planète terreur

Genre : horreur, gore (interdit aux - 12 ans lors de sa sortie au cinéma, interdit aux - 16 ans lors de sa diffusion à la télévision)
Année : 2007
Durée : 1h45 

Synopsis : Dans une petite ville, William et Dakota Block, un couple de médecins, constatent que leurs patients sont soudain frappés par la gangrène et affectés par un regard vide et inquiétant... De son côté, Cherry, go-go danseuse, s'est fait arracher la jambe lors d'une attaque. Wray, son ex-petit copain, veille sur elle. Mais Cherry a beau être au plus mal, elle n'a pas dit son dernier mot. Tandis que les malades se multiplient et deviennent des agresseurs enragés, Cherry et Wray prennent la tête d'une armée destinée à empêcher l'épidémie de se propager. Si des millions d'individus sont contaminés et beaucoup succombent, une poignée d'entre eux se battront jusqu'au bout pour se réfugier dans un lieu sûr... 

La critique :

Vous l'avez sans doute compris, tout du moins renâclé, supputé, voire subodoré. Depuis quelques jours, quelques semaines, Cinéma Choc se polarise sur l'univers des zombies décrépits. Comme nous l'avions déjà stipulé lors de la chronique de Retour à Zombieland (Ruben Fleischer, 2019, Source : http://cinemachoc.canalblog.com/archives/2020/04/01/37901488.html), le registre "zombiesque" s'achemine sur plusieurs mouvances et intempérances. Que les adulateurs du blog (mais enfin, qui êtes-vous ?) se rassérènent. Via ce nouveau billet chronophage, nous ne commettrons pas l'offense d'itérer la genèse ni l'historique de sous-registre du cinéma horrifique. 
Néanmoins, il sied tout de même de notifier que ce registre cinématographique a connu toute une kyrielle de mouvances et d'intempérances. Vers la fin des années 1960, George A. Romero apparaît comme l'une des figures proéminentes via La Nuit des Morts-Vivants (1968).

A l'époque, cette production impécunieuse rencontre à la fois les plébiscites et les acrimonies de circonstance. D'un côté, les thuriféraires adulent et divinisent une série B digressive et iconoclaste. De l'autre, les contempteurs brocardent et admonestent un long-métrage beaucoup trop âpre et virulent. Pour George A. Romero, les zombies claudicants préfigurent avant tout cette déréliction politique et sociétale dont est victime l'Oncle Sam depuis le début de la Guerre Froide. Pour la première fois dans l'histoire du cinéma d'horreur américain, c'est un comédien Afro-Américain, un certain Duane Jones, qui tient le rôle principal. Non seulement l'acteur en déveine devra affronter les assauts incessants de morts-vivants affamés, mais il devra également ferrailler contre l'hostilité de ses propres congénères. 
A postériori, George A. Romero corroborera ce tropisme pour la parabole sociétale avec la Trilogie des Morts.

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Ainsi, Zombie (1978) et Le Jour des Morts-Vivants (1985) succèdent à La Nuit des Morts-Vivants. Opportuniste, George Romero poursuivra sur ce didactisme idéologique et sociétal via Le territoire des morts (2005), Chronique des morts-vivants (2008) et Le vestige des morts-vivants (2009). Mais, vers le milieu des années 1980, le public commence sérieusement à se lasser de toutes ces ellipses politiques et idéologiques. Ce dernier réclame et exige davantage de truculence. La requête est évidemment ouïe par les producteurs, et en particulier par Dan O'Bannon via Le Retour des Morts-Vivants (1985). Cette fois-ci, les zombies anthropophagiques oscillent davantage vers le gore et les rodomontades. A raison, George A. Romero fulmine. 
Le Jour des Morts-Vivants est expressément phagocyté des salles obscures et en particulier par Le retour des morts-vivants, une série B qui toise les firmaments du box-office américain.

La métaphore sociologique ne fait plus recette et est sommée de s'évincer au profit de la fanfaronnade. Impression accréditée par la sortie, quelques années plus tard, de Braindead (Peter Jackson, 1992). Puis, six ans plus tard, le genre "zombie" adopte un point de vue anthropocentrique avec Moi, Zombie - Chronique de la Douleur (Andrew Parkinson, 1998). Puis, encore six ans plus tard, les morts-vivants optent pour le pittoresque et la comédie égrillarde avec Shaun of the Dead (Edgar Wright, 2004). Sur ces entrefaites, le genre "zombie" reluque incessamment vers les facéties et les goguenardises. Mais un autre courant alternatif surgit de cette pénombre évanescente. 
Il s'agit, entre autres, de coaliser les zombies et la pornographie ad nauseam, une mouvance qui avait déjà connu ses tous premiers ânonnements sous l'entregent de Joe d'Amato, un autre parangon du cinéma bis. 

La Nuit fantastique des Morts-Vivants (1980) et Porno Holocaust (1981) ouvrent une nouvelle ère dans l'univers des zombies. Ainsi, eschatologie et lascivités se coalisent pour offrir une série de bacchanales, de stupres et de priapées. En résumé, vive la série B écervelée ! Une dialectique qui reste le principal leitmotiv des productions Grindhouse. Et c'est ce qu'ont parfaitement compris Quentin Tarantino et Robert Rodriguez. Les deux comparses ont grandi et ont été biberonnés par toutes ces productions lascives, irrévérencieuses et goguenardes durant leur période juvénile.
Pour les deux auteurs démiurgiques, il s'agit de faire voeu d'allégeance à toutes ces pellicules d'exploitation qui n'ont cure de la gloriole et de la doxa hollywoodienne. Quentin Tarantino réalise Boulevard de la Mort (2007, Source : http://cinemachoc.canalblog.com/archives/2019/02/28/36995569.html), une sorte de variation de La course à la mort de l'an 2000 (Paul Bartel, 1975).

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Après avoir officié dans l'invasion extraterrestre (The Faculty en 1998), Robert Rodriguez aspire à obliquer vers les zombies carnassiers. C'est ainsi que naît le projet Planète Terreur, sorti en 2007, donc dans la foulée de Boulevard de la Mort. Le cinéaste en verve peut s'enhardir d'une filmographie à la fois éclectique et exhaustive. Les thuriféraires de Robert Rodriguez n'omettront pas de stipuler des oeuvres telles que Desperado (1995), Une Nuit En Enfer (1996), Spy Kids (2001), Sin City (2005), Les aventures de Shark Boy et Lava Girl (2005), Machete (2010), Machete Kills (2013), Sin City - J'ai tué pour elle (2014), ou encore Alita - Battle Angel (2019) parmi les métrages notables et éventuellement notoires. Contrairement à Boulevard de la Mort, Planète Terreur est loin de faire l'unanimité auprès des critiques avisées. 

Dans l'ensemble, la presse spécialisée se montre plutôt pondérée. Si certains adulateurs saluent et encensent ce nouvel effort de Robert Rodriguez, d'autres - à contrario - rabrouent Planète Terreur pour son incongruité. Reste à savoir si ce long-métrage horrifique justifie - ou non - son visionnage. Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... En l'occurrence, Planète Terreur apparaît comme une série B opulente et lucrative puisque le film coalise toute une pléthore de stars américaines, notamment Rose McGowan, Freddie Rodriguez, Marley Shelton, Josh Brolin, Michael Biehn, Michael Parks, Tom Savini, Jeff Fahey, Bruce Willis et même Quentin Tarantino dans un rôle subsidiaire.
Attention, SPOILERS ! 
(1) Dans une petite ville rurale du Texas, un groupe de militaires arrive dans une base militaire voisine, dirigée par le lieutenant Muldoon.

Ils font une transaction commerciale avec un ingénieur chimiste nommée Abby pour une grande quantité d'un agent biochimique mortel connu sous le nom de DC2 (nom de code Terror Project). Lorsque Muldoon apprend qu'Abby a un approvisionnement supplémentaire en main, il tente de le prendre en otage, mais Abby libère volontairement le gaz dans l'air. Pendant ce temps, William et Dakota Block, un couple de médecins, constatent que leurs patients sont soudain frappés par la gangrène et affectés d'un regard vide et inquiétant… De son côté, Cherry, go-go danseuse, s'est fait arracher la jambe lors d'une attaque par un groupe de cannibales.
Wray, son ex-petit copain, veille sur elle. Mais Cherry a beau être au plus mal, elle n'a pas dit son dernier mot.

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Tandis que les malades se multiplient et deviennent des zombies assoiffés de sang, Cherry et Wray prennent la tête d'une armée destinée à empêcher l'épidémie de se propager. Si des millions d'individus sont contaminés et que beaucoup succombent, une poignée d'entre eux se battront jusqu'au bout pour se réfugier dans un lieu sûr… (1) Certes, par sa décontraction et sa bonhomie ambiante, Planète Terreur fait évidemment voeu d'obédience aux séries B horrifiques de naguère, celles qui ont bercé - entre autres - l'enfance et l'adolescence de Robert Rodriguez.
Nonobstant ses longueurs superflues, ses carences et ses défectuosités, Boulevard de la Mort adoptait son rythme de croisière en obliquant vers la doxa féministe, quitte à perdre son audimat en cours de route. Si Planète Terreur s'approxime à un hommage référentiel, il ne dégage - in fine - aucun style personnel.

Indubitablement, Robert Rodriguez ne possède pas l'entregent ni le raffinement d'un Quentin Tarantino. En dépit de sa profusion de stars voluptuaires, Planète Terreur s'apparente, in fine, à n'importe quelle production horrifique, avec toutefois quelques fulgurances anthropophagiques. Cette nouvelle version post-apocalyptique, sur fond d'inoculation exponentielle, aurait mérité un bien meilleur étayage. On peut légitimement gloser, pérorer et pontifier contre tous ces protagonistes humains exsangues. Seule la belle Rose McGowan tire son épingle du jeu. Pour le reste, les seconds rôles sont à la peine, qu'ils se nomment Bruce Willis, Freddie Rodriguez ou encore les has-been Jeff Fahey et Michael Biehn. Bien sûr, on relève çà et là quelques fulgurations de circonstance.
Au détour de rixes interminables, Rose McGowan se retrouve affublée d'une mitrailleuse en guise de jambe droite.

La belle effarouchée extermine toute une kyrielle de zombies. Malencontreusement, le long-métrage est régulièrement plombé par de nombreuses chutes de rythme. A l'aune de toutes ces martialités, on se demande pourquoi ce film de zombies, plutôt inoffensif, a écopé d'une interdiction aux moins de 16 ans lors de sa diffusion à la télévision. Indiscutablement, en dépit de certaines arguties et finauderies, Planète Terreur manque de saveur, de profondeur et surtout d'outrecuidance. Pourtant, on nous promettait de l'âcreté, de la violence et même une once de condescendance. Telle était, par ailleurs, l'admonition en guise de préambule : "Le film suivant est déconseillé aux mineurs".
Les classiques Grindhouse peuvent placidement dormir sur leurs deux esgourdes. Toutefois, Planète Terreur devrait au moins satisfaire son audimat, peu enclin à notifier ses absences lacunaires.

 

 

Note : 10.5/20

(1) Synopsis du film sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Plan%C3%A8te_Terreur

sparklehorse2 Alice In Oliver