Les_Trois_Visages_de_la_peur

Genre : Horreur, épouvante (interdit aux - 12 ans)

Année : 1963

Durée : 1h32

 

Synopsis :

Trois histoires :
« Le Téléphone ». Rosy, une prostituée, décroche le téléphone. Au bout du fil, une voix mystérieuse lui annonce qu'elle va bientôt mourir. Les appels se succèdent et Rosy, désemparée, ne sait pas si elle doit croire les dires de cette voix d'outre-tombe.
« Les Wurdalaks ». Vladimir d'Urfe, un voyageur, parcourt à cheval une campagne slave d'un autre siècle. Il tombe sur le cadavre d'un homme, le coeur transpercé par une épée.
« La Goutte d'eau ». Miss Chester, une infirmière, est appelée en pleine nuit dans la demeure d'une malade qui vient de mourir. Alors que l'orage gronde, elle fait la toilette de la défunte et lui subtilise la bague qu'elle a au doigt.

 

La critique :

Encore un de plus dans le panier ! A moins de souffrir d'amnésies quotidiennes, vous avez pu voir que, depuis maintenant quelques semaines, Cinéma Choc s'acoquine avec le giallo, soit ce genre transalpin qui se désigne comme le thriller policier à l'italienne. L'assassin anonyme, les meurtres graphiques et un acoquinement à l'érotisme sont des observations récurrentes qui y sont vues. Ceci dit, ce n'est parfois pas toujours le cas pour le dernier point, certains cinéastes ne voyant pas d'intérêt à se jeter dans l'exhibition de corps dénudés et de rapports sexuels distants. On attribue à La Fille qui en savait trop, enfin chroniqué il y a quelques jours, le statut d'oeuvre fondatrice du giallo où la plupart des codes s'y retrouvaient déjà. L'année suivante, Six Femmes pour l'Assassin, considéré par beaucoup comme son grand chef d'oeuvre, se charge de compléter et même magnifier l'ensemble.
Le giallo mature était né et, avec lui, une foule d'oeuvres de qualité diverses et variées, du navet jusqu'au grand moment de cinéma. 

Une fois n'est pas coutume, nous allons rester dans la filmographie de Mario Bava qui, au cas où vous ne l'auriez pas compris, est le papa des deux pépites susmentionnées. Prêt pour un autre titre au programme qui est cité fréquemment parmi ses plus belles créations ? Car il était temps aussi qu'il arrive ce Les Trois Visages de la Peur. Précisons toutefois que cette rétrospective ne se polarise que sur les meurtres en série dans un décor réaliste (malgré quelques dérives en fréquentant les chemins escarpés de la filmographie de Dario Argento). Il n'est donc pas question d'y intégrer films de zombies, de vampires et autres apparitions crépusculaires. Mes propos peuvent surprendre quand on voit la teneur du synopsis, la pochette et le titre même du métrage.
Certes, Les Trois Visages de la Peur sont un peu (beaucoup...) à part dans mon cycle mais pas tant que ça car s'ils doivent leur présence ici, c'est justement à cause de la première histoire qui est purement axée dans la tradition "giallesque". Magnanime, je me permettais cette petite entorse.

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ATTENTION SPOILERS : Trois histoires :
« Le Téléphone ». Rosy, une prostituée, décroche le téléphone. Au bout du fil, une voix mystérieuse lui annonce qu'elle va bientôt mourir. Les appels se succèdent et Rosy, désemparée, ne sait pas si elle doit croire les dires de cette voix d'outre-tombe.
« Les Wurdalaks ». Vladimir d'Urfe, un voyageur, parcourt à cheval une campagne slave d'un autre siècle. Il tombe sur le cadavre d'un homme, le coeur transpercé par une épée.
« La Goutte d'eau ». Miss Chester, une infirmière, est appelée en pleine nuit dans la demeure d'une malade qui vient de mourir. Alors que l'orage gronde, elle fait la toilette de la défunte et lui subtilise la bague qu'elle a au doigt.

Il me revient l'honneur de chroniquer une anthologie issue de l'imagination fertile du créateur du giallo qui sortit celle-ci juste après le fameux La Fille qui en savait trop. Mais cette euphorie est à double-tranchant car s'il découle une variété plus grande que si nous n'avions qu'un matériau à une seule histoire, le risque est de ne pas avoir une qualité continue entre les différents segments. Une chose qui touche une grande proportion de chrestomathies. En soit, je pense qu'il est presque impossible de ne fournir que de l'excellent tout le long mais rester dans la limite du bon est le curriculum vitae que je recherche. Trois récits, trois univers bien distincts. Le Téléphone voit une femme subir une nuit de terreur, harcelée au téléphone par une personne qui dit la surveiller.
Sa seule envie est de la tuer, de l'étrangler, de la voir exhaler son dernier soupir, les yeux révulsés. Rosy, qui ne peut plus supporter autant de pressions, appelle à l'aide son amie lesbienne intensément amoureuse d'elle que Rosy a jadis refoulée. Dans une tournure d'un suspens en huit-clos anxiogène, l'intensité monte crescendo, la menace se fait plus pesante. La tension érotique est davantage suggérée par les envies que suscite Rosy sur l'interlocuteur fou et son amie. On en arrive à un dénouement, avec du recul, prévisible mais pas désagréable. Un bon démarrage ! 

Ensuite, Les Wurdalaks s'éloignent complètement du giallo pour suivre les frasques d'un voyageur tombant par hasard sur un cadavre transpercé au niveau du coeur. Sans s'en douter un seul instant, il a pénétré dans un monde étrange où Bava se plaît à revisiter les grandes figures monstrueuses qui ont traversé les âges. Dans cette campagne, le mal rôde sous les traits de créatures au visage blafard à mi-chemin entre le mort-vivant et le vampire. Elles ne s'en prennent qu'aux personnes qu'elles chérissent pour les entraîner avec elles dans les limbes. Vladimir finit par tomber amoureux de la fille du père transformé en Wurdalak et la trame se transforme en périple pour échapper aux forces du mal.
Certes, le scénario ne brillera pas par sa recherche mais se suit sans déplaisir, en plus de se montrer plutôt couillu sur le sort du petit-fils qui en verra des vertes et des pas mures. Sa présence fantomatique criant après sa maman d'une voix spectrale est non seulement magistrale mais pour le moins dérangeante. Là aussi, la fin, bien que prévisible, achève un bon chapitre.

 

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La Goutte d'Eau vient finir en apothéose ce spicilège de durée modeste. Un postulat de départ plutôt simple : une infirmière cupide vole une bague au doigt d'une comtesse qui, semble-t-il, se complaisait dans des séances de spiritisme. Rentrée chez elle, une très longue de nuit d'horreur commencera. Frappée d'une malédiction démoniaque, des éléments en apparence anodins, de par leur existence, vont créer cet univers fantasque par un certain génie de la mise en scène. Le harcèlement causé par une vulgaire mouche et les bruits incessants de gouttes d'eau vont chaque seconde faire vaciller la psyché valétudinaire de Miss Chester, rongée par un sentiment de culpabilité d'avoir osé voler une morte. Mais il est trop tard pour demander pardon à cet ectoplasme déformé par un abject rictus et des yeux écarquillés qui semble plus être une création directement issue de l'esprit de la Miss.
La dernière partie, fabuleuse et d'une ironie macabre, achève cet excellent conte mortifère vintage mais terriblement attachant. Enfin, Boris Karloff, grande star de chez Universal, ayant introduit en début de film ces trois courts-métrages en grand maître de cérémonie va finaliser le tout de la plus belle des manières. Parcourant à cheval la forêt, la caméra recule jusqu'à dévoiler tous les effets spéciaux totalement artisanaux. Avec trois bouts de ficelles, le cinéaste peut créer l'illusion chez le spectateur et lui faire croire n'importe quoi avec un peu de talent.

Sur le point de vue de l'esthétique, là aussi trois décors différents. Le plus minimaliste est bien entendu l'appartement mais on félicitera l'aisance de la caméra à se faufiler avec dextérité dans les passages, ainsi que les travellings qui suppriment tout immobilisme qui n'aurait pu coller à l'action. La campagne commence déjà à s'inscrire dans une tonalité baroque (vieilles ruines, brouillard omniprésent, bâtisses aux toiles d'araignées se comptant par centaines). Les cadrages sont tout aussi beaux et pareillement pour la dernière histoire où Bava repousse encore ce visuel en lui ajoutant une touche de délabrement supplémentaire via l'appartement vétuste de l'infirmière.
A cela s'ajoute des éclairages kitsch, moins chaleureux que ceux employés par Argento qui a dû s'inspirer, à n'en point douter, de Les Trois Visages de la Peur. La composition musicale suit la cadence, crachotant d'anciennes musiques qui ne font qu'accentuer la lourde atmosphère. Enfin, pour les acteurs, il y aura à boire et à manger. Certains se débrouilleront avec les hommages (Rosy, le père, Miss Chester) quand d'autres se montreront plus absents et approximatifs dans leur jeu. On mentionnera Michèle Mercier, Lidia Alfonsi, Boris Karloff, Mark Damon, Susy Andersen, Massimo Righi, Rika Dialyna et Glauco Onorato

Les Trois visages de la peur 2

Si Les Trois Visages de la Peur peut paraître désuet et incapable de susciter le moindre hérissement de poil, ce n'est pas pour autant qu'il est raté. L'horreur mise en scène fonctionne étonnamment bien en son genre, privilégiant avant tout l'ambiance ténébreuse. La vision d'il y a 57 ans n'est pas la même que celle de 2020. Pas de screamers et de jumpscares pour dire qu'un film est à caser dans la catégorie épouvante/horreur. Et si, de nos jours, une telle observation déclenchera inéluctablement une certaine circonspection, il est toujours bon de se dire qu'il serait bien malheureux d'avoir une uniformisation du genre avec les mêmes ficelles, les mêmes astuces.
Les sarcastiques diront que ce n'était pas très compliqué de gérer une compilation de trois courts-métrages mais on ne peut réfuter la franche réussite d'un Bava qui a su manipuler avec des mains d'orfèvre le giallo, les figures horrifiques et l'épouvante à la sauce malédiction. Beaucoup de manchots n'auraient pas été capables de faire le dixième de ce qu'il a fait. Une petite bouffée d'air frais dans cette rétrospective qui continue lentement son chemin. Mais pas d'inquiétude, il y aura une fin.

 

Note : 14,5/20

 

 

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