Combat_sans_code_d_honneur (1)

Genre : Thriller, polar (interdit aux - 12 ans)

Année : 1973

Durée : 1h39

 

Synopsis :

 

Des truands sortent de prison et forment leur propre famille criminelle. Ils veulent devenir plus importants et n'ont plus aucun code d'honneur.

 

La critique :

Depuis quelques temps, vous avez pu constater que plusieurs chroniques de yakuza-eiga, reliques d'un pan parallèle de la Nouvelle Vague japonaise, s'étaient invitées sur Cinéma Choc. Toutes attribuées à notre fameux Seijun Suzuki, elles mentionnaient une époque pas si lointaine où le cinéma japonais était aux prises avec nombre de difficultés parmi lesquelles l'émergence de la télévision dans les foyers et la lassitude de la population envers le Septième Art classique représenté par les indéboulonnables Kenji Mizoguchi, Yasujiro Ozu et Mikio Naruse. Malgré cette refonte complète initiée par les sociétés de production et de nouveaux réalisateurs ayant grandi au beau milieu de la seconde Guerre Mondiale, les adolescents n'étaient pas bercés par le réalisme et l'aspect social trop appuyé.
Ils désiraient un cinéma outrecuidant, insolent, rythmé et plus violent que d'accoutumée. Le yakuza-eiga répondra à leurs attentes, malgré ce dédain des milieux intellectuels qui n'y voient qu'un pot-pourri de films de série B. Si Suzuki a influencé certains acteurs occidentaux, cela serait oublier que son onde de choc inspira ses comparses nippons. On a, néanmoins, tort de diriger tous les projecteurs sur lui car un autre bonhomme s'y lança dès 1961 avec la série Le Policier Vagabond. Malgré cela, il n'est pas répertorié parmi les auteurs de la Nouvelle Vague japonaise.

Réalisateur extrêmement prolifique, il enchaîne les pellicules avec une rapidité extraterrestre. Il était fréquent qu'il sorte trois films sur la même année. Les années 60 et 70 bénéficieront de la fougue de sa jeunesse avant qu'il ne se calme et ne stoppe sa carrière avec une "franchise" culte que vous connaissez sans doute : Battle Royale et sa suite sortit trois ans plus tard, dont les diatribes pour ce dernier sont toujours de la partie. Retour dans les années 70 où ses thèmes de prédilection étaient la vie d'après-guerre et la transformation de la société japonaise. Cette dernière thématique sera aussi reprise dans Battle Royale. Beaucoup moins sage que ses contemporains, il offre une vision plus noire des yakuzas en multipliant les films très violents dont Combat sans code d'honneur et Le Cimetière de la Morale en sont les principaux emblèmes. C'est du premier, pour raison chronologique, dont nous parlerons aujourd'hui puisqu'il sortit en 1973. Un grand succès critique et commercial à la clé qui, dans un processus bien connu du Hollywood actuel, engendrera plusieurs suites au nombre de 4 + une nouvelle trilogie. Certains l'érigent même comme son meilleur film. Tiendra-t-on les mêmes propos ? Réponse plus bas. 

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ATTENTION SPOILERS : Des truands sortent de prison et forment leur propre famille criminelle. Ils veulent devenir plus important et n'ont plus aucun code d'honneur.

A sa sortie, Combat sans code d'honneur ne manque pas de balafrer la morale de certains, choqués par une violence inouïe pour l'époque. Certaines sources mentionnent d'ailleurs une interdiction aux moins de 16 ans qui aurait été reconvertie en une simple interdiction aux moins de 12 ans, au vue de la banalisation de la violence dans notre quotidien et donc le cinéma également. Il ne faudra pas plus de quelques minutes pour se rendre compte de toute la rage qui abrite le film. Une séquence de viol perpétrée par les américains suivi d'un japonais fou qui en passera sauvagement un à tabac. Et tout ça dès le début, histoire de bien calmer les foules. Bienvenue à Hiroshima, à peine quelques années après que Little Boy y ait causé des ravages impardonnables. Dans une ville encore exsangue, la vie tente de reprendre son cours. L'activité économique y est au ralenti, la vie tenant plus de la survie.
La barbarie s'est banalisée dans les rues, les japonais craignant les américains mais ne pouvant calmer leur tension et l'injustice de les voir se pavaner dans la rue. Si la bombe nucléaire ne les a pas tués, c'est les conditions de vie en cours qui s'en chargeront. Hiroshima semble avoir été délaissée par le pouvoir en place, comme si elle était devenue indésirable, trop meurtrie pour être acceptée et sauvée. Qui pourrait se charger de la reconstruction si ce n'était la pègre japonaise qui développe une économie parallèle, s'immisçant parmi les autorités locales en usant de corruption. 

L'honneur a fait place au culte du capitalisme où l'argent est devenu un objectif à atteindre, un moyen de réaliser ses plans et de triompher sur les autres. Il est un signe de domination qui galvanise les tensions entre les différents clans. Il y a là une transformation du yakuza qui devient mené par l'appât du gain. Une allégeance indirecte à la politique américaine qu'ils ne refusent pour autant pas. Ils font de la sous-traitance en faisant passer des armes à destination de la guerre de Corée et investissent plus tard le marché de la drogue. Ils profitent de la misère de la population oubliée par la relance économique. La sagesse a été annihilée au profit des luttes autant externes qu'internes. La guerre des gangs n'est jamais loin pour régner sur la vente de drogue et influencer la politique.
La hiérarchie n'est pas respectée, les chefs de clan n'arrivant pas à user de leur autorité pour contenir leurs hommes et se faire respecter. Les yakuzas sont donc en roue libre, sans maître, sans code d'honneur si ce n'est la haine consciente pour arriver à leurs fins. Et s'il s'agit d'engendrer la mort et de faire couler le sang, ils le feront sans sourciller. Il n'y a plus aucun contrôle.

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Plutôt que de s'entraider face aux clans adverses, les dissensions vont toucher de plein fouet celui dans lequel se trouve Hirono Shozo, incarcéré pour avoir tué un yakuza. Pris entre deux feux, il va être à la fois témoin et acteur de la désagrégation de cette famille. Qu'on se le dise, Combat sans code d'honneur n'a pas usurpé sa réputation de yakuza-eiga très violent tant les combats s'enchaînent, versant parfois dans la boucherie comme en attestera l'amputation de deux hommes au sabre. Les exécutions et fusillades par balles sont légion. Exagération pour flagorner un public en manque de sensations fortes ? Pas tant que ça puisqu'au contexte historique véridique, le réalisme documentaire se mêle à la présentation professionnelle de personnages qui ont réellement existé avec en prime la date des événements clés et celle de leur mort. Il n'y a donc pas de surenchère dans cette narration mouvementée qui ne plaira pas à tout le monde. Peu originale et palpitante, elle n'est là que pour assurer le grand spectacle dans une intensité de tous les instants. Elle nécessitera, néanmoins, une attention omniprésente, en raison de sa tournure à tendance labyrinthique, sous peine d'être perdu à travers tous les noms des yakuzas circulant. 

Au niveau du visuel, on ne peut pas dire que le tout soit attrayant. Il est vrai que le Hiroshima d'après-guerre n'est pas spécialement agréable à observer mais une meilleure esthétique n'aurait pas été de trop pour se rincer un peu l'oeil. Qui plus est, une fâcheuse tendance à faire défiler la caméra dans tous les sens lors de certaines scènes empêchent la lisibilité de l'action avec, en bonus, des douleurs oculaires à la clé. La première séquence étayera mes dires si jamais vous avez choisi de le visionner prochainement. Certes, ce n'est pas constamment imbuvable car, en général, le tout est maîtrisé mais les quelques passages dans ce délire font tâche. Pour ce qui est de la composition musicale, c'est assez bon, influences jazzy à la clef et mélodies renvoyant au western spaghetti.
On appréciera aussi le casting dont chaque membre se débrouille bien, à commencer par un Bunta Sugawara très inspiré qui y trouve l'un de ses meilleurs rôles. Hiroki Matsutaka n'est pas en reste avec sa tête de truand. Le reste est constitué, entre autres, de Kunie Tanaka, Eiko Nakamura, Tsunehiko Watase, Goro Ibuki, Nobuo Kaneko et Toshie Kimura

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En conclusion, Combat sans code d'honneur a tous les attributs équivalents à un bon film, distrayant et intelligent en son genre où il n'est pas question d'homme héroïques et sentimentaux. Ici la colère est reine, la rancune est tenace, l'agressivité est intégrée dans la vie de tous les jours. Malgré cette recherche pathologique d'asservissement, les malfrats ne rencontreront que l'échec ou la mort. Comme quoi l'impétuosité n'est pas idéale pour une vie meilleure. Dans ce déluge irascible, Fukasaku réalise un véritable réquisitoire contre la violence qui ne résout strictement rien. De là à le louanger, je n'irais pas jusque-là car j'admets avoir encore du mal avec ce cinéaste.
Rassurez-vous que Combat sans code d'honneur est un yakuza-eiga tout ce qu'il y a de plus recommandable à condition de passer outre un scénario guère prenant et une mise en scène pas toujours du plus bel effet. 

 

Note : 14/20

 

 

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