monsieur klein

Genre : drame
Année : 1976
Durée : 2h03

Synopsis : Pendant l'occupation allemande à Paris, Robert Klein, un Alsacien qui rachète des oeuvres d'art à bas prix, reçoit, réexpédié, à son nom, le journal Les Informations juives qui n'est délivré que sur abonnement. Il découvre bientôt qu'un homonyme juif utilise son nom, et décide alors de remonter la piste qui le mènera à cet inconnu. 

La critique :

Qu'on le veuille ou non, qu'on l'apprécie ou non, Alain Delon reste sans aucun doute l'un des tous derniers monstres sacrés du cinéma français, une couronne qu'il partage avec Jean-Paul Belmondo... Et aussi Gérard Depardieu. Sa carrière cinématographique débute vers les années 1950. A l'époque, Alain Delon hésite à s'expatrier aux Etats-Unis. Le comédien néophyte a déjà été repéré par un producteur américain, David O. Selznick. Ce dernier lui promet une illustre carrière chez l'Oncle Sam. En contrepartie, l'acteur se doit d'apprendre les rudiments de l'idiome de Shakespeare.
Mais corrélativement, Alain Delon est engagé par le réalisateur Yves Allégret pour tenir un rôle dans le film Quand la femme s'en mêle (1957). L'artiste se désiste et refuse la proposition du producteur américain. Ce choix se révélera fructueux et opportun.

Alain Delon enchaîne alors avec Christine (Pierre Gaspard-Huit, 1958), un long-métrage durant lequel il fait la connaissance de Romy Schneider, Faibles Femmes (Michel Boisond, 1959) et Le chemin des écoliers (Michel Boisrond, 1959). Mais, c'est vers l'orée des années 1960 qu'il connaît la gloire et la consécration via Plein Soleil (Michel Clément, 1960). Alain Delon peut désormais couler des jours pérennes. Son talent et son physique de bellâtre s'exporte même sur la scène internationale. Parmi ses films les plus notables, les thuriféraires n'omettront pas de stipuler des oeuvres telles que Rocco et ses frères (Luchino Visconti, 1960), Mélodie en sous-sol (Henri Verneuil, 1963), Le Guépard (Luchino Visconti, 1963), Paris brûle-t-il ? (René Clément, 1966), Le Samouraï (Jean-Pierre Melville, 1967), La Piscine (Jacques Deray, 1968), Le Clan des Siciliens (Henri Verneuil, 1969), Borsalino (Jacques Deray, 1970), Le Cercle Rouge (Jean-Pierre Melville, 1970), ou encore Les Granges Brûlées (Jean Chapot, 1973).

 

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A postériori, la carrière d'Alain Delon sera principalement émaillée par des longs-métrages policiers et surtout toute une pléthore de navets patentés, parmi lesquels on peut notamment notifier Airport 80 Concorde (David Lowell Rich, 1979), Parole de flic (José Pinheiro, 1985), Le Passage (René Manzor, 1986), Ne réveillez pas un flic qui dort (José Pinheiro, 1988), ou encore Dancing Machine (Gilles Béhat, 1990). En l'occurrence, Monsieur Klein, parfois sobrement intitulé "Mr Klein" et réalisé par la diligence de Joseph Losey en 1976, fait partie des crus les plus probants dans la filmographie foisonnante d'Alain Delon. Par ailleurs, le long-métrage s'arrogera toute une kyrielle de récompenses, notamment les Césars du meilleur film, du meilleur réalisateur et des meilleurs décors.
Mieux, Monsieur Klein appartient désormais aux grands classiques du cinéma hexagonal.

Reste à savoir si le métrage de Joseph Losey mérite - ou non - de tels dithyrambes. Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... A la fois producteur, réalisateur et scénariste, Joseph Losey est surtout connu pour ses accointances politiques avec le communisme. Ce dernier est un ardent opposant au Maccarthysme. Parmi ses longs-métrages les plus proverbiaux, on lui doit - entre autres - La bête s'éveille (1954), First on the road (1959), Les Damnés (1963), Accident (1967), Cérémonie Secrète (1968), Deux hommes en fuite (1970), ou encore L'assassinat de Trotsky (1972).
Hormis Alain Delon, la distribution de Monsieur Klein se compose de Jeanne Moreau, Francine Bergé, Juliet Berto, Jean Bouise, Suzanne Flon, Massimo Girotti, Michael Lonsdale, Fred Personne et Jean-Pierre Donnadieu.

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Attention, SPOILERS ! (1) En 1942 à Paris, sous l'occupation allemande, l'Alsacien Robert Klein fait des affaires, notamment en rachetant à vil prix des objets d'art à des Juifs en difficulté. Alors qu'il reconduit à la porte l'un d'eux à qui il vient d'acheter un petit tableau du maître néerlandais Adriaen van Ostade, il découvre parmi son courrier un exemplaire des Informations juives, journal habituellement distribué sur abonnement spécial. L'affairiste se rend compte alors qu'il existe un autre Robert Klein, homonyme, abonné au journal parce que Juif et fiché comme tel à la préfecture de police. Désormais, son patronyme prend des consonances suspectes et en fait un « gibier ».
Pris dans un piège kafkaïen, cherchant à se blanchir, il ne fait qu'augmenter la suspicion des autorités vichystes à son égard. 

Il découvre que son double est non seulement juif, mais aussi résistant, et qu'il joue de son homonymie pour mener des activités clandestines. Finalement muni de faux papiers, le Klein-affairiste cherchera à fuir avant d'y renoncer, tenaillé par le besoin de connaître celui dont il est la victime. Dénoncé par l'avocat du Klein-affairiste au moment même de leur rencontre enfin possible, le Klein-juif et résistant est arrêté. À l'instar de son double, l'autre Klein est arrêté à son tour le lendemain, lors de la rafle du Vél d'Hiv du 16 juillet 1942. Malgré l'attestation in extremis prouvant qu'il n'est pas juif, la présence de son homonyme dans le convoi déporté vers l'Allemagne le pousse à tenter de lui parler : entraînés par le destin, ils finissent tous deux déportés sans avoir réussi à s'être jamais rencontrés. 
Comme un reflet de sa mauvaise conscience, l'affairiste se retrouve dans le même wagon que son client juif avec lequel tout avait commencé (1).

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Au départ, le scénario et la production de Monsieur Klein sont cornaqués par Costa-Gavras, mais lorsque ce dernier apprend que Joseph Losey souhaite engager Alain Delon pour tenir le rôle principal, il abandonne le tournage en cours de route. En l'occurrence, le comédien s'engagera totalement dans le film en diligentant la trame narrative de ce drame alambiqué. A raison, certaines critiques avisées évoquent une métaphore "kafkaïenne" pour désigner cet homme dont l'identité a été bafouée. Sur ces entrefaites, le film de Joseph Losey s'approxime à une sorte de puzzle aux multiples collatérales. D'un affairiste froid, méthodique et taciturne, Robert Klein revêt les oripeaux d'un détective orfèvre pour trouver celui qui usurpe son identité. Ainsi, Joseph Losey nous plonge dans l'atmosphère brunâtre et comminatoire de la France sous l'Occupation. On comprend mieux l'intitulé, ainsi que l'affiche du film. 

En outre, cette même oriflamme noirâtre montre un Robert Klein prisonnier de l'étoile juive alors que ce dernier ne partage aucune contiguïté avec cette religiosité. A partir de là, Monsieur Klein fonctionne sur une étrange dualité. Nonobstant ses recherches et ses pérégrinations, Robert Klein ne parviendra jamais à voir ni même à retrouver ce double énigmatique. D'un vautour transpercé par une flèche, Robert Klein devient cette victime expiatoire de cette France contristée par l'Occupation, ainsi que de cet antisémitisme prégnant. L'homme revêche va l'apprendre à ses dépens. Il règne dans ce drame une atmosphère ésotérique, presque métaphysique puisque cette quête s'apparente, in fine, à une sorte de périple initiatique et identitaire, périple qui se conclura sous les stridulations des chemins de fer ; en direction vers les camps de concentration allemands. En l'état, difficile d'en révéler davantage.
Toujours est-il que Monsieur Klein requiert et nécessite plusieurs niveaux de lecture. En outre, le métrage de Joseph Losey n'a pas usurpé son statut de classique du cinéma français.

 

 

Note : 16/20

(1) Synopsis du film sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Monsieur_Klein

 

sparklehorse2 Alice In Oliver