gorgonne déesse de la terreur

 

Genre : horreur, épouvante
Année : 1964
Durée : 1h23

Synopsis : (1) En 1910, le village fictif de Vandorf est depuis 5 ans le témoin d'une bien étrange série de meurtres dont les cadavres sont devenus des statues de pierre. La découverte de la dernière victime, la fiancée de l'artiste Bruno Heitz, pousse ce dernier au suicide, laissant ainsi croire aux autorités qu'il était le coupable. Son père, persuadé de son innocence, se heurte à l'hostilité des habitants au point qu'on tente de mettre le feu à sa maison. Il se rend dans les ruines du château Borski et, confronté à la gorgone Megaera, sent qu'il se change progressivement en pierre. Avant de mourir, il parvient à écrire un ultime message à son aîné Paul, qui, aidé de son mentor, le professeur Meister, tentera de percer ce mystère au péril de sa vie (1).   

La critique :

A tort, on a oublié et probablement phagocyté la proéminence de la Hammer. Pourtant, la Hammer Film Productions (la "Hammer" pour les intimes...), créée par William Hinds en 1934, reste l'un des firmes les plus fastueuses et prédominantes de l'industrie cinématographique, tout du moins sur les terres de William Shakespeare. Dès ses tous premiers ânonnements, la Hammer verse dans le vaudeville et les comédies subalternes. Rien ne prédestine la Hammer à tangenter vers l'horreur, l'effroi et les cris d'orfraie. Puis, durant la Seconde Guerre mondiale, la Hammer est en stand-by, avant de reprendre ses activités chronophages vers l'orée des années 1950.
Les thuriféraires de célèbre la firme britannique invoquent alors "l'âge d'or" de la Hammer. La société de production lucrative requiert alors l'érudition de toute une pléthore de cinéastes honnis et voués à l'opprobre et aux gémonies par l'industrie cinématographique.

La Hammer tergiverse alors entre l'aventure, l'épouvante et le fantastique. Ce sont finalement les tribulations du Docteur Quatermas qui suscitent l'adhésion de la Hammer. Le Monstre (Val Guest, 1955) et La Marque (Val Guest, 1957) se soldent par un succès inopiné lors de leur exploitation dans les salles obscures. La Hammer comprend alors qu'elle doit davantage obliquer vers l'épouvante. Pour ce faire, il faut exhumer les vieilles figures horrifiques de naguère, notamment Dracula, la Momie, Frankenstein ou encore le loup-garou. Ainsi, des oeuvres telles que Frankenstein s'est échappé (Terence Fisher, 1957), La revanche de Frankenstein (Terence Fisher, 1958), L'Empreinte de Frankenstein (Freddie Francis, 1964), Le cauchemar de Dracula (Terence Fisher, 1958), Dracula, prince des ténèbres (Terence Fisher, 1966), La Malédiction des pharaons (Terence Fisher, 1959), ou encore Les deux visages du Docteur Jekyll (Terence Fisher, 1960) corroborent l'omnipotence de la Hammer pendant presque deux décennies.

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Mais, à la lisière des années 1970, les longs-métrages de la Hammer n'ameutent plus les foules dans les salles. Le public, en berne, s'est subrepticement éloigné de Dracula et de son escouade de créatures lucifériennes. Que soit. Grâce à la Hammer, Terence Fisher a retrouvé davantage de luminescence. Mieux, le metteur en scène est devenu l'une des figures de proue (et surtout l'un des réalisateurs les plus prolifiques) de la Hammer. En outre, le cinéaste n'a pas toujours oeuvré pour la firme britannique. Sa carrière cinématographique démarre vers le milieu des années 1940 avec Le mystère du camp 27 (1948). A postériori, il enchaînera avec Egarements (1949), Home to danger (1951), Stolen Face (1952), Blood Orange (1953), Final Appointment (1954), Meurtres sans empreintes (1954), ou encore Children Galore (1955).

A juste titre, Terence Fisher est souvent catalogué comme un honnête artisan du noble Septième Art, mais guère davantage. A fortiori, aucun élément tangible ne semble prédestiner Terence Fisher à embrasser les rudiments, ainsi que les linéaments de l'épouvante. Pour le cinéaste britannique, l'essor de la Hammer incarne cette manne providentielle. Preuve en est avec Gorgone - Déesse de la Terreur, sorti en 1964. Déjà, à l'époque, la Hammer sait qu'elle doit diversifier ses créatures, ainsi que son foisonnant bestiaire. La firme enjoint alors Terence Fisher à bifurquer vers une créature de la mythologie grecque. La requête est ouïe par le cinéaste qui s'affaire immédiatement à la tâche.
Pragmatique, Terence Fisher opte pour Méduse, une créature turpide et fantasmatique capable de transformer ses proies en statues de pierre.

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Paradoxalement, le film qui nous intéresse aujourd'hui ne s'intitule pas "Méduse", mais il s'inspire évidemment de ses incantations et de ses sortilèges. Le substantif de "Gorgone" est jugé plus vendeur par la Hammer et ses plantureux financeurs. Une hérésie... Puisque le film essuie une rebuffade commerciale lors de son exploitation dans les salles obscures. A raison, le comédien, Christopher Lee, fulmine. L'acteur impute le fiasco du film à ses effets spéciaux obsolètes : "Le maquillage (...) était une catastrophe (...). Lorsque je tranche la tête de la Gorgone, la tête rebondit sur les marches de l'escalier. Elle rebondit comme un ballon de football ! Et je peux vous assurer que cela se remarquait.
Tout le monde a demandé que cette scène soit retournée (...) Les neuf dixièmes du film étaient excellents, tout est parfait jusqu'au climax et là, tout s'effondre !" (extraits d'entretien dans la revue Midi Minuit Fantastique,
 n°14 juin 1966).

A contrario, les laudateurs de la Hammer estiment que Gorgone - Déesse de la Terreur ne mérite pas de telles acrimonies. Certains amateurs patentés évoquent carrément l'un des meilleurs crus de la firme britannique. Reste à savoir si Gorgone - Déesse de la Terreur justifie - ou non - qu'on s'y attarde. Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... Hormis Christopher Lee, déjà susdénommé dans un précédent paragraphe, la distribution du film se compose de Peter Cushing, Richard Pasco, Barbara Shelley, Michael Goodliffe, Patrick Troughton, Jack Watson, Joseph O'Conor, Redmond Phillips et Jeremy Longhurst. Attention, SPOILERS ! 
(1) En 1910, le village fictif de Vandorf est depuis 5 ans le témoin d'une bien étrange série de meurtres dont les cadavres sont devenus des statues de pierre. 

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La découverte de la dernière victime, la fiancée de l'artiste Bruno Heitz, pousse ce dernier au suicide, laissant ainsi croire aux autorités qu'il était le coupable. Son père, persuadé de son innocence, se heurte à l'hostilité des habitants au point qu'on tente de mettre le feu à sa maison. Il se rend dans les ruines du château Borski et, confronté à la gorgone Megaera, sent qu'il se change progressivement en pierre. Avant de mourir, il parvient à écrire un ultime message à son aîné Paul, qui, aidé de son mentor, le professeur Meister, tentera de percer ce mystère au péril de sa vie (1).
Indubitablement, Gorgone - Déesse de la Terreur possède un certain potentiel. A l'instar des productions de la Hammer habituelles, Gorgone - Déesse de la Terreur peut escompter sur l'entregent et le raffinement de Terence Fisher, toujours aussi affûté derrière la mise en scène.

En outre, le long-métrage est comblé par les présences magnétiques (et désormais récurrentes) de Christopher Lee et de Peter Cushing. Vient également s'additionner la superbe Barbara Shelley, un surplus de vénusté dans ce film qui amalgame à la fois malédiction, oaristys amoureux et tragédie. Sur ces entrefaites, Terence Fisher va directement à l'essentiel et ne s'embarrasse pas avec la psyché de ses divers protagonistes. C'est d'ailleurs l'un des films de la Hammer dans lequel on compte le plus grand nombre de victimes. Mais, contrairement à son habitude, Terence Fisher fait sans doute preuve de beaucoup trop de célérité et de promptitude, notamment dans les enjeux qui nimbent la malédiction de la gorgone. Indiscutablement, cette nouvelle créature aurait mérité un bien meilleur étayage. Le spectateur avisé aura aisément subodoré les suites de l'intrigue, hélas de facture conventionnelle. Et c'est vrai, les effets spéciaux brillent avant tout par leur caducité et leur obsolescence, à l'instar de ce prologue final qui voit une sorte de "ballon de football" (dixit les propres aveux de Christopher Lee "himself") faire office de tête décapitée. Nonobstant ses indéniables défectuosités, Gorgone - Déesse de la Terreur dégage un charme ineffable et mérite sans doute un peu mieux (beaucoup mieux...) que son statut de série B bâtardisée.

Note : 13.5/20

(1) Synopsis du film sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Gorgone



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