ip man 4

Genre : arts martiaux, biopic
Année : 2019
Durée : 1h46

Synopsis : (1) L’épopée d’Ip Man vers les États-Unis. Le maître s’y rend pour trouver une école pour son fils, difficile, à qui il souhaite apprendre l’indépendance et les difficultés de la vie. Cherchant à obtenir l’aide des immigrants chinois établis en Amérique, Ip Man retrouve son plus célèbre disciple, Bruce Lee. Ce dernier a ouvert son propre club et publié un livre en anglais sur les arts martiaux chinois. Considérant le kung-fu comme une spécificité culturelle que la communauté chinoise se doit de préserver coûte que coûte, les maîtres chinois entament une bataille idéologique avec Ip Man (1).

 

La critique :

Qui ? Qui aurait gagé sur l'ascension tardive de Donnie Yen, un comédien chinois qui sera longtemps abonné aux rôles subsidiaires ? Dès l'âge de quatre ans, le jeune Donnie est initié aux arts martiaux par sa propre parentèle. Mais c'est à l'âge adulte qu'il rencontre son mentor, Yuen Woo- Ping. Donnie Yen devient alors un artiste chevronné dans la profusion de bourre-pifs à satiété. Cette rencontre avec Yuen Woo- Ping marque également ses tous premiers balbutiements dans le cinéma de Honk Kong. Donnie Yen enchaîne alors les rôles subalternes dans quelques séries B notables, entre autres Tiger Cage (Yuen Woo- Ping, 1988), Tiger Cage 2 (Yuen Woo- Ping, 1990), Il était une fois en Chine - La secte du lotus blanc (Tsui Hark, 1992), Iron Monkey (Yuen Woo- Ping, 1993), Wing Chun (Yuen Woo- Ping, 1994), Highlander - Endgame (Douglas Aarniokoski, 2000), Blade 2 (Guillermo del Toro, 2002), Shanghai Kid 2 (David Dobkin, 2003), Seven Swords (Tsui Hark, 2005), ou encore Dragon Tiger Gate (Wilson Yip, 2006).

Vers le milieu des années 2000, le nom de Donnie Yen fait désormais voeu d'obédience dans le cinéma d'action en général et dans le cinéma d'arts martiaux en particulier. Hélas, le comédien en déveine doit se contenter de seconds rôles et se fait chiper la vedette par Jet Li, un autre parangon du cinéma d'arts martiaux. Le retrait de l'acteur constitue pour Donnie Yen la manne providentielle. Il tient enfin le rôle principal dans Ip Man (Wildon Yip, 2008) alors qu'il est déjà âgé de 45 ans. Ce long-métrage est une sorte de biopic qui s'inspire de la vie et des tribulations du même Ip Man, l'un des mentors de Bruce Lee. Le spectre défunt du Petit Dragon fait toujours recette, même plusieurs décennies après sa mort. Surtout, Ip Man (le film...) se nimbe de velléités historiques via l'oppression des Japonais sur le peuple chinois. C'était déjà la recette éculée de La Fureur de Vaincre (Lo Wei, 1973), un classique du cinéma d'arts martiaux avec le même Bruce Lee comme vedette principale.

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Contre toute attente, Ip Man premier du nom se solde par un succès pharaonique lors de son exploitation à Hong Kong. Mieux, le film s'exporte sur la scène internationale. Donnie Yen peut désormais couler des jours pérennes. Après Jet Li, il est désormais considéré comme le nouveau parangon du cinéma d'arts martiaux. Ainsi, le premier chapitre se décline en une franchise lucrative et mercantiliste. Ip Man 2 - Le retour du grand maître (Wilson Yip, 2010), Ip Man - La légende est née (Herman Yau, 2010), Ip Man 3 (Wilson Yip, 2016), et Ip Man Legacy - Master Z (Yuen Woo-ping, 2019) seront tournés et produits dans la foulée ; parfois même sans la présence ni l'érudition de Donnie Yen.
Déjà pour Ip Man 3, l'acteur avait fait valoir ses réticences. Désormais quinquagénaire, Donnie Yen ne possède plus l'entregent ni la tonitruance de naguère.

Oui, mais voilà, en l'espace de plusieurs films, la saga Ip Man s'est inscrite dans la culture populaire, tout du moins sur le territoire asiatique. Donnie Yen entend les instigations des producteurs, en particulier de Raymond Wong qui l'exhorte à rempiler pour une toute dernière aventure. Ce sera Ip Man 4, toujours réalisé par la diligence de Wilson Yip en 2019. La franchise n'est plus cette modeste production de jadis. La franchise peut s'enhardir de précieux atours via un budget de 52 millions de dollars, ce qui constitue un joli pactole pour un film d'arts martiaux. 
Hormis Donnie Yen, la distribution de ce quatrième et ultime (?) chapitre se compose de Scott Adkins, Danny Chan, Vanness Wu, Wu Ye, Kent Cheng, Pierre Ngo, Mark Strange et K.C. Collins. Dans ce casting sérénissime, on retrouve plusieurs stars faramineuses et coutumières du cinéma d'action, notamment Scott Adkins et Danny Chan. 

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En outre, Scott Adkins a pu démontrer l'étendue de sa robustesse et de sa vélocité dans la saga Undisputed. Mais trêve de palabres et de verbiages et passons à l'exégèse du film. Attention, SPOILERS ! (1) L’épopée d’Ip Man vers les États-Unis. Le maître s’y rend pour trouver une école pour son fils, difficile, à qui il souhaite apprendre l’indépendance et les difficultés de la vie. Cherchant à obtenir l’aide des immigrants chinois établis en Amérique, Ip Man retrouve son plus célèbre disciple, Bruce Lee. Ce dernier a ouvert son propre club et publié un livre en anglais sur les arts martiaux chinois. Considérant le kung-fu comme une spécificité culturelle que la communauté chinoise se doit de préserver coûte que coûte, les maîtres chinois entament une bataille idéologique avec Ip Man (1).
Autant l'annoncer sans ambages. 
Depuis le premier Ip Man, les chapitres alternatifs et consécutifs nous ont laissés un peu dubitatifs.

Après s'être insurgé contre l'hégémonie japonaise, le grand maître devait se colleter contre l'impérium du colonialisme en ferraillant sur le ring contre le champion du monde britannique. Puis, dans Ip Man 3, Donnie Yen s'empoignait et s'estampait avec Mike Tyson "himself". Les producteurs transis d'opportunisme ont parfaitement compris l'essence même de la recette famélique. Le grand maître reste intrinsèquement affilié à son plus célèbre disciple, Bruce Lee. La légende effectue sa résurgence sous les traits quasiment mimétiques de Danny Chan. Toutefois, le spectre évanescent du Petit Dragon ne constitue pas la trame principale de l'histoire, nonobstant certains apparats matois.
Ip Man 4 propose un autre pugilat entre les deux stars clinquantes du cinéma d'arts martiaux actuel, à savoir Donnie Yen et Scott Adkins. 

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Cette fois-ci, c'est juré, craché et presque inscrit dans le marbre. Ip Man 4 sera bel et bien l'ultime chapitre (l'ultime retour...) consacré aux pérégrinations du grand maître. En tout cas, le film signe l'ultime absoute de Donnie Yen à la saga qui l'a propulsé sous les feux incandescents des projecteurs. La question identitaire est toujours d'actualité. Désormais expatriés sur le sol américain à la poursuite d'un rêve éphémère ("The American Dream"), certains maîtres chinois conservent précieusement les arcanes secrètes de leur discipline, à l'exception de Bruce Lee.
Pour l'artiste émérite, le wing chun revêt une dimension à la fois iréniste et oecuménique, quitte à effaroucher ses éminents sectateurs. 
Mais cette rixe idéologique n'est qu'une habile finauderie fomentée par Wilson Yip et ses fidèles sectateurs.

Le scénario d'Ip Man 4 s'immisce sur une autre thématique spinescente, à savoir quel est l'art martial le plus proéminent entre le karaté et le wing chun. Sur ces entrefaites, Ip Man 4 allie parfaitement les enjeux historiques et politiques immanents aux arts martiaux chinois sur fond de xénophobie latente. En gros, rien de neuf à l'horizon. Mais, au moins, les thuriféraires de la franchise seront en terrain connu et quasiment conquis. Oui, depuis le premier opus, Ip Man 4 est sans aucun doute le chapitre le plus éloquent de la saga. Les adieux au grand maître et donc à Donnie Yen sont émouvants.
Maintenant espérons que les producteurs cesseront les belligérances, l'écueil étant justement de trouver un remplcaçant ou un clone de Donnie Yen car entre temps, la franchise s'est amplement dévoyée en explorant la jeunesse fougueuse du grand maître. Une perte de temps, en somme... Mieux vaut donc s'arrêter sur ce quatrième opus...

 

 

Note : 14/20

sparklehorse2 Alice In Oliver