DerniereOrgie du 3e Reich

Genre : horreur, gore, trash, extrême, "nazisploitation", érotique (interdit aux - 18 ans au moment de sa sortie, interdit aux - 16 ans aujourd'hui)
Année : 1977
Durée : 1h32

Synopsis : Pendant la guerre, la jolie Lise est envoyée dans un camp de concentration. Le commandant du camp, Konrad Von Starker, succombe à son charme et commence à entretenir une relation de maître à esclave avec elle. Capable d’endurer la souffrance, Lise subit les jeux de domination du SS de plus en plus cruels et sadiques. Quelques années après la fin de la guerre, les deux retournent dans le camp, afin de se remémorer ainsi des souvenirs troubles et malsains. 

La critique :

Retour à la "Nazisploitation", l'un des sous-registres du cinéma bis et d'exploitation ! Vous l'avez sans doute renâclé, supputé, voire subodoré. Depuis quelques temps, Cinéma Choc vous propose derechef quelques productions licencieuses issues de la "Nazisploitation". A tort ou à raison, c'est souvent le film Portier de Nuit (Liliana Cavani, 1974) qui acte et officialise la naissance de ce genre délictueux et impudent. Pourtant, le long-métrage de Liliana Cavani reste avant tout un drame à la fois mélancolique, austère et mortifère qui mérite par ailleurs les plébiscites, ainsi que les concerts de louanges.
En raison de succès impromptu et de son sujet pour le moins spinescent, Portier de Nuit inspire et engendre toute une pléthore d'épigones. Certains producteurs et réalisateurs avides et mercantilistes y voient surtout l'opportunité de dévoyer le beau film de Liliana Cavani via toute une kyrielle de bacchanales, d'ignominies et d'impudicités itérées à satiété. 

Salo ou les 120 Journées de Sodome (Pier Paolo Pasolini, 1975), qui sort un an après, connaît - peu ou prou - le même sortilège. A l'instar de Portier de Nuit, Salo ou les 120 Journées de Sodome ne partage, nonobstant certaines contiguïtés matoises, que peu d'accointances avec la "Nazisploitation". Ce film testament de Pier Paolo Pasolini reste avant tout une critique au vitriol sur la nature humaine, le metteur en scène italien crachant toute sa bile à la face du monde. Que soit. Les exactions, les avanies et les vilenies du Troisième Reich deviennent le nouveau filon (si j'ose dire...) de la "Nazisploitation". En outre, ce genre outrecuidant va devenir l'un des principaux apanages du cinéma bis transalpin, à l'exception de quelques pellicules notables et éventuellement notoires.
Même certains réalisateurs français, notamment Alain Payet, s'aventureront sur les divagations luxurieuses du Troisième Reich.

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Que ce soit la saga Ilsa (Ilsa - La louve des SS, Ilsa - La gardienne du Harem, Ilsa - La Tigresse du Goulag et Greta - La Tortionnaire de Wrede), Elsa Fraülein SS (Mark Stern, 1977), ou encore Les déportées de la section spéciale SS (Rino di Silvestro, 1976), toutes ces productions factieuses et indécentes ne sont, in fine, que des palimpsestes soudoyés de Portier de Nuit et de Salo ou les 120 Journées de SodomeSouvent imité et jamais égalé. Telle est la scansion dogmatique à retenir... Autant l'annoncer sans ambages. Les bons films de genre sont rares, hormis Salon Kitty (Tinto Brass, 1976), ainsi que les deux premiers épisodes de la saga Ilsa (dans une moindre mesure...). Pour le reste, les longs-métrages honorables se comptent sur les doigts atrophiés de la main. 
On pouvait donc légitimement se montrer circonspect devant La Dernière Orgie du IIIe Reich, réalisée par la diligence de Cesare Canevari en 1977.

Pour l'anecdote superfétatoire, cette bisserie impécunieuse est sortie sous plusieurs intitulés, notamment Des filles pour le bourreau, Gestapo's Last Orgy, ou encore Caligula Reincarnated As Hitler. "Nazisploitation" oblige, La dernière orgie du IIIe Reich écopera de l'ultime réprobation, soit une interdiction aux moins de 18 ans. Aujourd'hui, le film est "seulement" (si j'ose dire...) interdit aux moins de 16 ans. Mais autant l'annoncer sans ambages. On tient sans doute là le ou l'un des métrages les plus scabreux de la "Nazisploitation". Quant à Cesare Canevari, le metteur en scène est un pur produit du cinéma bis transalpin. On lui doit - entre autres - des oeuvres telles que Moi, Emmanuelle (1969), Matalo ! (1970), ou encore Parties Déchaînées (1976).
Cesare Canevari a donc essentiellement sévi dans le genre érotique. Seul le méconnu Matalo ! fait figure d'exception puisqu'il s'agit d'un western spaghetti.

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Il n'est donc pas surprenant de retrouver le réalisateur et le producteur derrière un long-métrage issu de la "Nazisploitation". En outre, la distribution de La dernière orgie du IIIe Reich risque de ne pas vous évoquer grand-chose, à moins que vous connaissiez les noms d'Adriano Micantoni, Maristella Greco, Fulvio Ricciardi, Antiniska Nemour, Caterina Barbero, Domenico Serengai, Vittorio Joderi, Pietro Bosco, Renato Parracchi et Tino Polenghi ; mais j'en doute... Attention, SPOILERS ! (1) Quelques années après la Seconde Guerre mondiale, un ancien nazi, le commandant Konrad von Starker, conduit sur une route tout en écoutant à la radio un procès pour crimes de guerre.
Il arrive aux ruines d'un camp de la mort, où il vient retrouver Lise Cohen. Elle est une ancienne prisonnière juive du camp et son témoignage a sauvé le commandant d'une condamnation certaine à mort.

Les deux sont amants ; ils font l'amour tandis que commence un flash-back qui constitue l'essentiel du film. En résumé, les gardes SS se livrent sur leurs prisonnières aux fantasmes les plus dépravés et les plus cruels, allant jusqu'à tuer l'un d'entre eux lorsqu'il exprime des scrupules. Au milieu de cette démence, Starker se prend d'intérêt pour Lise, frappé par l'impossibilité de briser moralement la jeune femme malgré les pires traitements. On apprendra qu'elle a perdu la capacité de pleurer et la peur de mourir à cause de ses remords, car des années auparavant elle a trahi sa famille auprès des nazis. Starker tombe amoureux d'elle. Cela attire des ennuis à Starker auprès d'Anna, officier SS qui était sa maîtresse, lorsqu'elle réalise les sentiments de Starker pour sa rivale (1).
Autant l'annoncer sans fard. La dernière orgie du IIIe Reich renâcle un peu... beaucoup... énormément à tous les râteliers.

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Un zeste de Salon Kitty, une once de Portier de Nuit et surtout un remake officieux et galvaudeux de Salo ou les 120 Journées de Sodome, une dernière oeuvre à laquelle Cesare Canevari semble faire voeu d'obédience. Hélas, et vous vous en doutez. La métaphore s'arrête bien là. Pour le reste, les thuriféraires de la "Nazisploitation" seront donc en terrain connu et quasiment conquis. Philanthrope, Cesare Canevari ne nous épargne aucun détail obscène. Les prisonnières sont donc réunies pour satisfaire les délires satyriasiques de valeureux soldats. Ces derniers sont sommés de violer et de supplicier les jeunes femmes, dont une fille encore vierge et pudibonde.
Pour le reste, on navigue sans cesse entre le sadomasochisme, le saphisme et même le bondage. A ces bassesses, s'ajoutent également un peu d'inceste, de coprophagie et d'anthropophagie.

Vous l'avez donc compris. La dernière orgie du IIIe Reich ne verse pas spécialement dans les finasseries ni dans la bienséance. Niveau trash, le film de Cesare Canevari n'a donc pas usurpé sa réputation de production sulfureuse et devrait logiquement satisfaire les laudateurs du cinéma trash. Hélas, La dernière orgie du IIIe Reich n'est pas exempte de tout grief, loin de là. Le métrage souffre évidemment de la métaphore avec les classiques qu'il psalmodie sans barguigner. Salo ou les 120 journées de Sodome peut donc dormir placidement sur ses deux esgourdes. Même remarque concernant Salon Kitty et Portier de Nuit. En raison d'un budget que l'on devine anémique, La dernière orgie du IIIe Reich a toutes les peines du monde à retranscrire l'univers mortuaire d'un camp de la mort.
A vrai dire, on n'y croit jamais, l'essentiel des martialités se déroulant dans des sortes de caves en déshérence, laissant davantage songer à un immense entrepôt déguisé en antre de l'horreur. In fine, les interprètes féminins constituent aux mieux du menu fretin. Mention spéciale à Daniela Poggi qui brille surtout par son inexpressivité faciale et son monolithisme. Complaisant, malsain et racoleur, La Dernière Orgie du IIIe Reich n'a absolument pas pour aspérité de semoncer ni des dénoncer les insanités profanées dans les camps de concentration germaniques. 
Ce pur produit de la "Nazisploitation" s'adresse donc aux amateurs les plus patentés du genre, tout du moins si ces derniers existent encore... Ma note finale fera donc preuve de mansuétude et de miséricorde car le film mérite sans doute moins, beaucoup moins...

 

 

Note : 10/20

(1) Synopsis du film sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Derni%C3%A8re_orgie_du_IIIe_Reich

sparklehorse2 Alice In Oliver