vierges pour le bourreau

Genre : horreur, gore, trash, érotique (interdit aux - 18 ans au moment de sa sortie, interdit aux - 12 ans aujourd'hui)
Année : 1965
Durée : 1h27

Synopsis : Daniel Parks organise un shooting photo dans un vieux château laissé à l'abandon. Il investit les lieux avec son équipe et des évènements inquiétants commencent à se produire. Il semblerait en effet qu'un meurtrier extrêmement cruel habitait autrefois entre ces murs... 

La critique :

Selon le site Wikipédia (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Sadisme), le sadisme se définit comme "la recherche du plaisir dans la souffrance (physique ou morale : domination, contrôle) volontairement infligée à autrui (éventuellement à un animal ou à un enfant). Même si le sadisme revêt différentes manifestations, indépendamment de l'activité sexuelle, il y est fréquemment associé". En 1785, le marquis de Sade est écroué dans une cellule de la Bastille. C'est durant son incarcération qu'il écrit et griffonne une oeuvre épouvantable, Les Cent Vingt Journées de Sodome, un livre qui va devenir rapidement une sorte de bréviaire. Le terme de "sadisme" n'est plus seulement un néologisme.
Le stupre, les bacchanales, les lubricités et les parties d'agapes et de priapées deviennent les principaux apanages d'éminents ducs et seigneurs sous la Royauté.

Ces derniers détiennent le pouvoir de vie et de mort sur de jeunes plébéiens, condamnés à satisfaire les ignominies et les insanités de cette caste obscène et fallacieuse. Dans Les cent vingt journées de Sodome, toutes les paraphilies sont présentes et retranscrites à travers des orgies licencieuses dans lesquelles les victimes deviennent les objets sacrificiels (et sexuels) de vils tortionnaires. Scatophilie, émétophilie, gérontophilie, nécrophilie et relations incestueuses avec de jeunes adulescents (adulescentes...) font hélas partie des tristes réjouissances.
Ainsi, le processus de déliquescence obéit à un sorte de cercle vicieux et infernal : l'assujettissement, le sexe, les miasmes et enfin la mort dans les railleries, la terreur et les stridulations. 
Certes, les contempteurs pourront légitimement clabauder et maronner contre la vacuité et surtout la cruauté ineffable d'un tel ouvrage. 

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Mais au-delà de toutes les turpides professées et éructées, Les cent vingt journées de Sodome s'approxime à une parabole (hyperbole...) sur les dérives et les malversations du pouvoir. Et c'est ce qu'avait parfaitement compris le réalisateur italien, Pier Paolo Pasolini, en son temps via une adaptation cinématographique quasi éponyme. Seule dissimilitude et pas des moindres, dans Salo ou 120 Journées de Sodome (1975), l'histoire ne se déroule plus au temps de la Monarchie française, mais durant la Seconde Guerre Mondiale et pendant le régime fasciste de Mussolini, soit durant la République de Salo. C'est même l'intitulé du film... Ce métrage polémique et scandale fera office d'ultime absoute, voire d'oraisons funèbres pour son auteur omniscient et polymathique.
Pier Paolo Pasolini sera occis peu après le tournage du film.

Bien que sulfureux et ignominieux, Salo se montre plutôt doucereux et parcimonieux à l'aune de l'oeuvre originelle. Déjà, avant même l'adaptation cinématographique de Pasolini, le cinéma d'horreur avait déjà montré ses appétences pour le sadisme. Vers le milieu des années 1960, Herschell Gordon Lewis s'octroie la couronne du pape du cinéma gore via Orgie Sanglante - Blood Feast (1963). Là aussi, il est question de la résurgence des tortures pratiquées sous l'inquisition, réactivant par ailleurs les plaies encore béantes de l'Holocauste ("la Shoah" arguerait Claude Lanzmann...) et des exactions commises dans les camps de concentration germaniques. 
Indubitablement, Vierges pour le Bourreau, réalisé par la diligence de Massimo Pupillo en 1965, s'inscrit dans cette dialectique mortifère. 

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Pour certains thuriféraires du cinéma bis, cette série B adventice se situe à la juxtaposition entre Blood Feast et l'oeuvre littéraire du marquis de Sade. Ce n'est pas un hasard si Vierges pour le Bourreau écopera de l'ultime réprobation, soit d'une interdiction aux moins de 18 ans au moment de sa sortie. Dans les années 1960, la société occidentale est encore peu coutumière de pratiques sexuelles déraisonnables et autres humiliations perverses et sadiques. Autant l'annoncer sans ambages. Aujourd'hui, Vierges pour le Bourreau est au mieux une série B caduque et joliment désuète. Désormais, le long-métrage de Massimo Pupillo est "seulement" (si j'ose dire...) interdit aux moins de 12 ans. Voilà pour l'anecdote superfétatoire !
Histoire d'exporter son film à l'étranger, Massimo Pupillo sévit ici sous le cryptonyme de Max Hunter.

Parfois, c'est le substantif "Ralph Zucker" qui est mentionné... Pour le reste, le réalisateur transalpin compte d'autres longs-métrages horrifiques dans sa filmographie erratique, notamment Le Cimetière des Morts-Vivants (1965) et La Vengeance de Lady Morgan (1965). La distribution de Vierges pour le Bourreau risque de ne pas vous évoquer grand-chose, à moins que vous connaissiez les noms de Mickey Hargitay, Walter Bigari, Luisa Baratto, Ralph Zucker (soit Massimo Pupillo "himself"... Bis repetita...), Alfredo Rizzo, Nando Angelini, Barbara Nelli, Moa Tahi, Morgan Salpietro et Albert Gordon ; mais j'en doute... Attention, SPOILERS ! (1) Éditeur de romans-photos sexy, Daniel Parks écume la campagne italienne pour organiser un shooting photo dans un vieux château laissé à l'abandon et juché au sommet d'une colline. Il est accompagné de son ami Rick, un écrivain qui utilise ses photos pour les couvertures de ses romans, sa secrétaire et habilleuse Edith, son photographe Dermott et cinq jeunes mannequins. 

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Dans le manoir, alors qu'ils investissent le lieu, ils découvrent qu'il est bien habité par un ancien acteur, Travis Anderson, protégé par ses gardes du corps. Il somme l'équipe de partir immédiatement jusqu'au moment où il reconnait Edith, son ancienne fiancée. Finalement, il se ravise et les autorise à rester mais leur demande de ne pas se rendre dans les souterrains. Mais Parks et ses collègues s'y aventurent pour prendre des photos comme prévu malgré l'avertissement du châtelain... Ils ignorent que les lieux furent jadis le théâtre de meurtres horribles de femmes perpétrés par un assassin sadique, John Stuart surnommé le « bourreau rouge », dans une chambre des tortures et dont la dépouille repose dans les souterrains en question. Schizophrène, Travis Anderson est persuadé d'être sa réincarnation. Enfilant son costume rouge de bourreau, il se met en tête de décimer ses invités les uns après les autres... (1)

Vous l'avez donc compris, tout du moins supputé et subodoré. Avec Vierges pour le Bourreau, on navigue davantage dans la série B (voire la série Z...) subsidiaire. A l'aune de cette bisserie accessoire, on discerne mieux les accointances avec Les Cents vingt journées de Sodome. Hélas, la métaphore avec l'oeuvre scandaleuse du Marquis de Sade s'arrête bien là. En l'occurrence, Vierges pour le Bourreau s'inscrit davantage dans le continuum d'Orgie Sanglante et s'inspire également de certains sexy movies, déjà en vogue vers le milieu des années soixante. En résumé, le film de Massimo Pupillo flirte davantage avec un érotisme relativement soft.
Oui, le spectateur scopophile sera sommé de visionner quelques saynètes vaguement lascives via quelques tétons ostentatoires et de jolies donzelles qui folâtrent et se trémoussent devant la caméra.

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Toutefois, rien de grave. Certes, au moment de sa sortie, Vierges pour le Bourreau a défrayé la chronique et révulsé les yeux courroucés de la censuré. Mais, aujourd'hui, toute cette polémique paraît, au mieux, surannée. Ainsi, la première partie du film s'ingénie à planter le décor, plutôt rudimentaire pour l'occasion,, et à présenter ses différents protagonistes, eux aussi exsangues pour l'occasion. Si Vierges pour le Bourreau justifie son visionnage, c'est essentiellement pour son ambiance ringarde, kitsch et rétro qui ravira sans doute les laudateurs du cinéma bis et de pellicules joyeusement obsolescentes. Sur ce dernier point, Vierges pour le Bourreau remplit doctement son office.
Pour l'amateur de trash et de tripailles, il faudra faire preuve de longanimité et patienter un long moment (facilement une heure...) avant d'assister aux premières rixes et belligérances. La fameuse séquence de la toile d'araignée dénote surtout par sa caducité et son amphigourisme. A raison, certains dépréciateurs qualifient Vierges pour le Bourreau de petit nanar avarié. D'autres, plus miséricordieux, se contenteront d'ergoter et de palabrer sur son charme ineffable. Clairement, Cinéma Choc s'inscrit dans la seconde catégorie. Ma note finale fera donc preuve de mansuétude.

 

 

Note : 11/20

(1) Synopsis du film sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Vierges_pour_le_bourreau

sparklehorse2 Alice In Oliver