La_Baie_sanglante

Genre : Thriller, horreur (interdit aux - 18 ans à sa sortie/interdit aux - 16 ans de nos jours)

Année : 1971

Durée : 1h24

 

Synopsis :

La Baie est un magnifique domaine, convoité par tous. La propriétaire, une vieille comtesse paralytique, refuse de vendre car elle ne veut pas le voir transformé en station balnéaire. Ventura, un architecte sans scrupule, met au point une machination criminelle pour s'emparer du site. Pendant ce temps, quatre jeunes gens entrent par effraction dans une villa du domaine, jusqu'à ce que l'une des filles découvre un cadavre flottant dans la Baie.

 

La critique :

Vous en rêviez n'est-ce pas ? Un nouveau giallo, ça faisait longtemps pour vos petits yeux non ? Et je suis même sûr que vous devez être ravi de mon originalité de catalogue avec toutes ces rétrospectives s'enchaînant les unes après les autres à intervalles plus ou moins réguliers. Mais bon que voulez-vous ! Ainsi, je me permets d'émettre des hésitations de première importance sur le fait de savoir si oui ou non, il est encore nécessaire de présenter un minimum ce courant typiquement transalpin. Mais histoire de professionnaliser un minimum le billet, je me dis qu'aborder en deux ou trois mots tout ce petit programme ne serait pas une si mauvaise idée. Pour les (mal)heureux qui ne nous auraient pas encore rencontrés, sachez que le giallo n'est ni plus ni moins que le thriller à l'italienne à la frontière entre le policier, l'horreur et l'érotisme. Si ce genre d'exploitation peut paraître désuet au premier abord, gare à ne pas le minorer car il influença et inspira une pléthore d'oeuvres emblématiques de la culture populaire parmi lesquelles Massacre à la Tronçonneuse ou Vendredi 13.
Bien que Six Femmes pour l'Assassin introduisit le fameux élément emblématique du genre (le meurtrier masqué avec une arme brillante dans sa main gantée de noir), c'est à La Fille qui en Savait Trop d'être le premier film du genre. Bref, Mario Bava n'est ni plus ni moins que le fondateur du giallo et même l'une des figures incontournables qu'il partage avec le célébrissime Dario Argento dont nous avons déjà plus d'une fois parlé. 

Ici, il ne s'agira plus d'en parler mais de passer le flambeau justement à Mario Bava qui a, à ce jour, reçu nos satisfécits de circonstance à trois reprises avec Shock, Six Femmes pour l'Assassin et La Planète des Vampires. Il était temps de rajouter quelques balles à son fusil en lui offrant la part belle dans les prochaines semaines (dans mes limites d'acquisition je précise). Soulignons que Bava est un réalisateur particulièrement éclectique qui officia autant dans la comédie que dans le péplum, le western, le fantastique ou la science-fiction. Evidemment, il ne sera pas question de parler de colts ou de vikings dans mes prochaines chroniques mais bien du style qu'il fonda. Pour le deuxième métrage qu'il m'ait été donné d'aborder, c'est à La Baie Sanglante de nous faire honneur de sa présence, piégé sous une tonne de poussières dans un de mes disques durs depuis plusieurs années (cinq ans au bas mot). Une oeuvre de gros calibre puisqu'elle est considérée comme un ancêtre du slasher. Vendredi 13 s'en inspira d'ailleurs très fortement, pour la petite anecdote futile.
Présenté au festival du film fantastique d'Avoriaz, le long-métrage estourbit durablement les persistances rétiniennes par sa radicalité, lui valant l'ultime animadversion (soit une interdiction aux moins de 18 ans) envoyée en pleine poire par une censure visiblement fort traumatisée par la séance. Par la suite, cette interdiction sera réévaluée en une interdiction aux moins de 16 ans. Peu sont les giallos à être encore frappés de ce sceau, voilà pourquoi La Baie Sanglante ne pouvait éternellement échapper à notre oeil affuté.

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ATTENTION SPOILERS : La Baie est un magnifique domaine, convoité par tous. La propriétaire, une vieille comtesse paralytique, refuse de vendre car elle ne veut pas le voir transformé en station balnéaire. Ventura, un architecte sans scrupule, met au point une machination criminelle pour s'emparer du site. Pendant ce temps, quatre jeunes gens entrent par effraction dans une villa du domaine, jusqu'à ce que l'une des filles découvre un cadavre flottant dans la Baie.

Tout les ingrédients ou presque du slasher digne du nom sont présents. Un contexte hostile voyant un premier meurtre spectaculaire de départ pour des raisons essentiellement économiques, un endroit perdu au beau milieu de nulle part et en pleine nature et une flopée de personnages qui se croiseront presque tous à un moment ou à un autre. Bienvenue dans La Baie, un endroit paradisiaque d'apparence et véritable réserve naturelle d'insectes faisant le bonheur d'un entomologiste illuminé. Dans ce décor écarté de toute civilisation, une mécanique perfide va se mettre en place. La mort de la comtesse forte d'un héritage conséquent a amené sa fille Renata sur les lieux tel un parasite désireux de s'emparer des biens de sa mère. Mais en arrière-plan, un fils illégitime va freiner son avancée, sans compter un architecte peu scrupuleux secondé de son associée et maîtresse de surcroît.
Pénétrer dans La Baie Sanglante, c'est plonger dans les plus profonds tourments de l'âme humaine qui se trouvent être en totale opposition avec le bucolisme ambiant. Aliénés par le gain de l'argent facile, les personnages se déchirent, vont faire preuve de manipulation et de coups bas pour arriver à leur fin. Ils sont prêts à tout, quitte à en attenter à la vie même. Il est difficile de donner raison au fait que le film est un slasher à part entière car il n'y a pas un seul tueur prédéfini mais plusieurs qui useront du meurtre par vengeance, pour survivre ou pour arriver à leur but final. 

Seuls le groupe de quatre jeunes adolescents (deux hommes et deux femmes batifolant ensemble) font figure d'exception. Désireux de passer de belles vacances, ils ne se doutent pas un seul instant de l'histoire dans laquelle ils se sont embarqués. Eléments déstabilisateurs, ils n'échapperont pas à la brutalité des noirs desseins des adultes. On pourrait presque voir en La Baie Sanglante un conflit générationnel où les jeunes doivent faire face à l'avidité de leurs aînés ne se gênant pas de les éliminer par pur but financier ou matérialiste. Le véritable acteur étant la baie elle-même partagée entre les tenanciers de l'expansion économique et ceux garants de la beauté originelle qui ne doit pas être prostituée sur l'autel de la sacro sainte société de consommation.
La laideur humaine touche tous les niveaux tant l'être que la Terre elle-même. La baie est le théâtre d'un affrontement entre le capitalisme et le traditionalisme mais, dans un cas comme dans l'autre, le recours au meurtre est utilisé. Il n'y a pas de place pour les états d'âme, les assassins obéissent tels des machines à leurs bas instincts ou éventuellement à une personne en particulier comme l'associé de Renata. 

 

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Et le moins que l'on puisse dire est que les adulateurs patentés de sévices et de meurtres risquent fort bien de jubiler devant un cru particulièrement magnanime en termes de belligérances proposées. Clairement, Bava s'est montré très en forme pour l'occasion avec treize meurtres (sur les 15 personnages) répartis sur 84 minutes de bobine. Une femme égorgée à la faucille, un homme exécuté d'un coup de machette lui transperçant le crâne, étranglement, décapitation et autres réjouissances au programme. On appréciera particulièrement ce couple copulant dans l'innocence la plus totale qui verra son triste sort s'achever par une lance ayant transpercé le corps des deux protagonistes de part en part. Les estomacs les plus indélicats risquent de ne pas être au top niveau devant un visage gluant et maltraité par une énorme pieuvre. Vous l'avez compris, La Baie Sanglante ne fait pas dans la dentelle et justifie amplement son interdiction aux moins de 16 ans. Hélas, tout n'est pas rose.
De gros problèmes de scénario entachent la séance à commencer par une accumulation de révélations tombant dans un temps très court. A force aussi de naviguer entre le destin de chaque groupuscule se tapant tous sur la gueule, on finit parfois par ne pas tout comprendre sur le coup. Et le plus important est cette fin alambiquée qui ne convainc pas une seconde. 

Comme vous avez dû le deviner dans la chronique, la carrière de photographe de Bava confirme toutes nos attentes. L'image est belle dans son ensemble, faisant la part belle aux décors aussi froids que chatoyants. Un travail remarquable a été fait sur la qualité des effets spéciaux apparaissant très réalistes. De même, la caméra est judicieuse dans ses positions, ne nous faisant pas perdre une miette de ce qu'il se trame à l'écran. Bon, nous ne sommes pas dans une esthétique clinquante et kitsch à la Dario Argento mais le résultat final est tout aussi sympathique pour nos petites rétines. Au niveau du son, ça reste efficace alternant mélodies douces et sous tension, sans casser toutefois trois pattes à un canard. Finalement, l'interprétation des acteurs est plutôt de qualité mais loin de marquer les esprits. Certains personnages peinent à se démarquer à l'écran, tandis que certains opteront pour la théâtralité. On pense pour cette dernière observation à la voyante qui, curieusement, se démène avec aisance. On citera, entre autres, Claudine Auger, Luigi Pistilli, Claudio Camaso, Anna Maria Rosati, Chris Avram, Leopoldo Trieste, Laura Betti, Brigitte Skay, Isa Mirando et Paola Montenero.

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Sans être un chef d'oeuvre absolu du giallo, nous pouvons dire que La Baie Sanglante nous fait passer un moment agréable si nous rabaissons un temps nos exigences. Divertissant, offrant le spectacle et une générosité inattendue en termes de sang et de sadisme, cette réalisation comblera à n'en point douter les laudateurs de gore sans, néanmoins, verser dans un déluge de 300 000 litres de sang. Il est décevant de se rendre compte que le scénario est le grand perdant de l'histoire. Trop maladroit, moyennement bien construit, alors que les idées n'étaient pourtant pas du tout compliquées. Bien sûr, ne prenez pas mes dires pour une saillie ultraviolente car il reste supérieur à la moyenne, mais il mine des ambitions qui auraient pu faire de La Baie Sanglante une pièce maîtresse du giallo, un grand spectacle comme nous l'a offert quelques années auparavant le sublime Six Femmes pour l'Assassin. Nonobstant tout cela, on lui admettra son importance historique qui justifie son visionnage. Dans la baie, personne ne vous entendra crier !

 

Note : 13/20

 

 

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