snatchers 2019 film

Genre : horreur, épouvante, science-fiction (interdit aux - 12 ans)
Année : 2019
Durée : 1h35

Synopsis : Sarah fait l'amour pour la première fois et le lendemain se retrouve enceinte... d'un alien. 

 

La critique :

Régulièrement, la science-fiction s'acoquine avec le registre de l'épouvante. L'un des exemples les plus éloquents se nomme L'Invasion des Profanateurs de Sépultures (Don Siegel, 1956). Ce classique sérénissime repose sur un scénario à priori laconique. Un médecin s'éveille parmi ses congénères et leur raconte une histoire invraisemblable. Dans une petite communauté claustrée des Etats-Unis, des familles alertent sur le changement de comportement de leurs proches, de leurs enfants et de leur parentèle, comme si ces derniers avaient été dépossédés de leur âme.
Pendant longtemps, les thuriféraires de SF et d'épouvante y verront une métaphore sur la peur du communisme. Pourtant, L'Invasion des Profanateurs de Sépultures, Invasion of the Body Snatchers de son titre originel, s'approxime davantage à une parabole sur notre société en déperdition.

Il ne s'agit pas vraiment de la fin "du" monde, mais plutôt de la fin "d'un" monde. A l'époque, la population est encore tarabustée par les rémanences et les réminiscences de la Seconde Guerre Mondiale. En sus, la Russie et les Etats-Unis se disputent la couronne de la nation la plus hégémonique via la course aux missiles et cette menace putative (voire probable) d'une Troisième Guerre mondiale. Le monde entier vit dans la peur et la terreur. Pis, certains témoins relatent la présence d'OVNI (objets volants non identifiés) aux alentours de la zone 51. L'Invasion des Profanateurs s'octroie les ferveurs et les satisfécits des cinéphiles les plus aguerris. Il était donc logique que le long-métrage se transmute - un jour ou l'autre - en remake via L'Invasion des Profanateurs (Philip Kaufman, 1978).
Cette fois-ci, nos vils extraterrestres ont pour dessein d'envahir notre planète.

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Ce sont des plantes qui, sous la forme de cocons, transforment les êtres humains en des individus amorphes et délestés de toute labilité émotionnelle. Nous sommes tous parfaitement semblables, tels des consommateurs apathiques et égocentriques. Quinze ans plus tard, Abel Ferrara réitérera peu ou prou la même dialectique comminatoire via Body Snatchers (1993). Seule dissimilitude et pas des moindres, les échauffourées se déroulent dans une base militaire. Toutefois, le didactisme reste peu ou prou similaire. Un jour où l'autre, l'être humain est condamné à s'anémier et à péricliter sous le joug de l'individualisme à tous crins... Inexorablement...
Puis, c'est au tour d'Oliver Hirschbiegel et de James McTeigue de proposer une nouvelle version de cette contamination insidieuse via le bien nommé Invasion (2007).

Cette fois-ci, pas grand-chose à signaler à l'horizon si ce n'est une production lambda, à peine sauvée par cette collusion entre Daniel Craig et Nicole Kidman. Qu'à cela ne tienne. Cette étrange forme d'inoculation sera scrutée et sondée par le cinéma asiatique via un film éponyme, donc toujours Invasion (Kiyoshi Kurosawa, 2017). En l'état, difficile d'évoquer cette ixième version dans nos lignes éparses puisque nous n'avons pas eu l'heur de découvrir ni de visionner ce quatrième remake officieux (officiel ?), rien que ça ! Mais vous l'avez compris. Ces extraterrestres qui volent notre âme en déliquescence peuvent placidement dormir sur leurs deux oreilles. Nos aliens anthropomorphes inspirent régulièrement les genres science-fictionnels et épouvante.
Preuve en est avec Snatchers, réalisé par la diligence de Stephen Cedars et Benji Kleiman en 2019.

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Selon nos sources, ce long-métrage serait l'adaptation d'une série télévisée homonyme, par ailleurs inconnue au bataillon et inédites dans nos contrées hexagonales. Auparavant, Stephen Cedars a essentiellement officié dans le monde de la série télévisée. Même chose pour Benji Kleiman. A raison, on pouvait légitimement craindre cette cinquième version de L'invasion des profanateurs de sépultures, d'autant plus que Snatchers s'apparente à une série B désargentée. Dixit les propres aveux de leurs auteurs démiurgiques, Snatchers a pour principal leitmotiv de flagorner un public juvénile.
En sus, hormis son intitulé, Snatchers n'est pas vraiment un remake d'Invasion of Body Snatchers, mais plutôt une séquelle, voire un film alternatif. En raison de son statut de série B impécunieuse, le métrage n'a pas connu de distribution dans les salles de cinéma.

En outre, Snatchers a dû se départir et se colleter dans divers festivals où il n'a pas spécialement laissé un souvenir impérissable, loin de là... Reste à savoir si ce film mérite - ou non - qu'on s'y attarde. Réponse à venir dans les lignes de cette chronique. La distribution de Snatchers risque de ne pas vous évoquer grand-chose, à moins que vous connaissiez les noms de Mary Nepi, Gabrielle Elyse, J.J. Nolan, Austin Fryberger, Nick Gomez, Rich Fulcher, Amy Landecker et Ashley Argota. Attention, SPOILERS ! Sarah, une lycéenne, s'éprend du beau Skyler. Elle copule copieusement avec le jeune homme. Dès le lendemain, l'adulescente se retrouve enceinte de neuf mois.
Sarah tente de dissimuler la duperie matoise à sa matriarche. Elle alerte alors Hayley, sa meilleure amie. Elle accouche alors d'une entité extraterrestre.

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L'alien est une sorte d'arachnide qui se reproduit à une vitesse astronomique. Les sales bestioles ne vont pas tarder à envahir la ville et à s'emparer de l'esprit de ses habitants... Vous l'avez donc compris. A l'aune de cette exégèse peu passionnante, on relève certaines contiguïtés matoises avec L'Invasion des Profanateurs, la paranoïa, la sagacité et le raffinement en moins. Paradoxalement, Snatchers n'a pas du tout les mêmes aspérités et n'a pas vraiment pour velléité de baguenauder dans le même sillage que ses augustes antécesseurs. Ainsi, toute la première partie du film s'approxime à une sorte de comédie loufoque sur les affres de l'adolescence.
Le spectateur éberlué est sommé de suivre les pérégrinations de Sarah et de sa meilleure copine. Direction la chirurgie obstétrique pour mettre au monde une sorte d'arachnide véhémente et hargneuse.

Après d'interminables louvoiements et atermoiements, Snatchers trouve enfin son rythme de croisière. Hélas, pour le spectateur hébété, il faudra faire preuve de longanimité et patienter une bonne heure avant de voir le film s'extirper de l'ornière. Auparavant, Snatchers s'échine à édifier une sorte de comédie égrillarde et survoltée, à peine sauvée par son duo principal. Certes, Mary Nepi et son acolyte (Gabrielle Elyse) semblent beaucoup s'amuser dans cette pitrerie inconséquente. Seul bémol et pas des moindres, cette variation de L'invasion des profanateurs aurait mérité un bien meilleur étayage. Qui sont ces extraterrestres qui semblent provenir d'une malédiction maya ?
Une question qui restera hélas en suspend... Néanmoins, Snatchers retrouve un peu de verve et de luminescence lorsqu'il verse dans davantage d'âpretés et d'érubescences... 

En vain... Faute de budget, il faudra se contenter d'effets spéciaux joliment surannés. Sur le fond comme sur la forme, Snatchers abandonne les thématiques de L'invasion des profanateurs pour s'assimiler à une sorte de clone avarié de Hidden (Jack Sholder, 1987), là aussi la finesse et la bienséance en moins. Le film de Stephen Cedars et Benji Kleiman semble faire voeu d'obédience à toutes ces séries B horrifiques des années 1980. Mais ne réalise pas Le Blob (Chuck Russell, 1988) qui veut. Telle est la leçon dogmatique qu'auraient dû retenir les deux comparses euphoriques.
Lors du générique final, on est légitimement en droit de gloser et de se demander s'il faut s'esclaffer ou larmoyer devant cette pantalonnade à peine assumée. En l'état et surtout par clémence, Cinéma Choc optera pour le nanar patenté. 

 

Côte : Nanar

sparklehorse2 Alice In Oliver