Phantom_Love

Genre : Expérimental, inclassable

Année : 2007

Durée : 1h26

 

Synopsis :

Un drame surréaliste sur une famille aliénée qui se déroule à Koreatown, Los Angeles et Rishikesh, en Inde.

 

La critique :

Certes, l'apanage de Cinéma Choc n'est pas seulement d'offrir la part belle au cinéma d'horreur, d'épouvante et les pellicules trash et extrêmes qui repousseraient très certainement le commun des mortels. Il lui arrive aussi de s'attarder sur des bizarreries de premier ordre, fréquemment cloisonnées dans la confidentialité. Trop étranges ou trop indiscernables, elles dérangent de par leur difficulté d'accès qui les empêche de se hisser une grande réputation dans les milieux cinéphiles. On pourra toujours déceler quelques exceptions telles que Eraserhead, Begotten, Tetsuo ou La Montagne Sacrée pour ne citer qu'elles. Mais bon, on peut logiquement comprendre cette hostilité des profanes.
Cependant, le blog n'a jamais caché aussi son extatisme pour les oeuvres rares et peu (voire pas du tout) chroniquées sur la Toile. Vous en aurez encore la preuve ici avec un nouveau cru de ma part qui me questionna sur une nouvelle rétrospective (encore une !) à mettre en place et qui concernera donc ici le Septième Art expérimental. Un projet qui prendra le relais sur mes rétrospectives actuelles arrivant tout doucement ou quasiment à la fin. On remerciera le prestigieux site SensCritique pour m'avoir noyé sous un flot de créations toutes aussi anonymes les unes que les autres qui sont déjà dans mon collimateur pour un billet à venir prochainement. Je compte alors sur YouTube pour m'aider dans cet énième projet.

Quoi qu'il en soit, c'est loin d'être la première fois que je triture ma piètre cervelle de chroniqueur cynique. Il n'y a qu'à se promener dans les tags expérimental et inclassable pour en avoir le coeur net. Mais bon, je peux dire que le film qui démarrera officiellement un, disons-le clairement, périple mental est celui d'aujourd'hui, soit Phantom Love. Pour la petite info, il est lui aussi l'un de ces "chanceux" à s'être pointé au bon moment dans les suggestions du site Wipfilm, aussi pointilleux qu'inégal en qualité des pellicules proposées. La réalisatrice derrière se nomme Nina Menkes, une cinéaste indépendante reconnue dans le milieu qui peut s'enorgueillir d'une carrière dans l'enseignement à la California State University, au California Institute Of The Arts et à l'Université de Californie du Sud. En prime, plusieurs de ses travaux ont été ajoutés à l'Academy Film Archive qui est pour l'anecdote superfétatoire la détentrice de la plus grande collection de bandes-annonces connues au monde.
En parallèle, on s'en serait douté mais elle s'occupe aussi de la préservation et de la restauration des films. On tient donc là un petit poids lourd de l'avant-gardisme cinématographique. Et pourtant, d'après les rares avis glanés sur Internet, Phantom Love, en dépit de son prix spécial du Jury au Festival Mondial du film de Bangkok et de quelques bonnes critiques spécialisées, ne convainc guère les spectateurs qui s'y sont essayés. Une dichotomie qui ne peut qu'attirer.

 

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ATTENTION SPOILERS : Un drame surréaliste sur une famille aliénée qui se déroule à Koreatown, Los Angeles et Rishikesh, en Inde.

Se frotter à l'expérimental demande un gros travail sur soi-même. Il s'agit de repenser sa vision du Septième Art en l'élargissant au-delà du simple divertissement comme c'est malheureusement trop souvent le cas. Par extension, privilégier l'ouverture d'esprit, chose indispensable pour tout cinéphile digne de ce nom, est une condition sine qua non pour mieux appréhender ce style équivoque. Un leitmotiv que vous connaissez donc rien de neuf sous le soleil ! Où allais-je donc me situer en me lançant dans cette expérience ? Du côté des satisfaits ou des insatisfaits ? Aussi fascinant soit ce genre, on ne peut échapper aux ratés et Phantom Love en fait partie, à mon grand dam d'y avoir trop cru. Une douche froide résultant d'une totale incompréhension de l'expérience proposée sur laquelle on n'a guère trop envie de réfléchir sur le pourquoi de tout ceci tant tout est abscons et confus. 
Pourtant tout commençait bien avec ce coït glacial, sans échange entre son amant et Lulu, l'héroïne principale, inexpressive et perdue dans ses pensées. Certains ont postulé que tout le film qui suivrait serait les pensées errantes et les rêves subconscients qu'une femme éprouve durant ses rapports sexuels. Il y aurait alors la manifestation de troubles mentaux déclenchés par une stimulation érotique.

Cette hypothèse pourrait se tenir lors de passages subliminaux où Lulu traverse un couloir où se trouve sur le sol un énorme boa constrictor, ou encore la vision d'un calmar dans un aquarium ou de sa mère entourée d'abeilles. De là à ce que tout ce qui suit se déroule dans un cadre onirique, on y croit difficilement. L'histoire (si tant est qu'il y en ait une) de Phantom Love doit se voir comme fragmentée par les mêmes scènes répétitives tournant en boucle. Employée de casino, elle effectue, aliénée, chaque jour les mêmes gestes. S'évader par tous les moyens possibles hors de ce monde, dans son propre monde dont nous seuls possédons la clef, devrait offrir un traitement curatif à Lulu. Ce n'est pourtant pas le cas car les fantasmagories ne peuvent remplacer la réalité, aussi amère soit-elle. Elles font partie d'un monde que nous ne maîtrisons que par notre propre volonté, ce qui n'est pas le cas du monde réel. Est-elle consciente de cette fatalité ?
On ne le sait pas et là est tout le problème du titre. En s'engonçant dans un schéma lancinant à l'histoire hermétique et impénétrable, Phantom Love finit par perdre son spectateur qui n'a plus envie de connaître les tenants et aboutissants d'un métrage multipliant les transitions et ellipses sans subtilité ni cheminement cohérent. On filme les banalités du quotidien entre deux coït en espérant que tout cela ait un sens, en faisant croire au spectateur qu'une introspection est nécessaire pour comprendre mais l'absence totale d'explications transmue cela en une coquille vide présomptueuse.

 

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En se loupant sur cet aspect, Phantom Love se casse la gueule dans toutes ses intentions, déclenchant vite le désintérêt du cinéphile comptant les minutes avant que tout ce programme éphémère se clôture. Néanmoins, la maigre attache se retrouvera dans un beau noir et blanc et une technique de filmer d'un bel effet accordant beaucoup d'importance aux gros plans. La peau, la roulette, la télévision passant des images de guerre sont autant d'éléments mis en valeur. Au moins, ça se rattrape sur une esthétique convaincante, peut-être trop conventionnelle pour émerveiller mais assez probante pour ne pas semoncer tout cela. Appréciation aussi du côté sonore mais confirmant le statut de belle enveloppe cachant le néant. Pour finir, les acteurs sont plutôt bons dans leur jeu volontairement monolithique, se distanciant de toute chaleur et compassion envers la civilisation telle qu'elle est.
On ressent cette désagréable sensation qu'ils ont perdu le goût en la vie. Un bon point qui permet à Nina Menkes d'octroyer un minimum d'ambiance à son cru. Dans mon infinie mansuétude, je citerai le casting composé de Marina Shoif, Juliette Marquis et Bobby Naderi qui sont les plus importants, les autres n'ayant qu'une importance très minime. 

C'est triste de se rendre compte que mon futur travail "audacieux" sur la frange la plus inaccessible du cinéma ait si mal commencé. On se rend compte que Menkes a de l'imagination mais ne sait pas gérer son concept qu'elle transforme en caricature grossière à force de toujours verser dans une dimension métaphysique qu'elle seule connaît. Jamais on ne pourra se raccrocher en bien à l'un ou l'autre élément tant le tout verse dans un insaisissable poussé jusqu'à l'overdose. Il est bon de ne pas assister le spectateur, le faire cogiter un peu sur ce qu'il a vu en galvanisant son attention et son envie de mettre un sens à tout ceci. Seulement, il faut savoir faire la distinction en ne le prenant pas par la main et l'abandonner dans un salmigondis soporifique qui sera une épreuve à visionner jusqu'au bout si vous n'avez pas eu votre dose de sommeil. A coup sûr qu'il serait bien classé parmi le prestigieux top des asleeping movies que le grand Inthemood nous a gratifié il y a un petit temps déjà.
Je ne me permettrai toutefois pas de rester sur ce travail abstrait enveloppé de prétention qui ne raconte rien et sur une impression faussée d'une cinéaste car n'importe quel réalisateur, même les plus grands, ont eu des ratés. On verra ce que l'avenir nous réservera sur cette intrigante Nina Menkes.

 

Note : 07/20

 

 

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