tous les ingrédients épidémiologiques sont coalisés, à savoir ce lobbying pour la recherche d'un vaccin putatif, des morts qui s'amoncellent, une éradication massive qui touche à la fois les riches, les pauvres, les puissants, les femmes comme les enfants. Personne ne sera épargné, à l'exception de quelques individus curieusement immunisés. Les thèses conspirationnistes trouvent à leur tour un nouvel essor.
Lorsque les médias débonnaires épousent conjointement le pouvoir hégémonique et dominant, la plèbe bifurque vers une autre source d'information, elle aussi spécieuse et fallacieuse.

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Pour étayer cette didactique, Steven Soderbergh se polarise sur la vie de plusieurs Américains lambda. C'est à la fois la principale force et aussi la principale impéritie du film. Pourquoi, diantre, ne pas s'être focalisé sur des personnages issus de diverses contrées ? Certes, Steven Soderbergh adopte un point de vue clinique, presque chirurgical, d'où cette critique (plus ou moins justifiée) de toute absence d'empathie envers ses divers protagonistes. Mais, pour Steven Soderbergh, le véritable enjeu se situe ailleurs ; pas forcément (pas vraiment...) dans cette floraison de cadavres humains qui s'agglomèrent dans les pompes funèbres, mais plutôt dans cette quête effrénée du patient zéro. Pour le cinéaste, il s'agit de décrypter les raisons parfois ineffables de cette pandémie. 
Certes, le virus est composé de séquences de porc et de chauve-souris. Mais surtout, il est la traduction idoine d'un système mondialisé, usé (rongé...) jusqu'à l'os et ayant pour corollaire le mutisme de notre humanité. Il est à la fois le révélateur et le catalyseur des forces en présence. Il y a ceux qui triompheront et sauveront leur population par leur production sanitaire et industrielle. Et il y aura ceux qui périront pour avoir sacrifié leur souveraineté étatique au nom du libre-échange et de quelques technocrates patentés. De quoi méditer et ratiociner sur notre propre fatum... Hélas... Et c'est exactement ce que tente d'opérer et de démontrer Steven Soderbergh via ce long-métrage grimé en documentaire.

 

Note : 15/20

 

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