the bay

Genre : horreur, épouvante, found footage, "documenteur" (interdit aux - 12 ans) 
Année : 2012
Durée : 1h28

Synopsis : Dans la baie du Maryland, une bactérie non identifiée contamine le lac et ceux qui s’en approchent… 

 

La critique :

Lorsque l'on invoque le terme de "found footage", on songe invariablement au film Le Projet Blair Witch (Eduardo Sanchez et Daniel Myrick, 1999). Pour souvenance, ce long-métrage d'épouvante s'agençait sur une histoire à priori bien réelle, à savoir que le FBI aurait retrouvé une caméra égarée dans une forêt prétendument ensorcelée. En outre, la susdite caméra relate les dernières pérégrinations d'étudiants un peu trop téméraires. La forêt de Blair Witch serait habitée par des esprits machiavéliques. Mythe ou réalité ? Le Projet Blair Witch épouse la seconde hypothèse.
Pas besoin d'effets spéciaux voluptuaires ni d'un budget dispendieux pour susciter l'effroi, ainsi que quelques trémolos dans la voix. La recette, aussi éculée soit-elle, repose benoîtement sur nos bonnes vieilles peurs archaïques.

Quelques années plus tard, Eduardo Sanchez et son fidèle acolyte révèleront la duperie matoise. Ce témoignage vidéo est évidemment factice. Le Projet Blair Witch s'ébaudit de cette frontière ténue entre la fiction et la réalité. Tel est le principal leitmotiv du "found footage", un registre cinématographique qui partage certaines accointances avec le "Mondo", mais ceci est un autre débat... Pourtant, Eduardo Sanchez et son prosélyte n'ont strictement rien inventé. Dixit les propres aveux des deux auteurs démiurgiques, le concept de Le Projet Blair Witch s'inspire du syllogisme de Cannibal Holocaust (Ruggero Deodato, 1980). Inutile de s'appesantir sur ce long-métrage issu du cinéma underground. A l'époque, le réalisateur envoie ses propres comédiens se colleter avec la jungle sauvage.
Ces derniers sont sommés de supplicier et de tortorer la faune et la flore. 

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Cette fois-ci, les sévices pratiqués sur les animaux sont hélas bien réels. Ruggero Deodato sera prié de s'expliquer devant la justice transalpine, sévèrement courroucée pour l'occasion. Le cinéaste est accusé d'avoir massacré, ou plutôt d'avoir empalé une comédienne. Heureusement, l'infortunée est toujours vivante ! Cannibal Holocaust n'élude pas le couperet acéré de la censure et du scandale via l'ultime réprobation, soit une interdiction aux moins de 18 ans. En sus, le film est carrément banni, voué à l'opprobre et aux gémonies dans plusieurs pays.
La légende du found footage est en marche ! En raison de leur succès pharaonique lors de leur exploitation en vidéo ou en salles, Le Projet Blair Witch et Cannibal Holocaust vont inspirer toute une floraison d'épigones, que ce soit dans les registres de l'horreur et de la science-fiction.

Les thuriféraires du genre n'omettront pas de stipuler des oeuvres telles que Rec (Jaume Balaguero et Paco Plaza, 2008), la saga Paranormal Activity (amorcée par Oren Peli en 2009), Grave Encounters (The Vicious Brothers, 2011), Chronicle (Josh Trank, 2012), ou encore Cloverfield (Matt Reeves, 2008) parmi les métrages notables et éventuellement notoires. Mais qui aurait gagé sur le retour de Barry Levinson, en particulier dans le film d'horreur, et plus précisément dans le found footage ? Personne ou presque... La carrière cinématographique du cinéaste américain débute vers l'orée des années 1980 via Diner (1982). A postériori, le metteur en scène se spécialise surtout dans les comédies et les dramaturgies. On lui doit notamment Le secret de la pyramide (1985), Good Morning Vietnam (1987), Rain Man (1988), Bugsy (1991), Toys (1992), Harcèlement (1994), Sleepers (1996), Des hommes d'influence (1997), Sphère (1998), Bandits (2001), Man of the Year (2006), Panique à Hollywood (2008), ou encore Rock the Kasbah (2015).

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A l'aune de cette filmographie sélective, rien ne laissait augurer de voir Barry Levinson lutiner et s'acoquiner avec le cinéma d'épouvante. Pis, certains laudateurs estiment que le cinéaste n'a plus réalisé un vrai "bon" film depuis la sortie de Sleepers. On pensait légitimement que Barry Levinson pointait au chômage, voire à une retraite pérenne. Gravissime erreur ! On pouvait également gloser et s'interroger sur la présence d'un tel cinéaste derrière un film d'horreur. De surcroît, s'attaquer à un found footage s'apparentait à une mission plutôt périlleuse, surtout pour un metteur en scène peu coutumier du genre. Barry Levinson est-il apte à nous surprendre via The Bay, sorti en 2012 ?
Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... Contre toute attente, le long-métrage horrifique est reçu sous les vivats et les ovations d'une presse unanimement panégyriste.

Selon certaines critiques avisées, le film serait la parfaite antithèse de Cloverfield, sorti quatre ans plus tôt. A l'origine, la genèse d'un tel projet provient de certaines exhortations de producteurs. Ces derniers réclament un documentaire qui se polariserait sur "la détérioration de la flore sous-marine de la baie de Chesepeake" (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/The_Bay). La requête est immédiatement ouïe par Barry Levinson qui s'affaire à l'ouvrage. C'est ainsi que naît le scénario de The Bay. Mais le film ne sera pas un documentaire, mais plutôt un "documenteur" (un faux documentaire si vous préférez...), finalement dans la grande tradition du found footage.
Pour l'anecdote superfétatoire, The Bay s'inspire d'un véritable isopode qui se sustente de l'intérieur et de la carcasse de certains poissons. 

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La distribution du film risque de ne pas vous évoquer grand-chose, à moins que vous connaissiez les noms de Kether Donohue, Will Rogers, Kristen Connolly, Frank Deal, Stephen Kunken, Christopher Denham, Nansi Aluka, Andy Stahl et Robert C. Treveiler ; mais j'en doute... Attention, SPOILERS ! Dans la baie du Maryland, une bactérie non identifiée contamine le lac et ceux qui s’en approchent. Cette étrange affaire est suivie par une journaliste qui commente divers événements, à savoir les recherches scientifiques d'un couple d'océanographes, de médecins urgentistes incapables d'endiguer cette nouvelle forme d'épidémie, ou encore d'un autre couple qui finira par dépérir...
Autant l'annoncer sans ambages.
The Bay est une série B horrifique. Budget modeste oblige, le film n'a pas pour aspérité d'itérer les fulgurations mutines d'un Cloverfield. Petite piqûre de rappel.

Avec Cloverfield, Matt Reeves nous avait promis un kaiju eiga (un film de monstre) paroxystique. Au final, on a eu le droit à un pétard mouillé. Au moins, The Bay n'a aucune présomption, si ce n'est de présenter doctement les faits. C'est toute l'ingéniosité du film. Au regard de Barry Levinson, l'actualité n'est plus seulement l'apanage de nos médias. The Bay épouse le prisme de notre société contemporaine, à la fois transie par les réseaux sociaux, les nouvelles technologies et même les théories conspirationnistes. Résolument moderne dans son propose, The Bay s'achemine sur cette profusion d'informations essaimées par Facebook, Skype et autres technologies de communication subalternes. Malicieux, Barry Levinson élude l'écueil du film aux rémanences écologiques, même si cette doxa dominante apparaît en filigrane. Ainsi, The Bay nécessite plusieurs niveaux de lecture pour être appréhendé à sa juste valeur.

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Aux yeux de Barry Levinson, la menace est à la fois intérieure et extérieure. Elle est à la fois symbolisée par ces larves de parasites qui se sustentent de nos intestins et nos organes, mais (et surtout) par notre propre débonnaireté. Ce n'est pas aléatoire si l'action de The Bay se déroule presque à huis clos et dans une petite communauté américaine. Oui, on tient là le ou l'un des meilleurs found footage de ces dix dernières années, ce qui n'était pas trop difficile à l'aune d'une concurrence certes apoplectique, mais finalement atone ; à l'instar de tous ces DTV (direct-to-video) stériles. Evidemment, The Bay n'est pas exempt de tout grief. Ainsi, on pourra légitimement tonner et clabauder contre toutes ces thématiques expressément relatées et formulées. De tels sujets auraient mérité un bien meilleur étayage.
Toutefois, il faudrait se montrer particulièrement rustre et vachard pour ne pas discerner les étonnantes arguties de The Bay. Indubitablement, on n'attendait rien ou presque autant de ce found footage, encore moins de Barry Levinson... On avait tort...

 

Note : 15/20

 

 

sparklehorse2 Alice In Oliver