arton32986

Genre : Thriller, policier (interdit aux - 16 ans)

Année : 1971

Durée : 1h38

 

Synopsis :

Julie Wardh cache un secret derrière sa vie bourgeoise et son extraordinaire beauté. Pendant un séjour à Vienne avec son mari, elle doit faire face à son vice qu’elle croyait enterrer dans son passé. Un mystérieux tueur au rasoir cherche à la tuer et sème la terreur dans la ville.

 

La critique :

A votre grand dam, vous ne fabulez pas ! Une fois de plus, l'un des genres les plus en vogues du moment sur Cinéma Choc revient une énième fois. Je veux bien sûr parler du giallo sur lequel nous avons tant disserté que cela en est devenu presque indécent. Hélas pour nos fidèles (s'ils existent), nous ne pourrions faire autrement car chaque jour de nouveaux (mal)chanceux découvrent ce blog. Il est par conséquent indispensable de rappeler les grandes lignes aux potentiels lecteurs qui n'auraient qu'une connaissance très approximative de ce mouvement transalpin ayant germé dans les années 60. C'est avec La Fille qui en savait trop que Mario Bava commence à installer les ingrédients du genre avant que Six Femmes pour l'Assassin ne popularise définitivement le giallo et sa figure méphistophélique : le meurtrier masqué tenant une arme blanche dans sa main gantée de noir.
Conscient du potentiel de taille, de nombreux cinéastes échappent au néoréalisme italien en officiant sur une scène parallèle, beaucoup plus noire et torturée que le romantisme des figures emblématiques du courant susmentionné. 

Qu'ils se nomment Dario Argento, Lamberto Bava, Lucio Fulci, Massimo Dallamano ou Aldo Lado, tous inondent le marché de leurs créations où se mêlent sexe et violence. Mais nous ne parlerons pas d'eux dans nos colonnes en ce jour puisque cela sera à Sergio Martino de nous gratifier de son humble présence. Un nom qui n'est pas un inconnu de tous puisqu'il se retrouva déjà mis en lumière à deux reprises sur le site avec La Montagne du Dieu Cannibale et 2019, après la chute de New-York. Le premier s'illustra comme un film d'exploitation particulièrement couillu et sanglant, tandis que le suivant s'enorgueillira du cachet de l'un des plus gros nanars de tous les temps. Sergio Martino est donc un cinéaste pour le moins inégal dont l'oeil avisé cibla le giallo qui ne put lui échapper.
C'est en 1971 que débarqua L'Etrange Vice de Madame Wardh, à la fois le premier segment de la "Trilogie du Vice" et le premier d'une série de cinq giallos qui sortiront entre 1971 et 1973. Maillon très important de sa filmographie, il fut l'oeuvre qui propulsa Martino sous le feu des projecteurs par son succès retentissant dans les salles italiennes, lui ouvrant toutes les portes à lui et à ses principaux comédiens. Dans cette rétrospective honorable qui est loin d'être finie (désolé d'avance...), ce long-métrage ne pouvait que s'y retrouver.

lo-strano-vizio-della-signora-wardh

 

ATTENTION SPOILERS : Julie Wardh cache un secret derrière sa vie bourgeoise et son extraordinaire beauté. Pendant un séjour à Vienne avec son mari, elle doit faire face à son vice, qu’elle croyait enterrer dans son passé. Un mystérieux tueur au rasoir cherche à la tuer et sème la terreur dans la ville.

Dès le début, nous sommes plongés dans l'ambiance avec une première mise à mort d'une prostituée suivie d'une citation de Sigmund Freud : "Le fait même que le commandement nous dise "Tu ne tueras point" nous rend conscients que nous descendons d'une chaîne ininterrompue de générations d'assassins dont l'amour pour le meurtre était dans leur sang, comme il l'est peut-être dans le nôtre". Par ce postulat d'une grande perspicacité, le philosophe reliait les pulsions triviales à la nature humaine dont elles lui étaient inhérentes. L'humanité, dès ses prémisses, a toujours baigné dans la violence en faisant corps avec elle. Celle-ci ne se limite, toutefois, pas au simple crime et peut revêtir plusieurs formes. Julie Wardh cache en elle des troubles sexuels passés qu'elle partagea avec Jean, son ancien amant, dans une relation malsaine et sadomasochiste. C'est sur ce dernier point que le texte de Freud se révèle très éloquent. Néanmoins, Martino n'a pas pour objectif de ratiociner davantage sur ces réflexions, tenant à aller à l'essentiel du giallo. C'est tout à son honneur car cette dialectique a pu être abordée par des dizaines de milliards de pellicules, au bas mot. Ainsi, la pauvre et très belle Julie doit faire face à une vie de plus en plus tourmentée. Tandis qu'un sadique sème la mort dans son sillage, son quotidien amoureux est malmené par des prétendants masculins.

S'étant mariée avec un financier de Wall Street, elle voit ressurgir, au détour d'une fête en Autriche, Jean qui la persécuta mentalement il y a deux ans et le cousin de Carol, séducteur impénitent, qui tente par tous les moyens de s'énamourer d'elle. Elle finit par tomber amoureuse de lui pour batifoler au nez et à la barbe de son mari. Mais les choses sont-elles aussi simples qu'elles puissent paraître dans ce "carré amoureux" composé d'une femme et de trois hommes ? Bien sûr que non car une mécanique bien huilée va balayer le classicisme attendu pour déployer toute l'envergure d'un scénario plus malin qu'il n'y paraît. Les apparences sont parfois trompeuses et nous serons vite pris de court en bon petit Sherlock Holmes de pacotille que nous sommes. Difficile d'en dire plus sans détruire le suspens et le plaisir de la découverte mais ce qui est sûr est que L'Etrange Vice de Madame Wardh devrait logiquement rassurer tous les sceptiques peu convaincus par une trame scénaristique de base pas encourageante pour une attention sollicitée sur la durée. Mettons-nous d'accord que nous ne tenons pas le scénario le plus palpitant de tous les temps mais celui-ci a suffisamment d'arguments dans sa besace pour nous galvaniser.

 

Lo-strano-vizio-della-signora-Wardh-1971-Sergio-Martino-011

Sergio Martino, qui n'a pas encore eu la "chance" de sortir ses pépites de nullité, gère son projet avec éloquence tout en s'inspirant du travail de Alfred Hitchcock, le maître du suspense. Un hommage éclatant lors d'une scène de meurtre sous une douche en nettement plus dénudé. Car le réalisateur apprécie déshabiller ses bimbos aux formes généreuses et plantureuses pour aguicher le cinéphile (souvent masculin). Il ne sera pas rare de se rincer l'oeil (toujours pour les hommes) devant un érotisme beaucoup plus présent que d'accoutumée. Ce qui semble justifier une interdiction aux moins de 16 ans car les meurtres, eux, sont bien plus timorés dans la brutalité, influencés par le remarquable travail de Dario Argento dans L'Oiseau au Plumage de Cristal.
Autre point positif, la construction d'une ambiance à l'issue incertaine, versant dans le cérébral lors des séquences oniriques cauchemardesques de Julie. Malheureusement, on pourra être déçu du manque de consistance sur son passé qui n'est pas suffisamment bien exploité. 

Sur la question du visuel, le cinéaste se débrouille avec les honneurs. Si nous sommes souvent dans un cadre conventionnel, quelques petits essais esthétiques sont faits entre cette fameuse fête débauchée que n'aurait pas renié le démiurge Michelangelo Antonioni ou le domaine de Jean prenant des allures fantastiques dans la nuit, les moult reptiles domestiques écrasant l'atmosphère. Vers la fin, on appréciera cette apparition inattendue sur la route, rappelant les classiques du film de fantômes. Le maniement de la caméra est admirable avec une précision chirurgicale lors des assassinats du plus bel effet. Une mention sera à faire à la bande-son absolument géniale, digne des meilleures compositions "giallesques". Finalement, nous aurons droit à voir la carrière encore inexistante des acteurs qui deviendront petit à petit des icônes du giallo. Parmi celles-ci, trois noms qui sont Edwige Fenech, George Hilton et Ivan Rassimov. Pour ce dernier, sa prestation de psychopathe au sourire narquois ne risque pas d'être oubliée de sitôt. En dehors d'eux, le casting est un peu plus réservé mais nous mentionnerons Conchita Airoldi, Manuel Gil, Carlo Alighiero, Alberto De Mendoza et Bruno Corazzari

117599556

Nous pouvons alors clôturer la chronique en vantant les belles qualités de L'Etrange Vice de Madame Wardh qui rehausse l'estime peu flatteuse d'un Sergio Martino sur Cinéma Choc. Loin du film d'exploitation, on le retrouve derrière LE genre transalpin tendance de l'époque et ce avec de solides compétences pour vanter son visionnage pour les férus de giallo. D'apparence bancal, nos impressions se retrouvent vite faussées par une machination subtile et maligne réservant son lot de surprises en tout genre, le tout avec une intensité omniprésente. Peu connu du grand public qui n'a surtout d'yeux que pour Argento et Bava, il ne faut pour autant pas détourner son regard des pellicules oubliées qui mériteraient une meilleure publicité vu leur panache. Pour un premier essai, saluons le talent d'un réalisateur qui, j'espère, essaiera de tenir le même niveau dans les prochains épisodes. Car le seul spoil que je me permettrai de faire est de vous dire que Sergio Martino ne nous a pas encore fait ses adieux sur le blog.

 

Note : 14,5/20

 

 

orange-mecanique   Taratata